"Je n’aurais jamais cru qu’il m'aurait balancé par la fenêtre" : Aïda, paraplégique à cause de son conjoint mais jugée en partie responsable

Police

INDEMNISATION - En 2013, une Sarthoise est devenue paraplégique après avoir été frappée et jetée du deuxième étage par son compagnon. L’homme a été condamné mais l’aide financière du Fonds de garantie des victimes a été revue à la baisse car le tribunal a retenu un "partage des responsabilités". La victime a accepté de parler à TF1 et LCI.

L’affaire a de quoi surprendre et choquer. Depuis maintenant cinq ans, Aïda* se bat contre l'institution judiciaire. L'affaire, rapportée par nos confrères du Maine Libre, remonte au mois d'août 2013. Un soir de cet été, la police intervient dans l'appartement où logent cette habitante du Mans, son compagnon et un ami commun, pour des faits de violences. Le compagnon, Medhi S. est connu des services de police et récemment sorti de prison selon Ouest France. Les policiers conseillent alors à la jeune femme de quitter l'appartement et de passer la nuit ailleurs. 

Aïda envisage dans un premier temps de se rendre dans sa famille à Alençon, à une cinquantaine de kilomètres de là mais il est trop tard pour prendre le train. Le taxi ? Trop cher. Elle tente de joindre des amis, ainsi que le 115, en vain. "Il n'y avait plus de train. J'ai appelé le 115"... finalement, Aïda choisit de rentrer. "Je me suis dit qu’il serait calmé après tout ce temps, explique-t-elle à TF1 et LCI. Je n’aurais jamais cru qu’il m‘aurait balancé par la fenêtre et que je serais comme ça aujourd’hui."

"Aïda subissait des violences habituelles de la part de son compagnon qui n'avaient pas donné lieu à hospitalisation, mais ce soir-là il ne l'avait pas violentée", a précisé son avocat Me Mathias Jarry.

Mais une fois les forces de l'ordre parties, il s'en prend à sa compagne. Des cris, des coups, des objets jetés à travers la pièce. Le conjoint d'Aïda vomit sur le sol et lui demande de ramasser à mains nues. Les voisins finissent par rappeler les policiers vers 3h30 du matin. Une fois sur place, les forces de l'ordre découvrent la jeune femme au pied de l'immeuble. Son compagnon explique qu'elle a "glissé" de la fenêtre de la cuisine. Aida affirme au contraire qu'elle a été poussée. La jeune femme n'a plus de mobilité dans les jambes. Elle restera paraplégique à vie.

Indemnisation partielle

Trois ans plus tard, Medhi S. est reconnu coupable et condamné à 15 ans de prison. La procédure judiciaire engagée ouvre la voie à une provision de la part du Fonds de garantie des victimes. Dans son arrêt civil de juin 2016, la cour d'assises la fixe à 90.000 euros, un moyen de s'acheter une voiture adaptée à son handicap, de payer les soins ou encore de démarrer des travaux dans son appartement.

Les avocats, Me Matthias Jarry et Me Julie Dodin, entament les démarches mais le Fonds ne retient qu'une indemnisation partielle. "Il considère qu'il y a partage de responsabilité et que notre cliente a commis une faute civile en retournant à son domicile", commente Me Jarry. Une position "aberrante" pour ses avocats. Ils saisissent alors la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (Civi) qui siège auprès de chaque tribunal. Le 13 février 2018, cette dernière a elle aussi retenu le partage de responsabilités et proposé de verser 67.500 euros.

   

Les avocats ont fait appel de cette décision. Une audience se tiendra fin mai 2019. Aïda espère que la justice lui donnera enfin raison : "Je ne comprends pas qu’une personne victime de violences, qu’on jette comme ça par la fenêtre puisse être fautive" a-t-elle confié à France Info. "En gros, c’est comme si je l’avais cherché, je ne peux pas accepter cela."

En attendant, les témoignages de soutien à Aïda se multiplient jusqu'au sein du gouvernement. La secrétaire d'Etat pour l'égalité femmes-hommes s'est dite choquée. Elle a annoncé qu'elle avait envoyé un courrier à toutes les compagnies d’assurance "pour rappeler qu'une femme n'est jamais responsable des violences dont elle est victime".

En vidéo

Violences conjugales : l'appel de Muriel Robiin et 88 personnalités

* Le prénom a été modifiée, avec l'accord de la victime et de ses avocats

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter