Les recherches vont reprendre pour retrouver le sous-marin La Minerve : que s'est-il passé il y a 50 ans ?

Les recherches vont reprendre pour retrouver le sous-marin La Minerve : que s'est-il passé il y a 50 ans ?
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MYSTÈRE - La ministre des armées, Florence Parly, a annoncé ce mardi la reprise des opérations de recherche de l'épave du sous-marin Minerve, disparu au large de Toulon en 1968. LCI revient sur cette tragédie, qui reste encore aujourd'hui, non-élucidée.

Le 27 janvier 1968, le sous-marin Minerve est attendu à Toulon, après une dizaine de jours d'entrainement en Méditerranée. Il n'arrivera jamais au port. Le contact radio a brusquement été perdu le matin même un peu avant 8h. Depuis le mystère demeure entier. Qu'est-il arrivé ? Où se trouve le sous-marin ? Un demi-siècle plus tard, les questions restent sans réponse pour les familles des 52 membres d'équipage. Il est aujourd'hui le seul sous-marin militaire au monde, parmi tous ceux disparus depuis la seconde guerre mondiale, dont la position reste inconnue.


Ce mardi 5 février, le ministère des Armées a annoncé que les recherches allaient reprendre pour tenter de retrouver la fameuse épave. "Consciente de la souffrance des familles, que le temps ne saurait effacer, la ministre renouvelle sa compassion aux familles des cinquante-deux marins disparus dans l’accomplissement de leur devoir et salue leur mémoire", a indiqué Florence Parly, dans un communiqué. Mais elle prévient : "malgré les progrès technologiques, des recherches par plus de 2 000 mètres de fonds restent complexes et sans certitude d’aboutir". Retour sur cette disparition, classée secret-défense durant un demi-siècle.

7h55, dernière communication avant le silence radio

Entré en service en 1964, le sous-marin Minerve de la classe Daphné était considéré comme l'un des fleurons de la Marine française. Retour sur le drame qui l'a touché.


 Au début de l'année 1968, il réalise un exercice en mer Méditerranée. Après avoir effectué avec succès 9 jours d'entraînement,  il dépose à Toulon, dans la nuit du 26 au 27 janvier, un membre de son équipage, le lieutenant de vaisseau Merlo, atteint d'une rage de dent puis repart au large pour un dernier jour en mer. La Minerve doit y effectuer un exercice de routine avec un avion de patrouille maritime Breguet Atlantic, le bâtiment est alors à 46 kilomètres des côtes.


Le contact est établi à 7h19. Dès le début, les conditions météorologiques difficiles poussent les militaires à annuler la mission initiale pour la remplacer par de simples calibrations Radar. Mais même revu à la baisse, l'exercice n'est pas évident, la forte houle et le vent soufflant à près de 110km/h compliquent les liaisons. A 7h55, le sous-marin de 670 tonnes demande à annuler la prochaine calibration prévue à 8h, le Breguet Atlantic accuse réception du message et quitte la zone. Jusque-là, rien d'anormal. Il s'agit en réalité du dernier message du sous-marin, derrière silence-radio.


Ce n'est que le soir, alors que le bâtiment est attendu à 21h au port de Toulon, que l'escadrille s'inquiète. L'officier de garde interroge les différents sémaphores du coin, chargés de la sûreté maritime et des navires en approche des côtes. Aucun d'eux n'a de nouvelles de la Minerve. L'alerte est finalement déclenchée dans la nuit, à 2h15 du matin. Le ministre des Armées de l'époque, Pierre Messmer, et le Président, le général de Gaulle, sont sortis du lit. Les sous-marins, avions et navires militaires autour de Toulon sont envoyés sur place pour démarrer au plus vite les recherches.

Au fur et à mesure des heures, il faut se rendre à l'évidence, le sous-marin a bel et bien coulé. Reste l'espoir de retrouver les marins vivants. Le navire dispose d'une centaine d'heures d'oxygène une fois sous l'eau. Des hélicoptères viennent en renfort, et même le porte-avions Clemenceau prête main forte. Son personnel est appelé dans les rues de Toulon avec des haut-parleurs


À ces secours dépêchés sur la zone supposée du naufrage, s'ajoute le mini sous-marin du commandant Cousteau. "Même si c’est dans un mois, il faut retrouver cette épave, il faut l’identifier, il faut savoir pourquoi elle a coulé, il le faut", répète le médiatique explorateur océanographique.


