Incendie de l'usine Lubrizol : un an après, à qui la faute ?

Ils sont agriculteurs, salariés de l'usine ou riverains. Pour eux, leur quotidien a basculé le 26 septembre dernier, le jour où l'usine chimique Lubrizol a brûlé. Nos équipes sont retrounées retournés à Rouen pour recueillir leurs témoignages.
Police

TRAUMATISME – Un an après l’incendie qui a ravagé 10.000 tonnes de produits dangereux et durablement traumatisé la ville de Rouen, les responsabilités dans la catastrophe industrielle de l’usine Lubrizol ne sont pas encore totalement établies. Voici où en est l’enquête.

Ce panache de fumée noire, long de 22 km, a traumatisé une ville entière. Le 26 septembre 2019, 10.000 tonnes de produits chimiques de l’usine Lubrizol brûlaient dans un incendie gigantesque. Un an après, l’usine, classée Seveso, a redémarré partiellement son activité, à 3 km du centre ville. Mais le traumatisme, lui, est toujours à vif. Des centaines de riverains ont manifesté ce samedi pour que les responsabilités de cette catastrophe industrielle soient enfin établies. Or, un an après, l’enquête est loin d'être achevée. 

Lubrizol a été mise en examen en octobre 2019 pour sept chefs d'accusation dont  "destruction involontaire par incendie due à la violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence", "blessures involontaires ayant entraîné une incapacité inférieure ou égale à 3 mois par manquement délibéré à une obligation de prudence", "mise en danger de la vie d'autrui par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence" et encore "exploitation d'une installation classée sans respect des règles générales et prescriptions techniques."  L’entreprise voisine, Normandie Logistique, entreprise de transports, est -elle aussi mise en cause.

Normandie Logistique est, quant à elle, placée sous le statut de témoin assisté pour deux chefs : "non transmission au préfet des indicatives relatives à une installation classée fonctionnant au bénéfice des droits acquis" et "exploitation non conforme d'une installation classée ayant porté une atteinte grave à la santé, la sécurité ou dégradé substantiellement la faune, la flore, la qualité de l'air, du sol ou de l'eau.

L'enquête ouverte a été confiée à trois juges d'instruction du pôle santé publique et environnement du parquet de Paris. Elle doit notamment démêler les responsabilités qui incombent aux deux entreprises. A ce jour, on recense plus de 3500 plaignants, dont 1086 groupes de familles, d'entreprises ou d'organisations professionnelles.  Parmi eux, 400 se sont constitués partie civile. 

La cause de l’incendie, élément central de l'enquête, n’est pas encore clairement établie malgré les huit mois de recherches, de visionnages de vidéosurveillance, d'auditions de salariés et de sous-traitants. Selon le Monde, qui a eu accès au dossier de l'enquête pénale en mai 2020. deux radiateurs électriques d'un vestiaire de Normandie Logistique, où des vêtements auraient été déposés dans le but d'être séchés, pourraient être à l'origine du départ du feu. Mais cette hypothèse n'est pas encore certaine.

Manquements de sécurité

L’incendie aurait-il pu être plus rapidement maîtrisé ? Là aussi, l’enquête a mis en lumière des manquements. En décembre 2019, le parquet a demandé des investigations complémentaires concernant des manquements de sécurité souligné par la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL). Lubrizol est soupçonné de ne pas avoir prévu "de moyens suffisants en débit d'eau pour lutter efficacement contre l'incendie" et "de ne pas avoir étudié les effets dominos d'un potentiel sinistre sur les sites voisins." 

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Normandie Logistique, de son côté, est mis en cause pour ne pas avoir "tenu à jour un état des stocks", "procédé à la vérification de fiches de données de sécurité avant la réception des produits." L'entreprise ne disposait pas non plus de points d'eau "à moins de 100 mètres depuis l'accès extérieur de chaque cellule de stockage."  

Les pouvoirs publics ont également été mis en cause pour une "forme d'indulgence". Lubrizol a fait l'objet de 39 contrôles en cinq ans par des inspecteurs de la Dreal. Or, est constaté "un nombre réduit de sanctions prononcées (...) pour infractions environnementales", a relayé l'AFP. 

Nouveaux outils d'alerte en 2021

Le gouvernement, quant à lui, dit avoir "tiré toutes les leçons" de cet événement tragique. Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et la ministre de l'Environnement, Barbara Pompili, se sont déplacés sur le site à Rouen, ce jeudi 24 septembre. Des mesures ont été annoncées pour éviter un nouveau drame : déploiement à partir de 2021 d'un outil d'alerte des populations au moyen des téléphones portables, augmentation de 50% des inspections des installations classées pour atteindre 25.000 par an (pour 500.000 installations) d'ici la fin du quinquennat ou encore un contrôle de toutes celles qui se situent à moins de 100 mètres d'un site Seveso dans les trois ans. 

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

Et l’enquête sanitaire ? L'agence sanitaire publique France (SpF) a lancé début septembre une enquête en "santé ressentie" auprès de 5000 personnes tirés au sort, dont les résultats sont attendus début 2021. Cela permettra de "solder les inquiétudes de la population", a déclaré le Préfet Pierre-André Durand. 

Dans les rues de Rouen, les manifestants ont une nouvelle fois réclamé "justice et vérité" ce samedi, sous l'impulsion de Gérald Le Corre, responsable du collectif unitaire Lubrizol - qui regroupe syndicats, partis de gauche et écologistes, associations de défense de l'environnement et gilets jaunes. Les membres du collectif ont notamment déposé une requête en suspension au tribunal administratif de Rouen pour empêcher la reprise d'activité partielle de l'usine Lubrizol, décidée le 13 décembre. Une requête qui, pour l’heure, est restée sans suite. 

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