Meurtre d'Alexia, un an après : Jonathann Daval, l'homme aux multiples visages

Police
ENQUÊTE - Trois mois après la découverte du corps partiellement brûlé d'Alexia Daval dans un bois, son mari Jonathann avait fini par avouer l'avoir étranglée. Avant de dénoncer quelques mois plus tard un complot familial.

Le 28 octobre 2017, Jonathann Daval se rend à la gendarmerie de Gray (Haute-Saône). Il est inquiet, sa femme est partie courir et n’est toujours pas rentrée. La veille, ils ont dîné une raclette chez les Fouillot. Stéphanie et Grégory Gay, la sœur et le beau-frère d’Alexia, sont là aussi avec leur fils pour quelques jours de vacances. La belle-famille est au complet. Une fois de retour dans leur pavillon rose, qui appartenait jadis aux grands-parents d’Alexia, la jeune femme a donné à manger au chat et fait une lessive. Lui a mis en route le lave-vaisselle. Puis le couple est parti se coucher. Jonathann ne cache pas aux enquêteurs leurs difficultés à avoir un enfant et cette dispute avec Alexia qui aurait éclaté, expliquant les marques de griffures sur son bras. C’est sa première version. S’en suivront plusieurs autres, entre aveux, rétractations et revirement. 


Trois jours après le signalement du mari éploré, le corps d’Alexia partiellement calciné est retrouvé dissimulé sous des branchages dans le bois d’Esmoulins.  En larmes et soutenu par toute sa belle-famille, le jeune homme assiste aux obsèques et participe aux différentes manifestations en hommage "à la joggeuse tuée". Si le grand public est touché par cet informaticien de 34 ans accablé de chagrin et décrit par son entourage comme un garçon "sportif", "discret", et "gentil", les enquêteurs ne sont pas dupes. 


"On a cru son histoire", confient Isabelle et Jean-Pierre, les parents d’Alexia à LCI. "On le soutenait par amour. C’est ce qu’on se reproche. De ne pas avoir décelé une réflexion qui aurait pu nous alerter", glisse Jean-Pierre.  "Il a fallu que les gendarmes nous ouvrent les yeux", poursuit sa mère.  


Car en coulisse, la Section de recherches (SR) de la gendarmerie de Besançon et les gendarmes des groupements de Haute-Saône et du Doubs s'activent pour faire parler les indices au-delà de leurs convictions : un voisin a entendu une voiture sortir du domicile du couple la nuit du meurtre, ce qu'attestera le dispositif de traçage de l'utilitaire. Des traces de pneus pouvant correspondre au véhicule sont décelées non loin du corps et un morceau de tissu pouvant provenir de draps appartenant au couple est découvert sur le cadavre.

De "gendre idéal" à meurtrier présumé

Le 30 janvier, après trois mois de mensonges et acculé par des éléments matériels, le "gendre idéal" craque. "Je n’ai pas voulu ce qui est arrivé (...) Elle a eu une crise extrêmement violente, j’ai voulu faire comme d’habitude, la serrer fort dans mes bras pour qu’elle ne me frappe pas (...) On était dans la chambre, je l’ai mise sur le lit et maintenue contre moi, et sans le vouloir, je l’ai étouffée", avoue-t-il, selon des extraits rapportés par l'Est Républicain. 


Le suspect raconte qu’il a ensuite enroulé le corps de sa femme dans un drap, pris la route au hasard jusqu’à ce bois où il l’a déposé. Avant de partir, il a replacé les lunettes sur le visage de celle qui partageait sa vie depuis dix ans. Il niera en revanche avoir brûlé son corps, reconnaissant simplement avoir envoyé un SMS à la sœur d'Alexia depuis son portable le matin de la supposée disparition pour laisser croire qu'elle était encore à vie. C’est la deuxième version. L'autopsie a depuis révélé qu’Alexia avait été violemment frappée et étranglée. "La mort a été donnée volontairement et non pas accidentellement", déclarera la procureure de la République de Besançon, Edwige Roux-Morizot. 


Un procès avant l'heure va alors se jouer dans les médias pour tenter d'emporter l'opinion publique. La défense dépeint une victime à la "personnalité écrasante", pouvant "avoir des accès de violence très importants". La belle-famille qui faisait jusque- là bloc autour de Jonathann est sidérée. "Notre fille n’était ni autoritaire, encore moins violente", réplique-t-elle en écho dans la presse. Les proches ne sont pas au bout de leur peine. En juin, le jeune homme livre une troisième version accusant cette fois son beau-frère, Grégory Gay, d’avoir étranglé Alexia qui faisait une "crise d’hystérie" chez ses beaux-parents. Selon son récit, un "pacte familial" secret a alors été scellé pour dissimuler sa mort. Une version qui laisse l'intéressé abasourdi. "C’est extrêmement grave... (...) Ça va, j’encaisse. Je me bats mais je me dis que des personnes plus fragiles que moi se seraient déjà mis la corde au cou pour une histoire pareille ", a commenté Grégory Gay sur TF1 et LCI.

"Traits pervers", "capacité de manipulation"

Quel crédit accorder aux déclarations versatiles de Jonathann Daval ? Le premier rapport d’expertise dévoilé par l’Est Républicain ne l’épargne pas. L’expert missionné par le juge d’instruction décrit un homme aux "traits pervers", capable "de manipulation".  Son avocat Randall Schwerdorffer dénonce une "violation du secret de l'instruction" destinée à "décrédibiliser" la parole de son client, pointant des conclusions incomplètes. Jonathann Daval "a enfilé plusieurs costumes. Où est la vérité, je n'en sais rien !, commente de son côté Me Florand l’avocat des parents d’Alexia. La crédibilité de Jonathann Daval est sujette à caution (...). Rien ne colle à l'objectivité du dossier et des rapports d'autopsie". 


Selon une source proche du dossier, l'enquête ne permettrait pas, en l'état, de laisser penser à une éventuelle complicité. Aucun autre ADN que celui de Jonathann Daval n’a par ailleurs été découvert sur le cadavre de la jeune femme. Un nouvel élément pourrait en revanche mettre à mal la défense du suspect. Une bombe aérosol entamée sans bouchon a été retrouvée chez lui lors d’une perquisition, a révélé le Parisien la semaine dernière, information confirmée à LCI. Son capuchon avait été découvert près du corps d’Alexia et il correspond en tout point à celui manquant sur l'aérosol. Le rapport de l’expert mandaté par le juge a jugé "possible" l'utilisation "d'une bombe de polyuréthane pour tenter de faire brûler le corps".


Un an après la mort d'Alexia Daval et les multiples coups de théâtre de cette affaire, un homme, seul, reste mis en examen pour "meurtre sur conjoint" : Jonathann Daval. 

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Mort d'Alexia Daval : son mari Jonathann revient sur ses aveux

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