Suspendu, le pompier blessé qui avait insulté Macron porte plainte et refuse de présenter ses excuses

Police

SUSPENSION - Ce pompier de l'Essonne avait été filmé après avoir été blessé à la jambe lors de la manifestation du 15 octobre. Il avait alors insulté le président de la République et annonçait sa volonté de démissionner. Un arrêté de suspension conservatoire lui a été remis ce matin, alors que ses avocates ont déposé une plainte contre X pour violences volontaires avec arme et mise en danger de la vie d'autrui.

Nicolas B. est devenu malgré lui une des figures du mouvement de protestation des pompiers. Lors de la manifestation de cette profession le 15 octobre dernier, l'homme de 28 ans avait laissé éclaté sa colère après avoir été blessé à la jambe, par ce qu'il pense être un tir de LBD. Dans une vidéo filmée par un passant et postée sur les réseaux sociaux, le pompier expliquait s'être fait "tirer dessus à bout portant" par un policier et annonçait qu'il comptait démissionner, tout en insultant au passage Emmanuel Macron.

Nous avions retrouvé sa trace le lendemain. Ce père de deux enfants était revenu sur les faits et ne comprenait toujours pas ce recours à la force de la part des policiers : "Cela ne méritait pas cette violence", indiquait-il.  Il nous confiait par ailleurs regretter de s'être emporté - "Ce n'est pas le pompier qui parle, c'est un homme en colère qui vient de se faire tirer dessus" - et nous avait fait part de sa crainte d'une sanction disciplinaire. Une crainte justifiée : un arrêté de suspension conservatoire, que nous avons pu consulter, lui a été remis ce mardi matin.

Le pompier, sous le coup d'une suspension conservatoire

"Cette suspension est provisoire, rappelle le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Essonne. Un conseil disciplinaire doit maintenant se réunir pour décider de son sort." Si Nicolas B. estime que ces mesures sont "normales", il espère ne pas écoper de la sanction maximale, une révocation. "Ce n'est pas forcément ce qui sera décidé", nous indique le SDIS 91. En attendant cette décision, le pompier est aux arrêts mais conserve une partie de sa rémunération, l'indemnité de base.

La veille, dans une lettre ouverte adressée, entre autres, au président de la République, ses avocates faisaient part "de brimades de sa hiérarchie". "Ses congés de Noël lui ont été refusés, mon client a découvert qu'il était de garde le 24 décembre, explique Valentine Rebérioux, avocate au barreau de Paris. On lui a également retiré la responsabilité de la formation des sapeur-pompiers. C'est quelque chose qu'il appréciait particulièrement et il perd un léger avantage financier, de l'ordre de 40 euros par semaine".

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Plainte contre X pour violences volontaires avec arme et mise en danger de la vie d'autrui

Avec cette lettre ouverte, ses deux avocates souhaitaient rappeler le contexte, expliquer qui est Nicolas B. et son parcours. "Cet épisode n'est en rien le reflet de sa carrière", martèle Me Rebérioux, rappelant les décorations reçues pour ses actes de bravoure ou encore le fait que "juste après avoir été blessé il n’a pas hésité à porter secours à un CRS pris de convulsion jusqu’à sa prise en charge par le centre de secours de Chaligny. Simplement parce qu’il estime qu’il est de son devoir de porter secours et assistance à chacun, à tout moment." Un épisode que Nicolas B. nous avait narré.

La contre-attaque passe également par les tribunaux. Le pompier a déposé ce 22 octobre une plainte contre X pour "violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique sur personne dépositaire de l'autorité publique et mise en danger délibérée de la vie d’autrui". Parmi les pièces jointes à la plainte, figure un certificat médical et un arrêt de travail. Le pompier  "s'est rendu aux urgences le vendredi 18 octobre, après avoir travaillé jeudi, raconte son avocate. Il a été arrêté 10 jours."

Qu'attend-il de cette plainte ? "Comprendre, lâche-t-il, comprendre pourquoi les forces de l'ordre ont agi de la sorte. Malgré les propos que j'ai tenus, et qui ont dépassé ma pensée, je me suis quand même fait tirer dessus. J'espère que cette médiatisation remettra sur le devant de la scène les nombreux blessés anonymes, qu'ils soient pompiers ou simples passants".

Une lettre d'excuses

Selon ses avocates, la hiérarchie de Nicolas B. lui aurait demandé d'écrire une lettre d'excuses à destination des autorités. Une demande à laquelle il se refuse : "Le devoir de réserve auquel il est soumis et l’image du SDIS 91 ne justifient ni la compromission ni l’humiliation publique d’un homme", soulignent ses avocates.

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