Incendie à l'usine Lubrizol de Rouen : ce que l'on sait sur le feu qui s'est déclaré sur le site classé Seveso

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

RÉCIT - Un spectaculaire incendie a eu lieu ans une usine Lubrizol classée Seveso à Rouen. Le feu n'a fait aucune victime mais la préfecture a pris d'importantes mesures de protection des habitants en raison du panache de fumée au-dessus de l'agglomération rouennaise. Voici ce que l'on sait sur cette catastrophe industrielle.

Un épais panache de fumée noire dans le ciel de Rouen. Un incendie, qui s'est déclaré dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 septembre, était "circonscrit, mais pas éteint" à la mi-journée dans une usine Lubrizol, classée Seveso. "Au moment où je vous parle, l'incendie est maîtrisé, cantonné, il ne devrait pas se développer de nouveau. Par contre, il faudra plusieurs jours pour en venir totalement à bout", a fait savoir le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, lors d'un point de presse à la mi-journée.

Plus de 200 pompiers et 60 engins sont mobilisés pour venir à bout du brasier. Les habitants de 13 communes de l'agglomération rouennaise ont été invités à rester chez eux, par mesure de précaution et même si "au vu des premières analyses il n’est pas mesuré de toxicité aiguë dans l'air". Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de l'incendie. 

Que s'est-il passé à l'usine Lubrizol ?

Les premières détonations ont réveillé les habitants de l'agglomération rouennaise. Il était 2h45 dans la nuit de mercredi à jeudi quand l'incendie s'est déclaré dans un entrepôt de l'usine, située quai de France, à environ 3 kilomètres du centre-ville et de la cathédrale de Rouen. Le feu a pris dans une zone de stockage de cette entreprise qui fabrique et commercialise des additifs servant à enrichir les huiles, les carburants ou les peintures industriels, mais il ne s'est pas propagé au reste de l'usine. 

"L'ensemble explique la fumée noire et le panache impressionnant" au-dessus de la ville, a expliqué le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, selon qui environ 200 pompiers et 60 engins font face à un feu "complexe techniquement". "Nous sommes en train de protéger les installations ultra-sensibles à l'intérieur de l'usine. C'est un feu dangereux du point de vue de la sécurité des personnels. Ce type de feu ne s'éteint pas qu'avec de l'eau. Il faut mettre de l'émulseur, un tapis de mousse", a précisé le colonel Jean-Yves Lagalle, directeur du SDIS Seine-Maritime. "La priorité est de protéger les produits dangereux pour éviter un sur-accident". Le préfet a annoncé que le procureur de la République de Rouen s'est saisi du dossier. 

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Quelles mesures de sécurité mises en place ?

L'usine étant classée Seveso, c'est-à-dire sous surveillance particulière en raison des matières premières utilisées, une cellule de crise a été mise en place à la préfecture, qui a déclenché en respect de la procédure le plan particulier d'intervention (PPI). En plus des sirènes qui ont retenti dans plusieurs communes pour prévenir les habitants, les autorités ont évacué un périmètre de 500 mètres autour du site. Les habitants de cette zone industrielle ont été invités à rester chez eux.

Plusieurs établissements accueillant du public ont été fermés, comme les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) et les crèches à Rouen et dans douze autres communes avoisinantes (Bois-Guillaume, Mont-Saint-Aignan, Isneauville, Quincampoix, Saint-Georges-sur-Fontaine, Saint-André-sur-Cailly, La Rue-Saint-Pierre, Saint-Germain-sous-Cailly, Cailly, Bosc-Guérard-Saint-Adrien, Canteleu et Bihorel). Les maisons de retraites font l'objet d'une mesure de confinement. La préfecture de Seine-Maritime a demandé de "limiter les déplacements non indispensables", ajoutant que les transports en commun fonctionnaient. "Il n'avait pas de risque impliquant des mesures d'évacuation et de confinement."

Y a-t-il des risques pour la santé ?

 Aucune victime n'est à déplorer pour l'heure. Mais le panache de fumée noire dégagé au-dessus de l'agglomération rouennaise, lié à la présence "d'hydrocarbures", est "forcément anxiogène", a reconnu le préfet de Seine-Maritime. Les "premières analyses n'ont pas fait apparaître de toxicité aiguë sur les principales molécules que nous suivons", a-t-il rassuré, alors que nombre d'habitants s'inquiètent des risques liés à leur santé.

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Il n'y avait aucune "minoration des risques" par les pouvoirs publics. "S'il avait fallu confiner, nous aurions confiné, s'il avait fallu évacuer, nous aurions évacué", a-t-il dit. Des propos qui font écho à ceux tenus par Christophe Castaner, attendu sur place en fin de matinée. "Il est essentiel dans ce cas-là d'informer en direct la population (...) pour éviter tout mouvement de panique", avait expliqué plus tôt sur l'antenne de RTL le ministre de l'Intérieur, selon lequel il n'y a "pas d'élément qui permette de penser qu'il y a un risque lié aux fumées". 

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Incendie à l'usine Lubrizol de Rouen : le point presse du préfet de Seine-Maritime

Toutefois, si les fumées, visibles de loin dans le ciel de Rouen, n'ont "pas de toxicité aiguë", les pompiers recommandent d'éviter de s'approcher des dégagements.

"L'incendie entraîne des dépôts de suie sous forme de retombées, ingérer des suies peut être néfaste pour la santé", a indiqué la préfecture de Seine-Maritime. Le préfet Pierre-André Durand a ainsi rappelé "les recommandations de l'ARS consistant à un lavage des mains" en cas de contact. Il en est de même "pour les fruits et les légumes". Un "risque possible de pollution de la Seine par un débordement des bassins de rétention", a également été évoqué par le préfet. En effet, le fleuve, qui passe notamment par Paris, traverse Rouen avant de se jeter dans la Manche au niveau du port du Havre.

Un site qui a déjà connu des incidents

Créée en 1954 sur les bords de la Seine, l'usine Lubrizol à Rouen appartient au groupe de chimie américain Lubrizol Corporation, lui-même propriété de Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire et investisseur américain Warren Buffett. Le site a été classé Seveso "seuil haut" en raison des matières premières utilisées. En 2013, une fuite de mercaptan, un gaz malodorant "non toxique", avait été ressenti jusqu'en région parisienne et au sud de l'Angleterre. Un incident similaire s'était déjà produit en 1990 mais les vents avaient poussé l'odeur d'œuf pourri vers les côtes. La société Lubrizol France avait été condamnée à une amende de 4000 euros en avril 2014. Plus récemment, en 2015, 2000 litres d'huile minérale s'étaient déversés dans le réseau d'évacuation des eaux pluviales après un "incident d'exploitation" à l'usine chimique.

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