Oui, un drone a bien survolé le port de Marseille pour faire respecter le port du masque

Oui, un drone a bien survolé le port de Marseille pour faire respecter le port du masque
Police

VÉRIFICATION - Oui, un drone a bien patrouillé au dessus de Marseille fin août afin d'avertir les citoyens de l'obligation du port du masque. Une pratique interdite par le Conseil d'Etat à Paris.

"Terminée la science fiction. Bienvenue chez les tarés psychotiques." C'est en ces termes qu'un internaute s'est insurgé, vidéo d'un drone survolant le Vieux-Port de Marseille à l'appui, d'une action de la police nationale pour faire respecter le port du masque rendu obligatoire sur l'ensemble de la cité phocéenne. Si la vidéo est mal datée, elle remonte en fait à la fin de l'été, les images sont authentiques.

Une vidéo véridique mais mal datée

Tout le long du week-end, plusieurs internautes, que ce soit sur Twitter, Youtube ou Facebook, se sont révoltés contre ces images. On y voit un drone, patrouillant dans un ciel bleu, au-dessus de quelques badauds. Muni d'un haut-parleur, l'aéronef diffuse ce message : "Police Nationale : Lutte contre la Covid-19. Le port du masque est obligatoire sur l'ensemble de l'agglomération marseillaise et notamment sur le Vieux Port. À défaut, vous vous exposez à une amende de 135 euros."

Quand certains y voient une "psychose", d'autres vont jusqu'à craindre une dérive "orwellienne". Résultat : la vidéo ci-dessus cumule désormais 122.000 vues et des personnalités politiques se sont même emparées du sujet. Pourtant, une météo particulièrement clémente et la présence de touristes en tenues légères laissent penser que les images ne sont pas récentes. De plus, le petit train touristique de la ville est bien visible alors que, comme nous le confirme l'office de tourisme de Marseille, il ne circule plus depuis vendredi dernier et ce "jusqu'à nouvel ordre".

Une recherche inversée d'images nous révèle de fait que cette vidéo n'est pas récente et a déjà été partagée, notamment sur YouTube, par des milieux complotistes. Mais aussi par une source plus solide. Dès le 28 août, la radio NRJ diffusait en effet ce même drone mais filmé sur un autre point du Vieux Port.

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Une pratique interdite à Paris

Interrogée par LCI, la Direction centrale de la Sécurité publique des Bouches-du-Rhône (DDSP13) assume. Elle explique avoir réalisé cette mission au moment où le port du masque avait été rendu obligatoire sur l'ensemble de la commune, à savoir le mercredi 26 août dernier, la préfecture nous précisant de son côté que l'engin a été sorti "trois fois dans le cadre d'une expérimentation". L'objectif n'était cependant "pas de la verbalisation" mais "informer le maximum de personnes possibles de cette nouvelle consigne", comme nous l'explique la DDSP13. Un emploi similaire à celui des autorités de plusieurs grandes villes, dont Marseille mais aussi Nice ou Paris, pendant le confinement afin d'informer la population des règles sanitaires. A l'époque, les différentes préfectures se vantaient d'ailleurs de cette pratique, comme le montrent plusieurs articles et vidéos sur le sujet.

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L'info passée au crible

Seulement, depuis, un tel usage a été interdit. En tout cas dans la capitale, où le Conseil d'Etat a a ordonné le 18 mai dernier à l'État de "cesser immédiatement la surveillance par drone du respect des règles sanitaires en vigueur lors de la période de déconfinement". Car, bien que ces engins n'aient pas été utilisés pour identifier des personnes mais "uniquement pour détecter des rassemblements du public", comme plaidait la préfecture de Paris à l'époque, le juge des référés avait relevé que les drones utilisés "sont dotés d'un zoom optique et peuvent voler en dessous de 80 mètres, ce qui permet de collecter des données identifiantes". Dès lors, comme on peut le lire sur l'ordonnance de ce jugement, il avait estimé que cette utilisation "relève d’un traitement de données à caractère personnel et doit respecter le cadre de la loi informatiques et libertés du 6 janvier 1978". Constatant que ce cadre n'existe pas, l'institution concluait qu'une telle opération reste impossible "tant qu'un arrêté ou décret ministériel n'aura pas été pris sur le sujet après avis de la CNIL, ou tant que les drones ne seront sont pas dotés d'un dispositif de nature à rendre impossible l'identification des personnes filmées." Interrogée sur la question de la légalité de cette action, la préfecture des Bouches-du-Rhône assure elle aussi n'avoir fait aucune captation d'images, préférant décrire cette mission comme "un moyen d'information pour rappeler aux citoyens que le masque est obligatoire". Raison pour laquelle la Quadrature du Net, l'association de protection des données personnelles qui avait attaqué en justice les drones de la police parisienne, nous explique ne pas vouloir en faire autant cette fois-ci. 

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