Les policiers jugés pour violences sur des Gilets jaunes "ont le droit à la présomption d'innocence"

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RÉACTION - Les syndicats de police gardent en travers de la gorge les propos du procureur de la République de Paris qui assure que des policiers mis en cause pour des violences commises lors de la mobilisation renvoyés devant la justice. Le syndicat Alliance, majoritaire, a ainsi demandé le respect du "temps de l'enquête" et la "présomption d'innocence".

Les mots du procureur de la République de Paris ne sont pas passés inaperçus... Dans une interview au Parisien publiée dans la soirée du 30 mai, deux jours avant une nouvelle mobilisation des Gilets Jaunes en France, Rémy Heitz assure que les membres des forces de l'ordre mises en cause pour des violences lors de manifestations de ce mouvement débuté mi-novembre seront renvoyés devant la justice. "Je veux être très clair: il n’y a aucune volonté de ma part d'éluder ces violences ou de les minimiser", ajoute le magistrat. 

Sans attendre, les syndicats ont exprimé leur colère. Interrogé par LCI ce vendredi, Loïc Travers déclare : "J’ai eu la tristesse de découvrir ces propos. C’est très mal perçu dans nos rangs bien évidemment. Parce que le fait de jeter autant de discrédit et de jeter en pâture nos collègues qui ont été éreintés par 6 mois de mobilisation pour maintenir à flot la République.  Et bien… C’est presque choquant". 

Et d'assurer que "les policiers n’ont jamais bénéficié dans ce pays d’une quelconque impunité. J’imagine que ça perdurera. On est dans un Etat de droit et dans un Etat démocratique. Mais le fait d’en faire la publicité dans un article de presse, c’est très très mal perçu par nos collègues". 

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"Phrases assassines"

Pour Loïc Travers, comme tout justiciable, les policiers ont droit à la présomption d'innocence. Le porte-parole du syndicat déclare ainsi ! "Quand on a autant de policiers qui ont utilisé la force légitime pour rétablir l’ordre public. Jusqu’à preuve du contraire, ils ont le droit à la présomption d’innocence. Il n’est pas utile de jeter des petites phrases assassines qui mettent le doute sur l’activité des policiers pendant ces six mois qui, il faut le rappeler, dans un contexte extrêmement violent, ont mis  à rude épreuve les nerfs de nos collègues et qui ont eu un impact non négligeable  sur leur santé et leur vie de famille". 

Concernant les relations entre policiers et procureur de la République, Loïc Travers précise que "chacun est dans son rôle". "On travaille sous son contrôle en vertu du code pénal et du code de procédure pénal". 

Sur les images montrant les forces de l'ordre s'en prendre à des Gilets Jaunes, le représentant d'Alliance reste inébranlable : "Si des policiers ont utilisé la force légitime, s’ils ont arrêté de nombreuses personnes, et bien c’est que [les interpellés] commettaient des exactions et c’est qu’on l’a fait en toute connaissance de cause et de façon parfaitement cadrée". 

Le travail du procureur, Loïc Travers indique ne pas "avoir à le juger". "La seule chose que je lui demande, et bien c’est de faire des enquêtes à charge et surtout à décharge pour que ce soit parfaitement réglo. Il n’y a pas besoin de jeter le discrédit sur toute une profession, sur des collègues qui ont travaillé sans relâche pour rétablir le droit public dans ce pays"  

Respecter le timing

Enfin, concernant d'éventuelles sanctions, le syndicat Alliance estime qu'il faut respecter le temps de l'enquête. 

"Sur les sanctions, le principe c’est : on respecte le timing, enquête, à charge, à décharge, et on verra effectivement après s’il y a des sanctions. Ce n’est pas la peine d’anticiper une décision de justice. On parle de sanction alors que parfois les policiers n’ont pas été entendus dans le cadre de ces mêmes enquêtes…" conclut Loïc Travers au micro de LCI.

 

Depuis le début du mouvement le 17 novembre, 2.448 personnes ont été blessées côté manifestants et 1.797 parmi les forces de l'ordre, selon des chiffres du ministère de l'Intérieur arrêtés au 13 mai. 

Selon le procureur de Paris, 171 enquêtes ont été confiées à l’inspection générale de la police nationale (IGPN) et trois à l’inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Les investigations sont désormais terminées pour 57 d'entre elles et le parquet doit décider d'éventuelles suites judiciaires.

Huit ont d'ores et déjà "justifié l’ouverture d’une information judiciaire", confiées à des juges d'instruction, a-t-il annoncé. Des procédures qui concernent des faits revêtant une qualification délictuelle mais aussi criminelle, selon une source judiciaire. 

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