Cathédrale de Nantes : menacé d'expulsion, le suspect se disait "pris dans un cercle vicieux déplorable"

Cathédrale de Nantes : menacé d'expulsion, le suspect se disait "pris dans un cercle vicieux déplorable"
Police

JUSTICE - Une semaine après l'incendie dans la cathédrale de Nantes, Emmanuel A., bénévole du diocèse est passé aux aveux le week-end dernier. Voici ce que nous apprennent les derniers éléments de l'enquête sur le suspect.

Devant les enquêteurs, il a fini par avouer. Ce week-end, un bénévole du diocèse a reconnu être à l'origine du sinistre qui a ravagé, le 18 juillet, la cathédrale de Nantes. 

Suspecté dès le début de l'enquête, l'homme a été mis en examen dans la nuit de samedi à dimanche pour "destructions et dégradations par incendie" avant d'être placé en détention provisoire. Voici ce que l'on sait de ce trentenaire.

Au service de la cathédrale depuis quelques années

L'homme mis en examen se prénomme Emmanuel A. et est âgé de 39 ans. Originaire du Rwanda, le trentenaire s'était réfugié en France il y a quelques années. Depuis 2016, il était l'un des sept bénévoles de la cathédrale de Nantes. Catholique pratiquant, il occupait une chambre dans un foyer nantais.

Depuis novembre 2019, il était soumis à une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). 

18 juillet, placé en garde à vue, puis relâché

Le samedi 18 juillet dernier, Emmanuel A. a été placé en garde à vue. Pour justifier cette audition, le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès, avait expliqué  que le bénévole "était chargé de fermer la cathédrale vendredi soir et les enquêteurs voulaient préciser certains éléments de l'emploi du temps de cette personne".  Les enquêteurs souhaitaient entendre cet homme "sur les conditions" de fermeture de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Finalement ce bénévole avait été remis en liberté dimanche 19 juillet au soir "sans aucune poursuite". "Il n'est pas impliqué dans la commission des faits", avait dit le procureur à Presse Océan. 

En l'état de la procédure, "il n'y a aucun élément qui rattache directement mon client à l'incendie dans la cathédrale", avait pour sa part déclaré à la presse le 19 juillet  Me Quentin Chabert, l'avocat du gardé à vue.

Interrogé au sujet du bénévole,  le recteur de la cathédrale de Nantes, le père Hubert Champenois avait lui précisé qu'Emmanuel A. était "un Rwandais, venu se réfugier en France il y a quelques années. Il a fait quelques démarches pour avoir ses papiers comme des centaines d'autres". Selon le recteur, cet homme de 39 ans officiait en temps que "servant d'autel". "Je le connais depuis quatre ou cinq ans. J'ai confiance en lui comme en tous les collaborateurs", avait-il ajouté.

25 juillet, nouveau placement en garde à vue

Une semaine après son premier face à face avec les enquêteurs, Emmanuel A. a de nouveau été placé en garde à vue le samedi 26 juillet matin. Dans la nuit qui a suivi, il a été mis en examen "des chefs de destructions et dégradations par incendie et placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention", a précisé Pierre Sennès. Le magistrat a expliqué que le suspect avait reconnu les faits cette fois face aux enquêteurs. 

La piste criminelle a été privilégiée après réception des "premiers résultats du laboratoire de police scientifique de la Préfecture de police de Paris", qui ont notamment permis "l'identification de traces d'un produit inflammable", a expliqué le procureur de la République de Nantes. Des images vidéo du "centre de supervision urbain de la ville" ont par ailleurs permis de "repérer un individu dans le secteur de la cathédrale sur un créneau horaire correspondant au départ du feu" et cet homme présentait "de fortes similitudes avec la personne mise en examen", a ajouté Pierre Sennès.

Un homme "apeuré" et "dépassé"

Pour le suspect, âgé de 39 ans, "il y a une sorte de soulagement, c'est quelqu'un qui est apeuré, il est en quelque sorte dépassé", a déclaré dimanche 26 juillet son avocat Quentin Chabert aux journalistes. "C'est un soulagement évidemment de faire preuve, comme il le dirait, de repentance. Pour le croyant qu'il est, c'est important qu'il ait pu faire preuve de cette force", a insisté Me Chabert.

De nouveau interrogé par les médias après la mise en examen du bénévole, le père Hubert Champenois a déclaré :"Ce qu'il a fait (...) c'est dramatique pour tout le monde". Selon lui, Emmanuel A. a "certainement été marqué par les événements qui ont marqué son pays". "Quand quelqu'un disjoncte, c'est à l'étonnement de tout le monde", a souligné le père Champenois, se disant "désarmé" et "désolé devant l'événement".

Un email qui pose questions

Dans un courrier destiné au diocèse et aux autorités administratives et envoyé dans la nuit du 17 au 18 juillet, le suspect détaillait ses "problèmes personnels" et "écrivait sa rancœur auprès de différentes personnalités qui ne l’avaient pas assez soutenu, à ses yeux, dans ses démarches administratives", a rapporté le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès. 

Selon Le Monde qui a pu consulter ce mail, le trentenaire écrit ainsi avoir "poussé des cris de détresse" après s'être retrouvé "dans un cercle vicieux déplorable". "Je compte vivement sur vos prières pour que l’Esprit saint m’accompagne", poursuit-il, avant d’évoquer "toutes les victimes de ce système conduisant à l’injustice". "Cette OQTF (Obligation de quitter le territoire français, ndlr) me guettait sauvagement un peu partout", insiste-t-il dans son mail.

Le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès, a confirmé dimanche qu'Emmanuel A. "faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire national délivrée en novembre 2019" et qu'il "avait formulé des demandes de régularisation qui n’ont pas abouti", a confirmé Pierre Sennès. Le bénévole se plaignait également, selon le quotidien du soir, "de problèmes de santé, qu’il estimait liés à une agression subie sur le parvis de la cathédrale de Nantes, en décembre 2018". Dans son courrier, il déplore ainsi que "tout le monde a fermé les yeux sur mon état de santé fragilisé (…) en plus de cette crise sanitaire qui s’y ajoute."

10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende

Le magistrat a indiqué dimanche que le mis en cause ne s'était "pas étendu en détails sur ses motivations" et qu'une "expertise psychiatrique sera ordonnée".

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L'incendie de la cathédrale de Nantes

Pour les faits qui lui sont aujourd'hui reprochés - "destructions et dégradations par incendie"- Emmanuel A. encourt "une peine de 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende", a précisé le procureur.

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