L’enquête sur les blessures de Geneviève Legay confiée à la compagne du commissaire en charge des opérations

Police
VIOLENCES POLICIÈRES – Mediapart révèle ce lundi que l’enquête préliminaire sur l’origine des blessures de Geneviève Legay, la militante d’Attac blessée par une charge de policiers à Nice, a été confiée à la compagne du commissaire chargé des opérations le jour des manifestations.

Se trouvait-elle dans le périmètre où les attroupements étaient interdits ? Qu’est-ce qui a provoqué sa chute, à l'origine de ses graves blessures à la tête ? A-t-elle pris "un coup de matraque", comme elle l’a affirmé ce lundi ? Les questions entourant la bousculade dont a été victime Geneviève Legay, le samedi 23 mars à Nice, ne manquent pas. C’est donc dire si les résultats de l’enquête préliminaire ouverte par Jean-Michel Prêtre, le procureur de la République de Nice, pour faire la lumière sur ces événements, sont attendus... Problème : Mediapart révèle ce lundi un possible conflit d’intérêts, remettant en cause l’impartialité des investigations menées. 


Une information qu'a confirmé à LCI l'avocat de la septuagénaire, jugeant cet élément "complètement absurde, complètement fou. C'est la première fois que j'entends parler d'un tel conflit d'intérêts. C'est même fascinant que le procureur de la République de Nice l'ait reconnu."

Je ne vois pas en quoi cela pose problème.Le procureur de Nice à Mediapart

Le site d’information affirme en effet que ladite enquête a été confiée à la commissaire divisionnaire Hélène P, qui n’est autre que la compagne du commissaire Rabah Souchi, celui-là même qui gérait les opérations ce jour-là. Ce qu’a même confirmé le procureur au site d'informations, se disant "tout à fait au courant, au moment de l’ouverture de l’enquête préliminaire, des liens de concubinage qui unissent le commissaire Rabah Souchi et Hélène P. Cette dernière est le commissaire en chef de la sûreté départementale. Je ne vois pas en quoi cela pose problème", a-t-il déclaré auprès de Mediapart.

Il a ajouté, pour se justifier : "Effectivement, les investigations doivent déterminer d’où viennent ces blessures, éventuellement commises par des hommes sous le commandement du commissaire. Mais au moment de son ouverture, il n’y a aucune preuve évidente que ce soit un policier. Il faut réunir les éléments de preuve matériels. (...) Lorsque je me suis exprimé, lundi 25 mars, je me suis basé sur les vidéos. Je n’avais pas vérifié l’ensemble des procès-verbaux à ce stade."

Les policiers ont surtout insisté pour me faire dire que c’était un journaliste qui m’avait poussée.Geneviève Legay

Pour mémoire, Geneviève Legay avait ainsi décrit les interrogatoires qu’elle avait subis le dimanche 24 mars, au lendemain des faits : "J’ai reçu la visite de deux policières, ensuite de deux policiers et encore de deux autres policiers. J’étais toute seule, sans que ma famille ne soit prévenue. Ils m’ont interrogée alors que j’avais des examens à passer. Je n’avais même pas mes lunettes de vue. Ils ont surtout insisté pour me faire dire que c’était un journaliste qui m’avait poussée. Or c’est faux. Je me rappelle avoir été poussée par un policier et je le leur ai dit. Mais ils insistaient sur le journaliste."

La septuagénaire a porté plainte contre X, pour "violences volontaires en réunion avec arme par personnes dépositaires de l’autorité publique et sur personne vulnérable", ainsi que pour "subornation de témoins". Ce lundi matin, au micro de BFM TV, elle a indiqué garder une amertume envers le policier responsable de ses blessures, qui a reconnu les faits, mais pas seulement : "J'en veux plus à la hiérarchie, notamment au commissaire." Dans les procès-verbaux que Mediapart assure avoir consultés, le nom du commissaire Souchi revient d’ailleurs avec insistance. L’un des policiers auditionnés y explique par exemple : "À un moment, je me retourne et j’entends monsieur Souchi dire ‘Chargez, chargez !’. Suite à ces ordres, nous avons chargé les trois sections en même temps." Geneviève Legay se trouvait vraisemblablement dans l’une d’elles.

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