Manifestant blessé à la tête à Rouen : que s'est-il passé ?

Un homme a été blessé le jeudi 9 janvier dans la manifestation contre la réforme des retraites à Rouen.
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A LA LOUPE - Un manifestant a été blessé au visage lors de la manifestation contre la réforme des retraites à Rouen. Les images de cet homme, le visage en sang, ont largement été relayées sur les réseaux sociaux. LCI revient sur le déroulé des événements, à l'aide des vidéos et des témoignages de manifestants, dont le fils du retraité blessé.

Ce jeudi 9 janvier, de nombreux manifestants ont battu le pavé pour protester contre la réforme des retraites. A Rouen, ils étaient 7400 personnes dans les rues, selon la Préfecture de police. Si la manifestation s'est déroulée relativement calmement, un homme a été blessé à la tête. Des photos montrant ce sexagénaire aux cheveux grisonnants, le visage en sang, ont ému de nombreux internautes. "Un blessé à la tête suite à des coups de matraque", explique en commentaire d'une photo le média indépendant Rouen dans la rue.

Les vidéos et photos captés par les manifestants nous permettent de mieux comprendre ce qu'il s'est passé. Nous sommes en plein coeur du centre-ville, au croisement de la rue Jeanne d'arc et de celle du gros Horloge.

La scène se passe aux alentours de midi, comme l'atteste un Facebook live. David Chatelain, Gilet jaune de la première heure, filme la manifestation en direct, pour le compte "CITOYENS EN COLÈRE GJ ROUEN AGGLO" en indiquant en légende "charge policière gratuite". A la 7ème minute, il filme un homme assis sur le bord de la rue, sévèrement blessé à la tête. Des street-médic sont en train de le soigner et de nettoyer ses plaies. "Il y a tellement de monde, ils ont voulu couper la manif en deux, explique le vidéaste, ils ont matraqué. Il y a un Gilet jaune qui est en sang."

Cet homme, David Chatelain, que nous avons contacté, le connait bien. Il se prénomme Denis, et occupe régulièrement avec lui "le rond point des vaches à Rouen", nous explique-t-il. S'il quitte ensuite le blessé pour filmer le reste de la manifestation, il nous indique que "les pompiers ont été appelés pour le prendre en charge". 

Que s'est-il passé ? "Nous n'avons pas compris, lâche tout bonnement cet homme de 49 ans. La manifestation se déroulait dans le calme, il n'y avait pas de dégradations, au pire quelques tags et les policiers ont déboulé de la rue du gros Horloge au niveau du cortège des Gilets jaunes". Il estime qu'"ils ont voulu couper la manifestation parce qu'on était trop. Imaginez, le cortège allait du Palais de justice jusqu'au pont Guillaume Le Conquérant", à plus d'un kilomètre de là. 

Une analyse que partagent de nombreux manifestants. "Il a fallu qu'une compagnie décide de passer devant les gilets jaunes au croisement Jeanne d'arc et rue du Gros horloge, indique ainsi l'un d'entre eux sur le réseau social. Ils sont vraiment pas futés... Ou bien c'était une tentative de couper en deux la manif..."

La vidéo débute un peu après l'arrivée des forces de l'ordre. De nombreux manifestants crient "Cassez-vous", "dégagez". La tension monte. Un syndicaliste, mégaphone à la main tente de calmer le jeu en invitant les manifestants à poursuivre le parcours. Puis une détonation retentit. Des gaz lacrymogènes sont tirés.

D'autres vidéos permettent d'observer l'altercation de plus près. La vidéo ci-dessus débute après la détonation. Un policier tente de faire reculer les manifestants et gaze une première ligne à bout portant. Parmi les personnes visées, on retrouve Denis, reconnaissable à son manteau à capuche kaki et ses cheveux blancs.

Celle ci-dessous nous livre un autre angle et la suite des événements. Les manifestants réclament que les policiers quittent la manifestation, un policier agrippe Denis pour le faire reculer. Une altercation plus musclée a ensuite lieu, les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogènes, de coups de matraque et de coups de pied. "On voit un gars donner des coups de parapluie aux flics, et vraiment on dirait que le dernier coup arrive sur la tête du gars blessé", note un internaute en commentaire. Denis apparaît cependant quelques secondes après, sans blessures. Il invective les policiers puis disparaît du champ. Un nuage de lacrymogène envahit par la suite les lieux. On le retrouve plus tard titubant et blessé.

Une troisième vidéo, publiée par "OCN - Œil de Citoyens Normands", nous permet de confirmer que les coups portés proviennent bien des forces de l'ordre. On y voit un policier porter deux coups de matraque sur la tête du manifestant.

Nous avons pu entrer en contact avec le fils de Denis, présent à la manifestation, pour recueillir son témoignage. "J'étais un peu derrière mon père, les policiers sont rentrés brutalement dans le cortège, rapporte-t-il. Il n'avait rien sur lui, il n'a touché personne.  D'ailleurs, il n'a pas été interpellé, la réponse policière était complètement disproportionnée", estime le jeune homme.

"On lui a porté un premier coup sur la tête entre les deux yeux, poursuit-il, il s'est tourné vers les policiers pour leur demander pourquoi ils l'avaient frappé et là, il a reçu un nouveau coup violent au niveau de l'oreille qui l'a fait tomber à terre. Il a perdu connaissance quelques instants."

Le retraité de 61 ans s'est rendu à l'hôpital pour effectuer un scanner et recevoir des points de suture. "Il a deux plaies, l'une de un centimètre, l'autre de trois". Son fils nous assure qu'il comptera porter plainte une fois les examens terminés.

Interpellation d'un "casseur"

La préfecture de police livre, de son côté, une toute autre version. Selon elle, les forces de l'ordre sont intervenues pour interpeller un "casseur". "A chaque manifestation, il y a des personnes radicalisées, habillées en noir, qui en profitent pour commettre des dégradations", nous indique-t-on. Lors de la réunion de préparation de la manifestation organisée avec les syndicats à l'origine de l'appel, "nous avions convenu que si des gens, cagoulés, essayaient de faire dégénérer la manifestation, la manifestation se scinderait d'elle-même en deux pour laisser passer les forces de l'ordre".

Les policiers auraient donc investi le cortège pour neutraliser un "casseur" qui avait "réalisé des graffitis" et s'apprêtait à commettre de nouvelles dégradations. "L'interpellation a bien eu lieu", nous confirme-t-on. Un homme était ce jeudi après-midi "en garde à vue pour dégradations et dissimulation de visage". Il s'agit de la seule interpellation à Rouen, selon cette même source. "A part cet épisode, la manifestation s'est passée dans le calme, tient-on à souligner, comme à Dieppe et au Havre."

L'intersyndicale a dénoncé ces violences dans un communiqué. Selon David Chatelain, un deuxième manifestant - "un soignant du CHR" - aurait également été blessé lors de la charge.

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