Les recherches ne dureront pas si longtemps. Elles sont abandonnées le 2 février, soit 5 jours après le naufrage, une fois qu'il n'existe plus aucune chance de retrouver un survivant. Malgré les efforts, les moyens techniques d'alors ne permettent pas de sonder des fonds marins très profonds or au large de Toulon, ils peuvent atteindre 2000 m.


Deux autres campagnes de recherche seront menées - en 1968 et en 1969 - , sans plus de succès, avant que la Marine ne classe l'affaire secret défense. La Grande Muette se mure dans le silence et laisse les 52 familles endeuillées dans l'ignorance.

Pourquoi un tel silence ? Sûrement parce que les enjeux militaires et économiques étaient à l'époque très importants. Les sous-marins de la classe Daphné incarnaient un fleuron de l'industrie française, la découverte d'avaries aurait pu conduire à l'annulation de ventes. 


Moins de 15 jours après le drame, le général de Gaulle lui même effectuera d'ailleurs une plongée à bord d'un sous-marin similaire, l'Eurydice, pour prouver que les "Daphné" sont des bâtiments sûrs. Ironie de l'histoire, ce sous-marin coulera lui aussi deux ans plus tard au large de Saint-Tropez, entraînant avec lui 57 marins. L'Eurydice sera lui retrouvé, mais sans survivant.

Je me souviens parfaitement de ce matin du dimanche 28 janvierHervé Fauve, fils du commandant du Minerve, André Fauve

La tragédie du Minerve a laissé 52 familles endeuillées. Parmi elles, 28 orphelins et 17 veuves. Hervé Fauve, le fils du commandant du vaisseau, avait 5 ans à l'époque, il n'a rien oublié. "Je me souviens parfaitement de ce matin du dimanche 28 janvier", rapporte-t-il sur son blog . "Ma mère ne s'inquiète pas, elle est habituée aux retours décalés de mon père pour des questions de service qu'il ne détaille jamais." Mais en milieu de matinée, deux officiers de la Marine sonnent chez eux et apportent la mauvaise nouvelle. "Ma mère s'effondre. Je me demande ce qui se passe et à mon tour, en larmes, elle m'explique ce qu'il en est."


Hervé Fauve n'aura de cesse de comprendre ce qu'il est arrivé à son père, malgré les ombres qui planent sur cette disparition. Il a créé, il y a quelques années, un site Internet rapportant le résultat de ses différentes recherches.

Un nouvel espoir

Personne ne sait encore vraiment ce qui est arrivé. Collision avec un bateau ? Torpille ? accident du tube d'aération ? Un sismographe a enregistré un bruit susceptible d'être celui de la destruction du sous-marin à 7 heures 59, soit seulement 4 minutes après sa dernière communication. Mais pour Thérèse Scheirmann-Descamps, ce n'est pas la raison de l'incident qui importe. 


À bord du Minerve, elle a perdu son mari, Jules Descamps, un officier mécanicien de 29 ans. Elle, était âgée de 25 ans. Plus de 50 ans plus tard, elle ne souhaite qu'une chose, le retrouver. "On ne sait pas où ils sont. Toute personne décédée a une sépulture", confiait-elle à nos confrères de France 2 en novembre dernier. "On ne peut pas faire de deuil sans sépulture, les familles ont été abandonnées."


La nouvelle campagne de recherche pourra peut-être apporter la réponse qu'elle souhaite. "Elle commencera par des essais techniques de quelques jours en février, dans la zone de présence possible de la Minerve, déterminée par l’analyse des enregistrements sismiques de l’implosion du sous-marin lors de sa disparition", a indiqué le ministère. Elle se poursuivra en juillet pour bénéficier de conditions météorologiques favorables. Parmi les moyens annoncés : des bâtiments porteurs de sondeurs multifaisceaux, des drones sous-marins et un mini-sous-marin capable de photographier à grande profondeur. Une lueur d'espoir.

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