Mort de Steve Maia Caniço à Nantes : des témoins racontent leur nuit d'horreur, au milieu des gaz lacrymogènes

Police

POLICE - Le "Journal du Dimanche" a eu accès aux témoignages de 148 personnes présentes sur les bords de la Loire le 21 juin dernier, nuit de la disparition de Steve Maia Caniço. Toutes font part du caractère soudain de l'intervention policière, plusieurs assurent avoir vu des gens tomber dans la Loire, et racontent l'inaction des forces de l'ordre à leur porter secours.

Un peu après 4h30 ce 21 juin, un nuage de gaz lacrymogènes envahit le quai Wilson, à Nantes. C'est la panique chez les fêtards venus écouter de la musique, diffusée depuis une dizaine de stands. Tous ont l'autorisation de jouer jusqu'à 4 heures. Un seul ne respecte pas cette consigne, celui situé le plus à l'ouest. Les noctambules s'y retrouvent, et vers 4h30, la police jette plusieurs grenades lacrymogènes sur la foule. 

Pour mieux comprendre le chaos qui règne cette nuit-là sur les bords de la Loire, le Journal du Dimanche a consulté les témoignages de 148 personnes présentes ce soir là. Il ne s'agit pas d'auditions de témoins par les enquêteurs - dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour homicide involontaire - mais de récits recueillis par l'association locale Media'Son, chargée de promouvoir les musiques actuelles dans la région Pays de la Loire, et "qui joue les intermédiaires entre les autorités et les organisateurs" de fêtes selon le JDD. Le journal a également contacté certains des 89 plaignants associés à la plainte collective déposée le 3 juillet dernier pour mise en danger de la vie d'autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique. 

Lire aussi

Selon ces témoignages, aucune sommation n'a été donnée par les policiers avant le jet de lacrymogène. "A aucun moment ils n’ont entendu la police prévenir qui que ce soit avant que les grenades lacrymogènes ne s’abattent au milieu de la foule réunie sur le quai" écrit le JDD.  De nombreux fêtards, alcoolisés, fatigués, pas toujours lucides, se retrouvent au bord de l'eau avec comme "seul échappatoire la Loire".

Selon certains témoins, "des personnes dormaient encore sur le quai", "certaines se sont réveillées en panique et ont couru dans le nuage de lacrymogène sans savoir où aller". D'ailleurs, les proches de Steve assurent que leur ami dormait au moment des faits et ont la conviction que ces gaz lacrymogènes l’ont réveillé et l'ont fait chuter dans la Loire.

Soudain, j’aperçois une personne dans la Loire, elle avait du mal à nager et s’éloignait de la berge."- Une témoin

"C’est au moment où le nuage nous a envahis qu’on a vu des gens tomber dans la Loire" déclare une témoin. Dix-huit des 148 personnes interrogées par Media'Son déclarent avoir vu des gens tomber dans le fleuve. "Soudain, j’aperçois une personne dans la Loire, elle avait du mal à nager et s’éloignait de la berge" explique-t-elle, alors que vers 4h40 elle s’est approchée du bord du fleuve pour mieux respirer. "Avec un petit groupe de personnes nous lui parlions afin qu’elle reste éveillée et nous lui éclairions la berge pour qu’elle s’en approche. Je n’ai pas pu voir dans ce chaos et cette confusion si la personne avait été repêchée…"

Les témoins font également état du manque d'aide des policiers pour repêcher les fêtards tombés à l'eau. "Quand on est allés voir la police pour leur dire qu’il y avait des gens à l’eau, on s’est fait envoyer balader" explique un témoin. "On était une dizaine près de l’eau, on suivait un mec qui se débattait dans la flotte. On est allé voir les flics pour qu’ils nous aident, ils ont répondu texto : ‘C’est pas notre boulot, c’est celui des pompiers’" ajoute un autre.

Lire aussi

Le corps de Steve Maia Caniço a été retrouvé le 29 juillet dernier. Selon une enquête controversée de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) "il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de M. Steve Maia Caniço".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter