Pourquoi l'imam de la mosquée que fréquentait Mickaël Harpon n'a-t-il pas été expulsé en 2015 ?

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L'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris

POLÉMIQUE - Mickaël Harpon, auteur des quatre assassinats perpétrés le 3 octobre à la préfecture de police de Paris, fréquentait la mosquée de Gonesse (Val d'Oise). Un des deux imams, Ahmed Ilali, aurait dû quitter la France en 2015 alors qu'il était imam à Sarcelles. Quatre ans plus tard, ce dernier est toujours présent, et assure cinq prières quotidiennes à la mosquée de Gonesse.

Depuis jeudi dernier, la mosquée de Gonesse est scrutée de près. C'est là que se rendait depuis quelques années Mickaël Harpon, auteur de la tuerie qui a fait 4 morts et un blessé grave le jeudi 3 octobre à la préfecture de police de Paris. C'est là que cet informaticien âgé de 45 ans allait régulièrement prier en tenue depuis quelques temps. Comme Mickaël Harpon le faisait jusqu'à début octobre, des dizaines de fidèles se rendent chaque jour dans ce lieu de culte du Val d'Oise pour pratiquer leur religion.

Deux imams se répartissent les prières dans la semaine. Hassan El Houari, imam principal, prêche le vendredi. Ahmed Hilali, lui, gère les cinq prières quotidiennes. Il aurait dû pourtant quitter le territoire, il y a quatre ans. Alors l'imam Hilali a-t-il influencé Mickaël Harpon dans son geste? Sa permanence en France relève-t-elle elle aussi d'une "faille" ou d'un "dysfonctionnement" ? Les enquêteurs poursuivent leurs investigations. Voici ce que l'on sait de cet homme âgé de 35 ans. 

Imam à la mosquée de Sarcelles de 2013 à 2015

Selon une source proche de l'enquête, Ahmed Hilali a été imam à la mosquée de Sarcelles de novembre 2013 à septembre 2015, date à laquelle il a été licencié. 

"Cet imam était très connu, avant d’être à Gonesse il était à Sarcelles. Nous avons fait en sorte, avec les responsables d’une des mosquée de Sarcelles de l’évincer de la ville car il commençait à avoir des attitudes extrêmement dangereuses pour la communauté musulmane de la Ville", a déclaré au Figaro François Pupponi, maire de Sarcelles jusqu'en août 2017 et désormais député.  

Le député ajoute : "Il recrutait des jeunes délinquants, mettait dehors les anciens musulmans de la mosquée, faisait rentrer des salafistes, etc. Les anciens ont vu arriver ce jeune qu’ils ont recruté. Très vite, il a commencé par tout diriger dans la mosquée, par faire entrer des gens peu fréquentables. Les services de renseignement savaient. Pour en parler régulièrement avec eux, il savait cet individu dangereux. Il a même été à l’époque sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français en 2015. Celle-ci n’a jamais été mise en oeuvre". 

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Obligation de quitter le territoire en 2015

Comme l'a révélé Le Point lundi, "parent d'un enfant français", l'imam Ahmed Hilali avait en effet pu "bénéficier en 2014 à ce titre d'une carte de résidence temporaire d'un an". Début 2015, il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sous 30 jours. Mais quatre ans plus tard, l'imam est toujours dans l'Hexagone et continue son activité plusieurs fois par jour dans cette mosquée du Val d'Oise.

 "Comment est-il possible qu'un imam radicalisé, et ce sont les services de renseignement qui le disent, à qui on notifie une obligation de quitter le territoire français en 2015, est toujours là en 2019 ? Cela s'appelle un dysfonctionnement majeur, cela s'appelle une faute, c'est grave", s'agace l'ancien maire de Sarcelles, François Pupponi. 

"Cette obligation de quitter le territoire n'avait pas été délivrée du fait de ses prêches radicaux et de ses fréquentations, comme l'on dit certains. Mais parce qu'il n'apportait pas la preuve qu'il subvenait aux besoins de son enfant", indique-t-on du côté du ministère de l'Intérieur contredisant les affirmations du député. 

Selon le ministère de l'Intérieur, "l'obligation de quitter le territoire français avait été abrogée après que celui-ci a apporté la preuve qu'il s'occupait bien de son enfant". 

