Professeur décapité : les nouvelles révélations de l'enquête et les questions qui persistent

Professeur décapité : les nouvelles révélations de l'enquête et les questions qui persistent

ENQUÊTE - Au lendemain de l'assassinat d'un professeur d'histoire, l'identité de l'assaillant abattu a été confirmée. Le rôle d'un parent d'élève est également au centre des investigations. Mais de nombreuses questions demeurent.

Moins de 24 heures après la décapitation de Samuel Paty,47 ans,  professeur d'histoire au collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, l'enquête a permis d'établir avec précision le déroulement des faits et l'identité de l'assaillant. Plusieurs nouveaux éléments ont été révélés par le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard. Des zones d'ombre restent néanmoins à éclaircir, notamment le lien entre des publications critiques envers l'enseignant postées par le père d'une élève et le passage à l'acte du terroriste présumé, un jeune réfugié d'origine tchétchène domicilié à Evreux. 

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17h11 : Appel à la police nationale

Vendredi 16 octobre à 17h11, la police nationale a reçu un appel de la police municipale après la découverte d'un corps sur la voie publique rue du Buisson Moineau à Eragny-sur-Oise. La police municipale faisait état d'un homme porteur d'une arme de poing comme auteur présumé des faits. 

L'individu a été identifié à une centaine de mètre de là rue Roger Salengro sur la même commune. "A la vue des policiers, l'assaillant a tiré dans leur direction à 5 reprises avec une arme de poing. Trois des policiers ont alors riposté entraînant la chute de l'assaillant. Alors qu'il tentait de se relever et de donner des coups de couteau aux policiers, il était neutralisé par les forces de l'ordre, son corps présentait 9 impacts d'entrée de balle. Un couteau de type poignard, une arme de poing de type Airsoft et 5 cartouches de gaz ont été saisies", a détaillé le procureur du parquet national antiterroriste, Jean-François Ricard qui précise ensuite qu'un second couteau a été retrouvé près de la victime. 

 

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Statut de réfugié

L'individu neutralisé par les forces de l'ordre était porteur d'un titre de séjour délivré le 4 mars 2020 et valable jusqu'en mars 2030 au nom de Abdoullakh Abouyezidovitch A. né le 12mars 2002 à Moscou en Russie. 

De nationalité russe et d'origine tchétchène, l'assaillant bénéficiait du statut de réfugié et demeurait à Evreux dans l'Eure. "Il était inconnu des services de renseignement. Sur le plan judiciaire, il n'a jamais été condamné mais était connu pour des affaires de dégradations de biens publics et de violences en réunion alors qu'il était encore mineur". 

@Tchetchene_270

Juste après les faits un message de revendication accompagné d'une photo macabre de la victime était postée sur le compte Twitter Al Ansar @Tchechene_270. Le message était le suivant : "Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De Abdullah, le Serviteur d'Allah, A Marcon (sic), le dirigeant des infidèles, j'ai exécuté un de tes chiens de l'enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu'on ne vous inflige un dur châtiment".  Les enquêteurs ont pu établir avec certitude que cette revendication avait bien été posée par Abdoullakh Abouyezidovitch A. notammnent grâce à l'exploitation de son téléphone. Selon les premiers témoignages, l'auteur des faits se trouvait  par ailleurs devant le collège au cours de l'après-midi et avait sollicité des élèves afin de lui désigner la future victime. 

Plusieurs vidéos sur Facebook avant le crime

Quel fut l'élément déclencheur de cette attaque ?  Le procureur a précisé les conditions dans lesquelles Samuel Paty a donné un cour sur la liberté d'expression début octobre. Un débat était organisé autour de la publication des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo et de l'opportunité de leur publication.  Deux d'entre elles ont été montrées en classe. Ce qui a provoqué la colère de certains parents et notamment le père d'une élève de 4e.  

"Le 7 octobre au soir, le père d'une des élèves publiait sur son compte Facebook un récit des faits faisant état de la diffusion d'une image du prophète nu et un appel à la mobilisation contre l'enseignant en vue de son exclusion. [...] Le 8 octobre en fin de matinée, le père de l'élève accompagné d'un second individu ont été reçus par la principale de 'l'établissement qui a 'tenté en vain d'apaiser les choses alors que les deux hommes exigeaient avec virulence le renvoi du professeur sous peine de mobilisation et de manifestation'. Le même jour, le même parent d'élève a publié une autre vidéo sur Facebook dans laquelle il donnait le nom du professeur, l'adresse du collège et incitait à "dire stop"

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Deux plaintes déposées

Le 8 octobre, le père de famille qui a publié les vidéos s'est présenté au commissariat de Conflans-Sainte-Honorine avec sa fille afin de déposer plainte pour "diffusion d'images pornographiques". Aux policiers, l'adolescente a indiqué que l'enseignant avait, préalablement à son exposé, demandé aux élèves musulmans de lever la main et de sortir et précisait avoir été exclue deux jours à la demande du professeur. 

Une enquête a été ouverte à la suite de cette plainte et le 12 octobre, Samuel Paty, professeur a été entendu par les policiers. "Le professeur a remis une copie de son exposé et contesté énergiquement avoir demandé aux élèves musulmans de s'identifier et de sortir de la classe. En revanche, avant de montrer certains dessins, il avait proposé à certains de ses élèves de ne pas les regarder dans l'hypothèse où ils pouvait être heurtés par ceux-ci". Le professeur a ensuite porté plainte après la vidéo postée par le père de famille pour 'diffamation publique". 

Une nouvelle vidéo le 12 octobre

Le 12 octobre, une nouvelle vidéo de 10 minutes intitulée "L'islam et le prophète insultés dans un collège public" a été posté sur Youtube. Outre le père de l'élève de 4e, un autre homme demande dans cette vidéo l'exclusion du professeur et menace de manifester devant le collège.   " La principale du collège a fait état de nombreux appels menaçants reçus par le collège à la suite de la publication des vidéos du parent d'élève. Certains parents d'élèves étaient reçus ce qui permettait d'apaiser les tensions à l'exception du père de la plaignante qui refusait de rencontrer l'enseignant." Convoqués le 14 octobre au commissariat, le père de l'élève et sa fille ne ses ont pas présentés.

Les zones d'ombre qui persistent

Neuf personnes se trouvaient ce samedi à 15 heures en garde à vue - plusieurs membres de la famille et des proches du terroriste présumé.  Le père de l'élève plaignante a été lui été interpellé samedi matin à Chanteloup-les-Vignes et placé en garde à vue. Les enquêteurs doivent désormais déterminer les liens possibles entre la vidéo dans laquelle le parent  d'une élève a critiqué et organisé la fronde contre le professeur sur les réseaux sociaux.  "Il faut préciser que la demi-soeur de cet homme avait rejoint l'organisation Etat islamique en 2014 en Syrie et qu'elle fait à ce titre l'objet d'un mandat de recherche par un juge d'instruction antiterroriste" a souligné le procureur du parquet national antiterroriste. La huitième personne interpellée ce matin et placée en garde à vue est l'homme apparaissant sur la vidéo du 12 octobre qui avait accompagné le père de famille au collège. La 9e est la compagne de ce dernier. Ils ont été interpellés à Evry est l'homme est connu des services de renseignement. A noter qu'après la conférence de presse du procureur, une dixième personne a été interpellée : il s'agit d'un prédicateur de Pantin. 

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