Incendie mortel à Courchevel : "Si le bâtiment avait été aux normes, on aurait pu éviter un drame"

Police

Toute L'info sur

Incendie meurtrier à Courchevel

TEMOIGNAGE - Ambre, 24 ans, était partie d’Alès (Gard) pour effectuer la saison à Courchevel (Savoie). Elle fait partie des 4 personnes qui ont été grièvement blessées au cours de l’incendie survenu dimanche dernier, 20 janvier, à l’Isba. Une semaine après le drame, son père dénonce l’état de cet établissement qui accueillait une soixantaine de saisonniers.

Elle était déjà venue faire la saison avec sa sœur cadette l’année dernière. Cette année, Ambre devait aller la travailler à Megève mais au dernier moment, l’employeur qui devait l’embaucher a changé ses plans. Ambre est donc retournée à Courchevel en tant que femme de ménage dans un hôtel de la station de la vallée de la Tarentaise. 

Dimanche dernier, comme des dizaines d’autres saisonniers, la jeune femme s’est retrouvée prise au piège des flammes alors qu’elle se trouvait à l’Isba… avant de prendre l’initiative de sauter du troisième étage. Une semaine après le drame, la jeune femme est toujours hospitalisée et le restera encore un moment. Ses parents, Isabelle et Alain Corci se battent depuis 7 jours pour leur fille. Ils veulent savoir ce qu’il s’est passé ce soir-là et dénoncent notamment le fait que l’hôtel Isba n’était pas, selon leurs informations, aux normes. 

Chambres minuscules à partager

Selon les parents d’Ambre, environ 100 euros étaient prélevés chaque mois sur sa fiche de paie pour son hébergement par ses employeurs. Si le montant de cet avantage en nature n’était pas très élevé, le logis ne les valait pas. "Les saisonniers étaient deux par chambre, des chambres de 6 à 8 m2. Parfois, il n’y avait qu’un grand lit alors que les personnes ne se connaissaient pas", indique Alain Corci. 

Plus que l’exiguïté des lieux ou la promiscuité avec des inconnus, Alain Corci veut avant tout dénoncer l’insécurité même au sein du bâtiment. "Jusqu’à il y a 9 ans, l’Isba était un hôtel qui n’était plus aux normes et qui a été fermé par la municipalité. Le groupe Maison Tournier l’a racheté. Il envisageait d’y faire un hôtel de luxe. Comme les permis déposés les deux dernières années n’ont pas été acceptés, il en a profité pour loger des saisonniers, notamment les salariés de ses multiples hôtels. Le problème, c’est que le bâtiment n’était pas plus aux normes qu’à sa fermeture", assure Alain Corci auprès de LCI. 

Matériel absent ou défectueux

Alain Corci qui a discuté avec sa fille sur son lit d’hôpital mais qui a également recueilli de nombreux témoignages affirme qu’une des deux personnes décédées dormait dans une pièce, "ancien placard à balai de l’hôtel", dépourvu de fenêtre. "Concernant les détecteurs de fumée, certains disent qu’ils n’y en avait pas, d’autres disent qu’ils ne fonctionnaient pas. Il n’y a pas eu d’alarmes incendie. Les extincteurs, eux, ne marchaient plus, pas plus que les portes des issues de secours qui étaient bloquées, ma fille l’a vu, elle me l’a raconté. Si le bâtiment avait été aux normes, on aurait pu éviter un drame ". 

Ambre a sauté du troisième étage pour échapper aux flammes. Elle est retombée sur le bitume et s’est grièvement blessée. La jeune saisonnière a inhalé énormément de fumées toxiques avant de se jeter dans le vide. A ses parents, elle a déclaré "ne pas avoir eu le choix" car les portes étaient fermées. 

Elle a été hospitalisée dimanche dernier puis opérée. Les vertèbres ont été ressoudées au cours de l'intervention. Les médecins ne se prononcent pas sur l’avenir des membres inférieurs mais il n’y a aucune amélioration de ce côté-là. "Ma fille était une cavalière semi-professionnelle, pour l’instant elle ne sait pas qu’elle ne pourra probablement pas remonter", conclut son père. 

 

Contactée à plusieurs reprises par LCI, la maison Tournier n’a pas répondu à nos sollicitations.

Piste criminelle

Vendredi, la  procureure d'Albertville Anne Gaches. a indiqué que "la piste criminelle est sérieusement examinée mais nous n'avons pas d'éléments tangibles permettant d'identifier un ou plusieurs auteurs". Les victimes ont senti une odeur d'essence juste avant l'incendie et des témoins avaient également senti de l'essence un mois auparavant", a ajouté Mme Gaches.

Deux personnes sont décédées dans ce drame : une femme de 32 ans née à Mayotte et d'un homme de 50 ans originaire de Roubaix, tous deux employés dans des restaurants de cette station de sports d'hiver huppée. Dix-huit ont été blessées dont quatre grièvement. Les parents d'Ambre eux ont mis en place une cagnotte leetchi pour leur fille et ont lancé un appel à témoins afin de récolter un maximum de témoignages sur les circonstance de ce drame. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter