Maintien de l'ordre : quelles alternatives au lanceur de balles de défense ?

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POLICE - Sur la sellette à cause des nombreux blessés graves qu'il a causés, le lanceur de balles de défense (LBD) est-il indispensable aux forces de l'ordre ? D'autres moyens existent, mais leur efficacité dépend avant tout de la stratégie de maintien de l'ordre adoptée.

À mesure que le mouvement des Gilets jaunes dure, la liste des blessés graves liés à l'usage de la force par la police s'allonge. Une grande partie de ces blessés graves, qu'ils soient manifestants, passants ou journalistes, l'ont été par un tir de lanceur de balles de défense LBD 40, une arme dite "à létalité réduite" qui a remplacé le "Flash Ball" parmi les forces de l'ordre.

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Alors que les tirs au visage sont interdits, de nombreuses personnes ont perdu un œil en recevant une balle en caoutchouc tirée par un LBD 40. Plusieurs ONG et responsables politiques réclament l'interdiction de cette arme, mais se sont vus opposer une fin de non-recevoir par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui affirmait ce vendredi  sur Europe 1 : "Si on supprime l'usage des armes intermédiaires pour nos forces de l’ordre, que reste-t-il pour faire face à des agressions ultraviolentes ? Le contact physique ? Leur arme de service ? Ma mission, c’est aussi de protéger ceux qui nous protègent."

D'autres moyens existent, en France ou en Europe

Les forces de l'ordre disposent d'autres moyens pour rétablir l'ordre public, comme le montre le rapport de novembre 2017 réalisé par l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), une ONG qui milite pour l'interdiction du LBD 40. Celle-ci rappelle que la police peut utiliser divers armes, comme des matraques, ou du gaz lacrymogène, à main ou en grenade, ainsi que des canons à eau, et des armes en feu en dernier recours. 

Selon l'ACAT, la France fait partie des pays disposant des moyens les plus variés pour rétablir l'ordre, par rapport à d'autres grands pays du continent (Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Royaume-Uni et Suède). C'est aussi l'unique pays européen qui autorise l'emploi de grenades à effet de souffle GLI-F4, également très critiquées, mais qui seront progressivement remplacées par d'autres grenades sans TNT.

Exemple le plus marquant : le Royaume-Uni, où les policiers chargés du maintien de l'ordre ne sont équipés qu'avec des bâtons de défense. En Allemagne, les forces de l'ordre disposent de ces mêmes bâtons de défense et de bombes lacrymogènes à main, ainsi que de canons à eau, mais aucun LBD à l'horizon, ni de grenade d'aucune sorte, et encore moins d'arme à feu. Parmi les pays étudiés, seule la Catalogne, en Espagne, équipe ses policiers de LBD 40. Avec les policiers italiens, les forces de l'ordre espagnoles disposent comme les Français de grenades lacrymogènes.

D'autres outils sont également à l'étude dans d'autres pays pour aider les forces de l'ordre à gérer la violence dans les manifestations. Interrogés par Le Parisien, deux représentants du syndicat policier Alliance évoquent le pistolet marqueur d'ADN, qui tire un projectile qui laisse une trace ADN sur la cible visée, afin que celle-ci soit reconnue ensuite. Pour autant, 

estime Stanislas Gaudon, "ça peut servir à gérer une manifestation et à interpeller plus efficacement, mais ça n’a pas du tout le même but qu’un lanceur de balles de défense qui sert à stopper une infraction".

Une autre politique de maintien de l'ordre

En matière de maintien de l'ordre, l'efficacité des moyens dépend aussi des choix politiques. L'ACAT estime ainsi qu'"à moyen et long termes, le recours à des armes de plus en plus offensives participe de l'accroissement du niveau de violence et concoure à creuser le fossé entre les forces de sécurité et la population. L'usage indiscriminé ou excessif de la force par la police pouvant engendrer la solidarisation de la foule avec les protestataires que la police cherche à isoler et augmenter ainsi le risque de menace à l'ordre public". 

L'ONG observe qu'un modèle différent se développe dans d'autres pays européens : "Basé sur le dialogue et la désescalade, le modèle dit 'KFCD' (Knowlegde, Facilitation, Communication, Differenciation) vise notamment à minimiser les violences collatérales, inutiles ou dangereuses, ainsi qu'à construire et à entretenir un dialogue permanent avec la foule afin de permettre une désescalade des tensions."

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