"Nous ne sommes pas dans le même camp" : le préfet de police de Paris a-t-il outrepassé son devoir de réserve ?

"Nous ne sommes pas dans le même camp" : le préfet de police de Paris a-t-il outrepassé son devoir de réserve ?

À LA LOUPE – Harangué par une femme au lendemain de la manifestation des Gilets jaunes samedi à Paris, le préfet de police de Paris Didier Lallement a rétorqué qu'elle et lui n'étaient "pas dans le même camp". Des propos qui suscitent des salves de réactions indignées et interrogent sur son devoir de réserve.

Dimanche à Paris, le préfet de police Didier Lallement est venu constater les dégâts causés par la manifestation des Gilets jaunes la veille. Une scène diffusée par BFMTV et relayée sur les réseaux sociaux a rapidement fait polémique. En uniforme, le haut-fonctionnaire répond à une femme qui vient de lui signifier qu'elle faisait partie des Gilets jaunes. Il s'éloigne alors en répliquant : "Nous ne sommes pas dans le même camp, madame".

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L'extrait a fait l'objet de nombreuses critiques, venues de citoyens ou de responsables politiques. Le député de la France Insoumise Alexis Corbière a notamment estimé que Didier Lallement devait être "remplacé", évoquant des propos "intolérables", mais pour autant révélateurs", prouvant à ses yeux qu'il n'agissait pas au service de l'intérêt général.

Quid du droit de réserve ?

Le journaliste Pierre Jacquemain, qui a partagé la séquence dimanche, a mentionné l'article R. 434-29 du Code de déontologie de la police nationale, selon lequel "le policier à l'obligation de neutralité". À la lecture de ce texte, faut-il en conclure que le préfet de police a tenu des propos inadéquats avec sa fonction ? 

Pour répondre à cette question, Le Parisien a interrogé Olivier Renaudie, professeur de droit public à l'école de droit de la Sorbonne. Ce dernier estime que "ce code s'adresse à toutes les personnes qui exercent des fonctions au sein de la police et de la gendarmerie, mais ses dispositions n'ont pas été élaborées pour les grands chefs tels que les préfets de police". Didier Lallement n'est donc pas tenu de s'y conformer selon lui. 

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Qu'en est-il dans ce cas du devoir de réserve, auquel sont théoriquement tenus tous les fonctionnaires ? Le préfet de police était en effet en exercice dimanche, comme en témoigne son uniforme intégral, reflet de ses fonctions et de son rang. Le devoir de réserve "se base seulement sur la jurisprudence du Conseil d'État", poursuit l'enseignant. "Il n'a pas de fondement textuel".

Une fonction exposée

Si l'on peut considérer que le préfet de police dépasse son rôle de garant de l'ordre public avec une telle déclaration, il a profité de son exposition médiatique et de la présence d'une caméra pour adresser son soutien aux forces de l'ordre. Sous l'autorité du ministère de l'Intérieur, Didier Lallement occupe comme le souligne Le Parisien une fonction "très politique", défendant les choix et la stratégie de l'exécutif. En mars, son prédécesseur Michel Delpuech avait d'ailleurs été relevé de ses fonctions par Édouard Philippe, mis en cause dans sa gestion des manifestations de Gilets jaunes.

Selon Olivier Renaudie, des sanctions sont possibles pour des préfets qui outrepasseraient leur devoir de réserve, mais "uniquement lorsque les critiques s'adressent au gouvernement". Il prend ainsi pour exemple un sous-préfet qui avait en 2008 été écarté après des propos hostiles à l'égard d'Israël. LCI a contacté le ministère de l'Intérieur ainsi que la préfecture de police de Paris pour recueillir leur réaction à cette polémique, sans obtenir pour l'heure de réponse.

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