INFO TF1/LCI - Affaire Cédric Chouviat : ce que les policiers ont dit aux juges

Les images de l'arrestation de Cédric Chouviat le 3 janvier 2020.

ENQUÊTE - Nous avons pu consulter les procès-verbaux des 4 agents mis en cause dans la mort du père de famille, suite à son interpellation en janvier dernier à Paris. Tous regrettent son décès, mais jurent n’avoir commis aucun geste dangereux.

Dans le bureau des juges d’instruction ce 16 juillet 2020, les mêmes mots reviennent en boucle. La même incompréhension, peu importe les longs mois de retours en arrièreretours e, passés à rembobiner cette maudite scène. A tour de rôle, les quatre policiers soupçonnés d’avoir causé la mort de Cédric Chouviat, un livreur en scooter arrêté près de la tour Eiffel le matin du 3 janvier dernier, font un constat d’échec similaire. Celui d’une "banale" interpellation terminée de façon dramatique. "Je ne souhaitais pas le décès de cette personne, confie ainsi Ludovic F., 24 ans. Je ne comprends pas. On ne voulait pas ça." 

" Ça a été un choc vraiment violent, se souvient Arnaud B., 29 ans, quand il a découvert en garde à vue que la victime les implorait de lâcher prise. Entendre la voix de monsieur Chouviat dire qu’il s’étouffe à plusieurs reprises, ça a été un choc très violent." Mickaël P., soupçonné d’avoir directement exercé une pression sur le cou du père de famille, semble lui aussi repenser sans arrêt à l’affaire : "Je ne vais pas bien du tout […] Ça a eu des incidences sur ma vie professionnelle et ma vie privée. J’ai eu à faire il n’y pas longtemps à un individu récalcitrant, et mon collègue m’a dit : 'On l'interpelle'. J'ai dit non."

Dans le huis-clos du Tribunal judiciaire de la capitale, les quatre gardiens de la paix ont aussi semblé avoir encore du mal à comprendre comment ce qui était au départ un simple contrôle sur la voie publique – Cédric Chouviat était vu au guidon de son scooter en train de téléphoner – a pu se terminer en pugilat. A plusieurs reprises, ils ont mimé les gestes effectués ce jour-là, les mouvements de leurs bras, de leurs mains, de leurs jambes. Laura J., 29 ans, témoin assisté dans ce dossier, a même griffonné ses souvenirs sur une feuille de papier, un dessin censé aider les juges à mieux comprendre les emplacements précis des quatre fonctionnaires au moment de l’interpellation.

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Ils jurent ne toujours pas comprendre quel geste a pu tuer Cédric Chouviat

Tous évoquent une scène rapide, marquée par une grande agitation. Les policiers ont stationné leur véhicule au beau milieu de la voie, les voilà subitement au sol avec l’homme interpellé, la circulation n’est pas arrêtée, "les voitures nous frôlaient" se rappelle l’un des agents. "Même quand on essayait de communiquer, on était perdus", raconte Ludovic F.

Tous décrivent le livreur alors âgé de 43 ans comme très vindicatif et virulent, en pleine rébellion et refusant à tout prix de se laisser menotter, même une fois tombé au sol et plaqué sur le ventre. "Pendant toute l'interpellation, j'ai senti de la résistance, se souvient Arnaud B. Quand il a fallu redresser monsieur Chouviat après le menottage, j'ai pensé qu'il simulait un malaise, c'est quelque chose que j'avais déjà rencontré plusieurs fois et c'est très répandu."

Face aux juges, les quatre membres de la préfecture de police de Paris se sont tous heurtés au même mur : ils jurent ne toujours pas comprendre quel geste a pu tuer Cédric Chouviat. Une synthèse des faits rédigée par l'IGPN le 17 juin dernier le rappelle : les quatre agents décrivent "un maintien au sol de faible durée, n'ayant été accompagné d'aucune compression thoracique, et sans qu'aucun étranglement n'ait été mis en œuvre." L'enquête démontre que le plaquage au sol de la victime a duré au total 1 minute et 30 secondes. "A aucun moment je n'ai exercé de pression sur son cou, insiste Michaël P, et je n'en ai pas eu l'intention."