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Un titre de séjour renouvelé

En juin 2019, Ahmed Hilali  est de nouveau passé devant la commission du titre de séjour. Il a obtenu un avis favorable pour se maintenir au titre de parent d'enfant français. Une nouvelle carte de séjour lui a été délivrée, a confirmé ce mercredi la préfecture du Val d'Oise. 

Interrogé mardi soir devant la Commission des lois, le ministre de l'Intérieur a dit sur ce sujet : " L’imam dont on parle a été admis en France le 11 décembre 2014. Début 2015, il a fait l’objet d’une OQTF qui n’a pas été exécutée je ne sais pas pourquoi. Ce que je peux vous dire, c’est que depuis, dans le cadre de la Commission départementale, il a été décidé de lui accorder un titre valable et qu’il est marié. Ce sont les éléments dont je dispose et qui ont été la base de l’obtention de ce titre, titre qui est valable jusqu’en avril 2020. Je ne fais aucun lien avec l’affaire qui a provoqué ce qui s’est passé à la préfecture de police". 

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Christophe Castaner à propos de l'imam radicalisé de Gonesse

Aujourd'hui, Ahmed Hilali exerce encore ses fonctions, à la mosquée de Gonesse. "Il y a deux imams. Un imam principal qui prêche le vendredi, si on peut dire le porte-parole, c’est moi depuis 2015. Il y a un autre imam. Celui qui gère les cinq prières quotidiennes. C’est lui la plupart du temps qui est sur place", a précisé ce mercredi Hassan El Houari, Imam de la mosquée de Gonesse sur BFM TV. 

Fiché S?

Nos confrères du Point indiquaient également lundi que l'imam Ahmed Hilali avait été "fiché S en 2015" et qu'il avait  "subi une perquisition administrative de son domicile". Cette perquisition selon nos confrères n'aurait "abouti à aucune poursuite judiciaire".

Interrogé sur cette fiche S, le ministère de l'Intérieur ne confirme ou n'infirme pas l'information. "Sur cette question, il n'y aura aucun commentaire", nous dit-on. 

Des liens avec Mickaël Harpon?

Interrogé sur ses liens potentiels avec Mickaël Harpon, Ahmed Hilali assure n'avoir "jamais parlé" avec lui. "Il était très discret, je ne connais pas son nom, ni où il travaille, ni où il habite, je n'ai jamais parlé avec lui, mais des fois il me serre la main", explique-t-il  à Franceinfo.

Sur TF1 mercredi soir, l'imam déclare: "J’ai jamais parlé avec lui ou bien on s’échangeait (sic) ou bien j’ai son numéro de téléphone ou bien il a mon numéro de téléphone. Il ne m’a jamais posé de questions religieuses ou quoi que ce soit, je ne connaissais même pas son nom". 

L'autre imam, Hassan El Houari, avait-il lui croisé ou rencontré le tueur de la préfecture de police de Paris. "Non pas du tout, j’ai jamais eu l’occasion de serrer la main de Mickaël Harpon ou bien de m’entretenir avec lui. C’est vraiment dommage", déclare-t-il sur BFMTV.  

Mickaël Harpon s’est il radicalisé à la mosquée de Gonesse ? L’imam Hassan El Houari assure que non. "Je suis le prêcheur principal. Mickaël Harpon ne peut pas s’être radicalisé chez nous". 

L'enquête le dira.

Des démarches seront engagées si jamais...

Dans un communiqué mercredi, le maire de Gonesse écrit : 

"Personnellement, je ne connaissais pas l’imam récemment mis en cause par les médias comme étant un fiché S. Il s’agit de Monsieur Amed Hilali recruté par l’association musulmane de Gonesse pour assurer les 5 prières par jour depuis le 1er Avril 2017. Ni les membres du bureau de l’association (toujours au moins trois présents à chaque prière) ni les fidèles n’ont remonté la moindre difficulté sur les discours et les propos tenus par cet imam. Ni l’association ni la Ville n’ont été informées par les services de l’Etat des problèmes administratifs de Monsieur Amed Hilali (qui était en règle au moment de la signature du contrat de travail) et encore moins du fait que ce dernier était fiché S.

Je me suis assuré auprès de l’association musulmane de Gonesse que si cette information était confirmée par les services de l’Etat elle engagerait les démarches pour mettre un terme au contrat de travail qui les lie à cet imam. Les membres du bureau de l’association partagent cette position".

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