Maintien de l'ordre : Beauvau réfléchit comment tirer les conséquences de la crise des Gilets jaunes

Police
DÉCRYPTAGE - Face à la violence née des confrontations entre les Gilets jaunes et les forces de l'ordre, le ministère de l’Intérieur réfléchit aux leçons à tirer de cette longue séquence de maintien de l’ordre et aux ajustement de la doctrine d’emploi des forces de l’ordre face à des manifestants violents, en amont et en aval des interpellations.

Il est reconnu dans le monde entier. Mais avec la crise des Gilets jaunes, la marque de fabrique du maintien de l’ordre "à la française" a pris un coup au casque. Des blessés, un sentiment d’incompréhension, parfois des bavures… Plusieurs policiers s’accordent pour affirmer, sous couvert d’anonymat, que la façon dont a été gérée cette crise, tant du point de vue de l'administration, que du politique, a oublié un objectif essentiel : la "désescalade". "En refusant d’avoir un mot de compassion pour les blessés du côté des Gilets jaunes, le ministre de l’Intérieur a renvoyé dos à dos policiers et manifestants, regrette un haut gradé. Ce qui a contribué à durcir la confrontation."

                                                                                                                                                                                                                                                         

Selon nos informations, Christophe Castaner, qui a reçu vendredi 18 janvier les syndicats de commissaires de police, a ouvert la porte à une réflexion pour interroger et faire évoluer les pratiques du maintien de l’ordre. "Il y aura des leçons à tirer, un retour d’expérience à dresser et des pistes d’améliorations vont émerger. Mais pour l’instant, aucun calendrier ni aucune forme n’a été décidée. Tout cela doit se penser à froid, il faut d’abord sortir de la crise", concède une source Place Beauvau. "Il faut s’interroger sur nos pratiques, voir si elles sont toujours pertinentes", souligne David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). "La question n’est pas tant de revoir la doctrine, la dernière mouture est récente. Mais d'imaginer des solutions pour mieux engager les personnels et les moyens", précise-t-on en coulisse.

Des PV d’interpellation souvent vides

Du point de vue des policiers, la crise des Gilets jaunes a mis en avant des faiblesses dans le traitement judiciaire. Du 17 novembre au 6 janvier, sur le territoire national, 5339 personnes ont été placées en garde à vue dans le cadre de ce mouvement. Seules 815 d’entre elles ont été poursuivies en comparution immédiate. A Paris, dans le même temps, une procédure sur deux a été classée sans suite. "Les procès-verbaux d’interpellation sont trop souvent vides, la durée des notifications est borderline", reconnaît un policier parisien.


Parmi les pistes évoquées par les tacticiens du maintien de l’ordre, figurent la montée en puissance de l’appui judiciaire, afin de présenter à la justice des dossiers aboutis. Ces derniers samedis, la Préfecture de police a mis en place, compte tenu du grand nombre d’interpellations, un dispositif permettant de gérer plusieurs centaines de gardes à vue en même temps. Si besoin, l’ancien dépôt de du palais de justice, sur l’Ile de la Cité, aurait pu être réquisitionné pour mettre à disposition d’avantage de cellules. "C’est la clé du succès, il faut que des officiers de police judiciaire soient positionnés sur le terrain en deuxième rideau pour orienter les interpellations", avance un ancien préfet, rompu aux manœuvres délicates.

Déployer des "DAR" en province ?

Les agents de la police technique et scientifique (PTS) pourraient aussi être mis à contribution, suggère un officier. "Pour faire les premières constatations et les relevés d’indices sur le terrain en préservant l’ADN par exemple sur une bouteille lancée contre les forces de l’ordre, avance-t-il. Mais cela nécessiterait de revoir le statut de ces agents qui ne sont pas considérés à proprement parler comme membres des services actifs de la police nationale."


En dix semaines d’intenses opérations de maintien de l’ordre, la doctrine, centrée sur la tenue à distance des "adversaires" - c’est ainsi que son dénommés des manifestants violents dans la sémantique policière -, a déjà évolué. A Paris, la préfecture de police a déployé des détachements d’action rapide (DAR), des équipes de 20 à 25 policiers, très mobiles, dont l’objectif est d’aller interpeller les casseurs. "Cela fonctionne, il faut multiplier ce modèle. Mais en province, il faut former les effectifs", préconise un policier parisien.


Quant aux armes de force intermédiaire, comme le LBD 40, à l’origine de plusieurs blessés depuis le début du mouvement, pas question, pour l’heure, de le retirer de l’arsenal, comme le demande le défenseur des droits. "C’est un rempart contre les manifestants violents qui s’en prennent aux forces de l’ordre. Il n’est pas question de suspendre son utilisation. En revanche, on peut discuter des conditions de son emploi et de la formation", entrevoit David Le Bars.

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