Intervention controversée de la police pendant la Fête de la musique à Nantes : "Je suis tombé à l'eau, j'ai cru que j'allais mourir"

Police
FAITS DIVERS - Jérémy, 24 ans, était à soirée de la Fête de la musique organisée vendredi soir sur l'île de Nantes. Il fait partie des 14 personnes qui sont tombées à l'eau pendant une opération de police. Il livre son témoignage à LCI alors qu'un jeune homme est toujours porté disparu et que l'IGPN a ouvert une enquête sur cette intervention.

Il pensait faire la fête toute la nuit, il a eu la peur de sa vie. Jérémy, 24 ans, a travaillé vendredi dernier dans son entreprise jusqu’à 2 heures du matin. Un collègue le dépose ensuite à la soirée organisée pour la Fête de la musique quai du président Wilson sur l’île de Nantes. "Quand je suis arrivé, l’ambiance était cool, bon enfant. Les gens dansaient, il y avait du bon son. Puis en quelques secondes, tout a dégénéré", confie-t-il à LCI ce mardi. 


Vers 4 heures du matin,  les forces de l’ordre se présentent sur le site et demandent aux organisateurs de couper la musique. "Plusieurs ont arrêté leur sound-system. Mais le public avait encore envie de s’amuser. Il y avait encore plusieurs centaines personnes environ sur place, poursuit le jeune homme. Un des DJ  a essayé de tenir un peu plus longtemps, en laissant le son, la police l’a contraint à éteindre. Puis il a remis la musique. Nous spectateurs, on a commencé à protester contre la police parce qu’on voulait continuer à danser. Le DJ a mis une dernière chanson sur laquelle tout le monde a chanté. C’est là que la police a commencé à gazer tout le monde. Les jets de projectiles, dont certains médias ont parlé,  je ne les ai pas vus, je ne sais pas s'il y en a eus. Ce que je sais, c’est qu’avec les lacrymos, tout le monde s’est dispersé. Moi j’ai voulu m’écarter aussi, mais je voyais rien. J’ai posé un  pied dans le vide et je suis tombé à l’eau". 

"Des gens criaient : ‘Aidez-moi ! Aidez-moi !"

Comme Jérémy, ils sont 14 à chuter dans la Loire accidentellement. "Au moment où je suis tombé, je me souviens, je me suis dit ‘Et merde’. Puis : ‘J’espère que je ne vais pas me retrouver à Saint-Nazaire’. L’important pour moi était de rapidement sortir la tête de l’eau. J’avais mon sac sur le dos. J’ai réussi à reprendre ma respiration. Il fallait que je trouve très vite quelque chose à laquelle me raccrocher. L’eau était gelée, il y avait du courant. Il y avait des gens qui criaient : ‘Aidez-moi ! Aidez-moi !'"


Le jeune homme parvient finalement à saisir une corde dans la Loire, avant de sauver un autre fêtard qui dérivait à ses côtés. Malgré la corde à laquelle nous étions accrochés, nous n'étions pas sains et saufs pour autant. Car si les pompiers n’étaient pas arrivés rapidement, je crois que je ne serais pas là, comme cet homme, aujourd’hui. J’étais à 4-5 mètres sous le quai, avec une corde glissante dans les mains.  Je n’aurais jamais pu regagner le quai seul. Pendant quelques minutes, j’ai clairement cru que c’était fini, que j’allais mourir". 


Les secours les font monter sur leur embarcation. Plusieurs personnes s'y trouvent déjà. Un homme était là, en état de choc. Il disait que quand il était à l’eau, il a poussé quelqu’un contre le mur pour que ce dernier puisse s’accrocher. Puis cette autre personne, de sexe masculin, a été emportée par le courant. Je ne sais pas si c'était Steve... Je ne le connaissais pas personnellement". 

Hospitalisé quelques heures

Conduit à l’hôpital avec les autres fêtards tombés à l’eau, Jérémy y passera quelques heures en observation. "Je suis parti de l’hôpital vers 8h,  à pieds, avec mes vêtements en papier. Mes habits personnels étaient trempés et ma mère travaillait et ne pouvait venir me chercher", continue Jérémy. 


Arrivé chez lui, Jérémy s’est reposé après cette nuit éprouvante. Il a repris le travail depuis, et espère maintenant que l’on aura des nouvelles de  Steve. "On garde tous espoir. Je ne le connais pas personnellement mais j’ai des amis qui le cherchent", conclut le jeune homme qui a repris le travail depuis. 


Comme d’autres, il compte déposer plainte contre la police pour "mise en danger de la vie d’autrui par personne dépositaire de l’autorité publique". 

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