INFO TF1/LCI - Les "rois" présumés des faussaires parisiens sous les verrous

Un passeport (image d'illustration)
Police

ESCROQUERIE - Il était considéré comme le plus vaste et plus actif réseau de fabricants de faux papiers de la région parisienne. D’après nos informations, 10 hommes ont été récemment incarcérés, soupçonnés d’avoir fourni des centaines de faux documents à des étrangers en situation irrégulière.

Leur champ d’action avait atteint une ampleur inédite. La petite entreprise de faussaires présumés démantelée par la Sous-direction chargée de la lutte contre l’immigration irrégulière (SDLII) au sein de la préfecture de police de Paris était devenue la "référence" pour des centaines de sans-papiers. Grâce à quatre officines et un réseau ultra-rôdé d’intermédiaires, les suspects avaient réussi à couvrir une zone géographique sans précédent : en plus du nord de la capitale (Xème, XVIIème, XVIIIème, XIXème et XXème arrondissements de Paris), ces "pros" des documents bidons opéraient également leur trafic dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis, des Hauts-de-Seine et de l’Essonne. "Du jamais vu dans ce type d’affaires", confie un proche du dossier.

Le réseau a dû mettre la clef sous la porte bien malgré lui le 8 juin dernier. Ce jour-là, au lever du jour, sur décision d’un juge d’instruction parisien, les enquêteurs interpellaient au total 11 hommes, soupçonnés d’être impliqués à divers degrés. A l’issue de leur garde-à-vue dans les locaux de la SDLII, tous étaient mis en examen. Dix d’entre eux ont été incarcérés. La plupart des mis en cause ont reconnu les faits reprochés, mais souvent du bout des lèvres ou en minimisant considérablement leur rôle.

Carte d’identité, permis de conduire, quittance de loyer, feuille de paye, avis d’imposition ou même carte vitale

En perquisitionnant leurs appartements ainsi que quatre officines de faux documents, les policiers ont découvert près de 14.000 euros en liquide, mais surtout tout l’attirail du parfait petit faussaire : des planches de découpe, des plastifieuses, des imprimantes, des cartes en plastique vierges, etc…. De nombreux ordinateurs et clefs USB ont par ailleurs été saisis afin d’être exploités. 

Aux yeux des autorités, le petit groupe était sans doute le plus productif de la région Ile-de-France. Des centaines de ressortissants le plus souvent originaires d’Afrique du nord ou subsaharienne faisaient appel à l’organisateur présumé, Mourade I., 56 ans, et à son équipe pour obtenir une carte d’identité, un permis de conduire, une quittance de loyer, une feuille de paye, un avis d’imposition ou une carte vitale, tous bidons. Les clients utilisaient ces documents administratifs falsifiés – français comme européens - et ces faux en écriture privée plus vrais que nature pour obtenir en bonne et due forme un titre de séjour auprès d’une préfecture, pour louer un logement ou pour recevoir des prestations sociales. 

750 euros pour un faux passeport

Les documents, souvent fabriqués dans l’arrière-boutique de "taxiphones", étaient vendus en moyenne entre 150 et 250 euros l’unité. Un faux passeport – plus compliqué à imiter sans attirer l’attention - pouvait s’obtenir pour 750 euros. D’après les calculs des policiers, chaque membre présumé du réseau fournissait une dizaine de documents en une seule journée de "travail". L’entreprise fonctionnait 5 jours par semaine, engrangeant ainsi potentiellement des centaines de milliers d’euros de revenus. 

Impossible à chiffrer de façon précise, le préjudice pour l’Etat peut facilement, lui, se compter en millions d’euros, d’après plusieurs fonctionnaires spécialisés.

Considéré comme "tentaculaire", ce réseau a donné du fil à retordre aux policiers tant il fonctionnait dans la discrétion la plus totale. "Leur comportement et leur façon de faire rappelaient davantage celui des trafiquants de drogue, avec un haut niveau de hiérarchisation" raconte un magistrat, qui évoque des mois entiers d’un travail acharné pour mettre au jour l’implication des onze suspects. 

Messagerie cryptée ou bouts de papiers griffonnés

Le "cerveau" présumé du groupe pouvait ainsi compter sur une vaste armée de lieutenants, d’intermédiaires, de faussaires et de rabatteurs, particulièrement prudents au téléphone. Ces hommes, pour certains très aguerris aux techniques d’enquête car habitués aux arrestations, ne communiquaient que via des messageries cryptées ou en s’échangeant – un hommage aux bandits à l’ancienne ? – quelques mots griffonnés sur des bouts de papier. Considéré comme une "équipe à tiroirs" sur le même modèle que celles des braqueurs issus du grand banditisme, l’équipe était capable de changer rapidement son organigramme en fonction des aléas de leur activité illégale. 

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