Procès du viol du 36 : les doutes d'une serveuse du pub où tout a commencé

Procès du viol du 36 : les doutes d'une serveuse du pub où tout a commencé

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PROCES– Le procès de deux policiers, anciens de la BRI, jugés pour le viol d'une touriste canadienne dans les locaux du 36 quai des Orfèvres à Paris, dans la nuit du 22 au 23 avril 2014 se poursuit. Ce lundi, une serveuse du pub Le Galway, où les fonctionnaires ont rencontré la victime présumée avant les faits pour lesquels ils sont jugés aujourd'hui, a témoigné à la barre.

Elle s'appelle Leslie C. et est née en 1982 aux Etats-Unis.  Cette femme actuellement mère au foyer était, en 2014 et depuis quatre ans, une des serveuses du pub le Galway. Le 22 avril 2014, elle servait des verres aux clients. Parmi eux, des policiers du 36, quai des Orfèvres, habitués des lieux pour certains et Emily S, touriste canadienne arrivée dans la capitale française quelques jours plus tôt et qui avait déjà fréquenté le Galway  plusieurs fois avant cette date. 


Appelée à témoigner ce lundi, la jeune femme a raconté, dans le cadre du procès  de deux anciens policiers de la BRI jugés pour le viol d'Emily S. , ce qu'elle a vu dans le bar avant que certains ne décident de traverser la Seine pour se rendre dans les locaux du 36 et que tout ne dégénère. Selon elle, Emily S. qu'elle a vue le 23 avril au petit matin, alors qu'elle venait de descendre des bureaux du 36 en disant y avoir été violée, ne lui a "peut-être pas raconté la vérité ce soir-là". 

Cigarette puis main aux fesses

Ainsi, à la barre ce lundi, Leslie C. indique  être arrivée le 22 avril au pub "pour travailler". "Je pense que les policiers étaient déjà là mais je ne suis plus sûre. La dame (Emily S. ) est arrivée. Elle était venue quelques fois avant. C'était son bar pour se détendre pendant son voyage en France" dit-elle. 


Leslie C. explique ensuite qu'Emily S. lui aurait demandé une cigarette, cigarette qu'elle n'a pu lui offrir ne fumant pas. Leslie C. est alors allée demander aux policiers à l'autre bout du bar. Elle ne se souvient plus si c'est elle qui a amené la cigarette à Emily S. ou si c'est un policier qui l'a fait. Elle se souvient par contre que la touriste et les fonctionnaires ont commencé à discuter. 


"Elle est venue vers eux, tout le monde était en train de discuter, de boire. Puis, j'ai parlé avec elle. Elle m'a demandé si je connaissais bien les policiers. Elle m'a dit : 'Ils m'ont demandé d'aller dans leur bureau pour le sexe. Je ne suis pas sûre pour le sexe mais ça m'intéresse d'aller voir leurs bureaux car mon père est policier'. Après elle m'a dit que l'un d'entre eux avait mis sa main sur ses fesses."


Leslie C. poursuit "Après, Emily S.  est sortie avec un policier, ils étaient partis pour un petit moment puis ils sont revenus. Tout le monde est parti. Puis plus tard,  on a fermé le bar. Un des policiers est venu me chercher avec ma collègue pour nous ramener dans leurs bureaux. Il nous a dit qu'Emily S.  les accusait de viol. Elle ne parlait pas français".  Leslie C; indique être ensuite allée avec sa collègue, à la demande des fonctionnaires, dans les locaux du 36 pour voir Emily S. qui s'y trouvait. "J'ai demandé si elle voulait appeler son père. Je lui ai prêté mon téléphone. Elle l'a appelé", raconte le témoin. Avant de conclure : "J'ai l'impression qu'il était un peu sceptique sur ce qu'elle disait...". 

"French kiss" avec plusieurs policiers?

Le président revient alors sur ses déclarations, faites aux enquêteurs en avril 2014…  "A époque vous aviez dit avoir vu  Emily S. faire un "French kiss" à Nicolas R.  Puis vous avez dit qu'elle avait embrassé plusieurs policiers comme ça". Le président ajoute qu'elle avait aussi indiqué avoir vu Emily S. faire un geste déplacé et même mimer un acte sexuel. A la barre, l'ancienne serveuse dit aujourd'hui "effectivement se souvenir d'avoir vu quelque chose de bizarre, de s'être demandée ce qu'ils étaient en train de faire, sans se souvenir précisément de l'acte" qui avait été mimé. 


Puis le président lui demande ses impressions, quand elle est arrivée avec sa collègue au 36 quai des orfèvres vers 2 heures du matin, pour voir Emily S. à la demande de policiers.  Leslie C. indique qu'une chaise avait été demandée pour qu'Emily S. s'assoie. Elle dit lui avoir prêté son téléphone pour qu'elle appelle ses parents. "Le policier qui était venu me chercher au pub à la fermeture m'a dit qu'elle avait fait des accusations de viol, par des policiers", précise-t-elle. 

"Peut-être qu'elle était d'accord pour faire l'amour avec un policier"

Dans quel état était Emily S. quand Leslie C. est arrivée au 36? "Elle ne pleurait pas. Elle n'était pas hystérique. Elle était, je ne vais pas dire stoïque. Elle était debout.", répond Leslie C. qui a du mal à décrire la situation. "Je ne vais pas dire qu'elle était normale... Elle a dit qu'elle était dans le bureau." Puis elle ajoute: "Je me rappelle que son histoire était un peu bizarre. Elle a changé les détails"


En 2014, Leslie C. avait indiqué aux enquêteurs qu'Emily S. lui avait dit que les policiers l'avaient "déshabillée" dans le bureau et "deux des trois m'ont violée". 


L'avocat général cite alors cette déclaration : "Vous avez dit à l'époque :'Je pense qu'elle est montée dans l'intention de faire l'amour avec l'un de ses policiers mais quand les trois autres sont arrivés, elle s'est peut-être un peu réveillée. Elle a réalisé que c'était peut-être une partouze, Elle n'était plus d'accord". Leslie C. répond : "C'est une supposition. Je me suis dit que c'était peut-être pas la vérité ce qu'Emily S. m'avait raconté ce soir là. Pour moi peut-être qu'elle était d'accord pour faire l'amour avec un policier (mais pas plusieurs ndlr)…"


Aux enquêteurs qui l'interrogeaient en 2014, Leslie C. avait indiqué quelle était sa relation avec les policiers de l'île de la Cité "Moi je les connais que comme clients, je connais leurs noms mais ce ne sont pas des amis. Ils sont un peu arrogants mais je ne pense pas qu'ils soient capables d'avoir commis un viol" . Elle avait aussi précisé qu'une de ses collègues avait déjà été invitée dans les locaux du 36 par des fonctionnaires et qu'elle y était allée et qu'elle avait notamment " mis une "veste anti-balles" (un gilet pare-balles ndlr)... ". Il n'y avait rien eu de sexuel avec les policiers selon les déclarations que lui avait faite sa collègue de l'époque. 


Le procès se poursuit jusqu'au 1er février. Les accusés encourent 20 ans de réclusion criminelle. 

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