L'analyse de la vidéo par l'IGPN est pourtant formelle

"On n’entendait rien. Moi-même j’étais essoufflé, se rappelle Mickaël P., âgé de 24 ans. Il y avait aussi l’effet tunnel. Si on avait entendu la moindre parole, on aurait arrêté. Ce n’est même pas discutable." L’analyse faite par l'IGPN (Inspection générale de la Police nationale) de la vidéo tournée par Cédric Chouviat sur son téléphone portable est pourtant formelle. La scène a beau être chaotique, les experts, eux, entendent bien la voix du livreur enregistrée par l'appareil. Quelques secondes après être tombé au sol et alors qu’il se fait péniblement maîtriser par les policiers, le père de famille leur lance "J'm'arrête....", puis "Lâche mon casque !". 

Les secondes défilent, l'interpellation semble totalement dégénérer. C'est là que Cédric Chouviat lance un premier "J’étouffe."  "Monsieur Chouviat peine de plus en plus à s'exprimer, ses propos sont de moins en moins audibles", peut-on lire dans le rapport de la "police des polices". La victime prononce "J'étouffe" deux nouvelles fois. Ses jambes s’agitent, elles font de grands mouvements de haut en bas. "Brusques et répétés", détaillent les juges, qui se demandent si ces gestes "ne sont pas ceux d'une personne en grande souffrance plutôt que de ceux d'une personne résistant à son interpellation". Est-ce que l'un des agents a alors senti que la santé du livreur était en danger ? D'après l'analyse du micro de l'appareil photo, le policier Ludovic F. lance en tout cas à son collègue Michaël P. , qui semble s'appuyer sur le dos de Cédric Chouviat en lui tenant la tête : "C'est bon, c'est bon, lâche-le !"

La victime prononcera quatre fois supplémentaires "J'étouffe"

La victime prononcera quatre fois supplémentaires "J'étouffe". Il est alors 10h08 et 38 secondes. Ce sont les derniers mots prononcés par le livreur. Son décès sera prononcé deux jours plus tard à l’hôpital. 

Ce fichier audio fait aujourd'hui figure de pierre angulaire de l'enquête. Face aux juges d'instruction, les trois agents mis en examen ont tous eu, peu ou prou, les mêmes réponses. "Je n'ai rien perçu de tel, a juré Ludovic F. Je ne pouvais pas interpréter que monsieur Chouviat était en train de s'étouffer." "C'était très bruyant, il y avait beaucoup de circulation, des gens qui klaxonnaient, a de son côté tenu à rappeler Arnaud B. Me concernant, j'avais le cœur qui battait très vite et ça modifiait ma perception auditive." Michaël P. , dont la tête était pourtant la plus proche de celle de la victime lors de l'interpellation, est catégorique : "Si on l'avait entendu même une fois, on se serait arrêté."

"Mes clients ignorent toujours totalement quels gestes ont pu causer la mort de Cédric Chouviat, précise à TF1 Me Laurent-Franck Lienard, conseil de Ludovic F. et de Laura J. Ils n’ont jamais voulu attenter à son intégrité physique." Même son de cloche chez Me Thibault de Montbrial, défenseur de Michaël P. et Arnaud B. : "Cette mort est un accident terrible. Il est regrettable que certains veuillent dramatiser davantage les faits." La famille de Cédric Chouviat, elle, attend toujours des réponses. Lors d'une conférence de presse tenue le 23 juin dernier, la fille du livreur indiquait ainsi : "Depuis le 3 janvier, on est dans l'attente. On attend une réponse mes frères et moi, ma mère. On ne peut plus vivre dans cette interrogation-là."

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