"Une insulte à tous les élus" : le maire délégué de Port-Bail raconte son agression

"Une insulte à tous les élus" : le maire délégué de Port-Bail raconte son agression
Police

MAIRIE - Agressé au début du mois d'août, le maire-délégué de Port-Bail-sur-Mer (Manche), ne décolère pas depuis que ses agresseurs ont écopé d'un simple rappel à la loi. Témoignage.

L'été a été marqué par une série d'agressions qui ont réveillé la colère des élus locaux. L'Association des maires de France a fait les comptes. Entre janvier et juillet, elle estime qu'il y a eu 233 agressions de maires ou d'adjoints. Le classement sans suite de l'agression du maire-délégué de Port-Bail-sur-Mer (Manche) Francis d'Hulst début août a fini d'achever leur colère. C'est dans ce contexte que le Premier ministre Jean Castex a reçu en début de journée à Matignon les principales organisations d'élus locaux pour mettre fin à cette escalade de violence.

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Son agression l'a profondément marqué. Ce jour-là, Francis d'Hulst, maire-délégué de Port-Bail-sur-Mer, aperçoit trois jeunes campeurs installés dans le lieu-dit des Sapinettes. Pourtant, le camping est interdit à cet endroit en bordure de plage. Un feu est également allumé. L'élu avertit alors les contrevenants avec un arrêté municipal pour leur informer qu'ils doivent quitter la zone. Mais le lendemain, le 8 août, il constate qu'ils sont toujours là et la situation dégénère alors que Francis d'Hulst revient à leur rencontre. "Je me suis dirigé vers ma voiture et j'ai senti que, derrière moi, quelqu'un me coursait. J'ai reçu deux coups à la nuque". 

Une plainte classée sans suite

Une fois en sécurité dans son véhicule, Francis d'Hulst contacte immédiatement la gendarmerie. Rapidement, les trois individus sont interpellés par les forces de l'ordre. L'élu de 70 ans porte plainte pour "violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique". Si cet acte de violence envers un représentant municipal, inédit dans ce petit village côtier de 1.500 habitants, situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Cherbourg, choque tous les habitants, la réponse de la gendarmerie provoquera la colère. 

L'agresseur écope d'un simple rappel à la loi, incompréhensif pour l'élu victime. "La loi, tout le monde est censé la connaître. On ne devrait pas avoir à la rappeler. Cette manière de répondre par la violence à une simple réprimande est une insulte à tous les élus". 

233 agressions relevées

D'après les chiffres de l'Association des mairies de France (AMF), 233 maires et élus municipaux ont été agressés de janvier à juillet. Pour toute l'année 2019, ils avaient été 383 à subir des coups ou des insultes, contre 361 en 2018. Plusieurs agressions ont défrayé la chronique cet été, notamment celle de Philippe Becheau, maire de Saint-Philippe d'Aiguille, en Gironde, après s'être plaint de tapage nocturne. La semaine dernière, le maire de Chalifert (Seine-et-Marne) a été agressé à coups de poing par un de ses administrés pour un différend de voisinage lié à une histoire de stationnement.

Le gouvernement veut donc répondre à cette colère en faisant le point aujourd'hui à Matignon à l'invitation du Premier ministre Jean Castex. Cette réunion se tient en présence du garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et de la ministre de la Cohésion des Territoires, Jacqueline Gourault. "Les maires attendent un message de fermeté, des sanctions plus claires et des poursuites systématiques, ce qui implique de doter la justice des moyens nécessaires", a souligné l'AMF dans un communiqué

Les élus locaux, qui réclament "des procédures judiciaires plus rapides", dénoncent la mauvaise application de la circulaire Belloubet du 6 novembre 2019 qui demande aux procureurs de la République une meilleure prise en considération des plaintes des élus.

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