Mort de Cédric Chouviat : les policiers ont-ils menti avec l'accord de leur hiérarchie?

Mort de Cédric Chouviat : les policiers ont-ils menti avec l'accord de leur hiérarchie?
Police

ENQUÊTE - Selon Mediapart et Libération, les policiers qui ont procédé à l'interpellation de Cédric Chouviat le 3 janvier dernier auraient tenté de cacher leur responsabilité dans la mort du père de famille de 42 ans. Plusieurs personnes de la hiérarchie les auraient couverts à en croire le contenu des auditions de l'IGPN.

Il y a un mois, on apprenait que le 3 janvier dernier, jour de son interpellation sur le quai Branly dans le 7e arrondissement de Paris, Cédric Chouviat avait répété à sept reprises "J'étouffe" avant de perdre connaissance et de décéder à l'hôpital deux jours plus tard. Ce mercredi 22 juillet, de nouvelles révélations sur la mort de ce livreur de 42 ans, marié et père de famille sont faites sur les conditions dans lesquelles ce dernier a été interpellé par des policiers et sur les minutes qui ont suivi.

Témoignages, vidéos, PV d'audition de garde à vue, Mediapart et Libération ont ainsi eu accès à plusieurs documents et en révèlent en partie le contenu qui pointe du doigt la responsabilité des quatre fonctionnaires – trois hommes et une femme- intervenus ce jour-là, mais aussi le soutien qu'ils auraient reçu de leur collègues et de leur hiérarchie après la mise au sol du quadragénaire et son malaise.

"C'est bon, c'est bon lâche"

Selon les PV d'audition dont nos confrères ont pris connaissance, les fonctionnaires indiquent ne pas avoir entendu les cris de détresse de Cédric Chouviat.  Sur les sons audio captés par les téléphones de la victime mais aussi d'une policière - téléphones qui ont aussi filmé une partie de la scène -, on entend pourtant l'un des fonctionnaires dire au livreur "Monsieur?", comme si quelque chose n'allait pas. Puis ce même policier dire à son chef "c’est bon, c’est bon, lâche", "sur un ton paraissant empreint d’inquiétude", relèvent les enquêteurs de l'IGPN. 

Au sujet de la clé d'étranglement,  le chef de bord qui, sur les images, a son bras autour du cou du livreur, indique à l'IGPN : "Je ne me rappelais pas avoir utilisé mon bras gauche. (…) J’étais fatigué. D’où ma possible confusion. Je ne sais pas quoi dire. (…) En plus je suis droitier ! En tout cas, il n’y a pas eu de geste volontaire". Il dira plus tard, au cours de son audition :"Je n’ai jamais eu l’intention ni la sensation d’étrangler".  

Pourtant , selon les conclusions de l'IGPN, Cédric Chouviat a été amené au sol en quelques secondes par le chef de bord par le " biais principalement d'un étranglement arrière" et "s'est retrouvé allongé sur le ventre, évoquant très rapidement sa détresse respiratoire".

Le petit-ami de la policière qui se trouvait quai Branly

Les deux médias révèlent par ailleurs qu'un policier du 15e arrondissement, appelé en renfort avec son équipe le 3 janvier, détaille dans son audition à  l'IGPN que la policière faisant partie de l'équipage qui a procédé à l'interpellation de Cédric Chouviat "discutait avec un collègue" de la brigade anti-criminalité du 7e arrondissement lorsqu'il était là. Or, ce collègue en question est, selon les deux médias, le petit-ami de celle-ci. 

Voici la version des faits qu'ils communiquera ce jour-là à 10h17 sur les ondes à la salle de commandement du commissariat du 7e arrondissement, mais aussi à la préfecture de police de Paris : "Il s’agit en fait d’un individu qui a été contrôlé par PS07 (nom de l'équipage ndlr), ce dernier a été invité à les suivre suite au contrôle. Ce dernier s’est rebellé ; pendant la rébellion, il a fait un arrêt cardiaque ".  

L'agent de la BAC et petit-ami de la fonctionnaire intervenue avec ses trois collègues précise : "Aucun moyen de défense intermédiaire, ni télés [matraque télescopique – ndlr], ni taser, ni gazeuse. Il s’agissait juste de maintenir l’individu avec une clef de bras pour lui passer les menottes, il n’y a pas eu d’étranglement ni de coups portés". Avant d'ajouter : "Un simple contrôle routier, l’individu a commencé à les insulter, donc les collègues ont procédé à son invitation  à suivre. Ce dernier s’est alors rebellé, il a refusé de les suivre, les collègues ont tenté de le menotter mais celui-ci, résistant, il a fait un malaise cardiaque." 

Des inexactitudes soulignées par l'IGPN au regard des éléments tels que les vidéos qui figurent au dossier. "Un compte rendu de l'intervention, inexact pour ce qui concernait les techniques de maîtrise engagées, avait été fait auprès de la salle de commandement", souligne ainsi la police des polices dans son rapport.  Y a-t-il eu une volonté manifeste de dissimuler la vérité ou tout du moins de maquiller la vérité ? C'est que pense depuis le drame la famille de Cédric Chouviat.

Les policiers n'ont pas été suspendus

Début juillet, les juges d'instruction chargés d'enquêter sur la mort de Cédric Chouviat ont mis en examen trois des quatre policiers présents lors du contrôle routier houleux pour "homicide involontaire", une qualification pénale trop légère pour la famille de ce livreur. Ces trois policiers qui ont procédé physiquement à l'interpellation ont été mis en examen les 7 et 8 juillet et jeudi 16 juillet. Ils sont placés sous contrôle judiciaire avec une interdiction de contact avec tout ou partie de l'équipage. La policière qui a filmé la scène l'interpellation a été placée vendredi dernier sous le statut de témoin assisté. 

Au 21 juillet, "ils n’ont pas fait l’objet d’une demande de suspension de fonction" indique la Direction générale de la police nationale à Mediapart. La famille de Cédric Chouviat n'a elle cessé de demander cette suspension. Elle souhaite également une requalification des faits en "homicide volontaire".

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