INFO LCI – La police submergée par un afflux inédit de cocaïne en provenance de Guyane

INFO LCI – La police submergée par un afflux inédit de cocaïne en provenance de Guyane
Police
DirectLCI
DROGUE – Selon nos informations, le nombre de passeurs de cocaïne interpellés en provenance de Guyane a plus que doublé l’année dernière, pour s'élever à 1.349 passeurs. Les filières sont en pleine explosion, au point de dépasser les capacités de la police à enrayer le phénomène…

Depuis plusieurs mois, déjà, les policiers spécialisés dans la lutte contre les stupéfiants alertent sur l’intensification des filières guyanaises. L’année 2018 aura été marquée par un important bond en avant de ce phénomène. Dans une très récente note fouillée et documentée de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) que nous avons consultée, les enquêteurs spécialisés notent que le nombre de passeurs de cocaïne interpellés en Guyane ou en provenance de Guyane s’élève à 1.349 en 2018. Soit une augmentation de 122% par rapport à l’année 2017. Et pour la première fois, l’intensité de l’augmentation est telle qu'elle "dépasse actuellement la capacité des services à enrayer la progression du phénomène".


Un constat d'échec face au déferlement de mules chargées en cocaïne entre les aéroports de Cayenne et de Paris, 10 vols par semaine. Dans le détail, la brigade des plateformes aéroportuaires de Roissy (BPA) a vu son activité doubler en passant de 146 à 290 affaires. Les services de police accentuent pourtant régulièrement leurs efforts dans les aéroports et les gares parisiennes. Mais les trafiquants se sont adaptés. Désormais, les trafics rayonnent de manière inquiétante dans des villes de province en trouvant des appuis avec d’autres groupes et réseaux criminels locaux. Ainsi, Niort, 60.000 habitants, est par exemple la deuxième ville de province recensée par les spécialistes comme destination finale des filières guyanaises en 2018, avec 24 saisies, juste derrière Toulouse (25) et devant Bordeaux (15) et Rennes (13) à égalité avec Orly et Poitiers.

L’absorption des capsules de cocaïne en baisse

Selon nos informations, les passeurs sont à majorité de nationalité française (62% en 2018, 63% en 2017). Si les saisies en provenance de Guyane arrosent le marché français à 89%, les Pays-Bas sont le principal pays étranger de destination (10%). Cette surreprésentation s’explique par une augmentation des mis en cause surinamais (de 8% à 30%), très présents aux Pays-Bas.


Les modes de transport et d’acheminement aussi évoluent et s’adaptent. La proportion des mules qui ingurgitent des capsules de cocaïne a ainsi reculé l’année dernière, alors qu’elle était majoritaire les années précédentes. A l’inverse, les passeurs utilisent désormais davantage la dissimulation dans les bagages et sur le corps en scotchant par exemple des pains de cocaïne sur le torse ou les membres inférieurs. Moins dangereuse, cette technique permet aux passeurs de transporter davantage de quantité.

30.000€ le kilo en métropole

Les réseaux de trafiquants voient dans ce marché, comme dans tous les trafics de drogue, une manne financière alléchante. Au Suriname, le kilo de cocaïne se négocie autour de 3.500€, 5.000€ en Guyane, 30.000€ en métropole. De sorte que les multiples intermédiaires peuvent y trouver un intérêt, sans que les pertes en cas de saisies ne soient préjudiciables à la survie du trafic. "Devant ce niveau sans précédent, les organisations criminelles parviennent à surcharger les dispositifs de contrôle dans les infrastructures portuaires et aéroportuaires", notent les enquêteurs. 


"Ils savent que nous sommes saturés à partir d'un certain nombre de gardes à vue. Donc il y en a toujours qui passent", reconnaît auprès de LCI le commissaire divisionnaire Christian Nussbaum, chef de la DIPJ Antilles-Guyane. "Nous avons de grosses difficultés, oui. Mais il n'y a aucun aveu d'impuissance. Nous ne sommes pas fatalistes et restons mobilisés. Nous travaillons sur de nouvelles pistes, en amont et avec des ciblages, pour dissuader les passeurs de venir à l'aéroport", poursuit-il.


Reflet des efforts entrepris, avec notamment la création d'une antenne OCRTIS il y a deux ans en Guyane, la part des saisies de cocaïne issue de la filière guyanaise a triplé l’année dernière et représente désormais une part non négligeable, 15% (2,3 tonnes), du total des saisies de cocaïne en 2018, contre 5,3% (921kg) en 2017.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter