Pourquoi Samuel Paty n'a-t-il pas fait l'objet d'une protection policière ?

Pourquoi Samuel Paty n'a-t-il pas fait l'objet d'une protection policière ?
Police

DRAME - Une note confidentielle des services de renseignement relate en détail les faits survenus au collège du Bois d'Aulne depuis le 5 octobre. Le conflit avec un des parents d'élèves y est consigné, tout comme les menaces téléphoniques reçues par le principal et le collège. Reste une question : pourquoi l'enseignant n'a-t-il pas bénéficié d'une protection policière ?

Il avait été entendu au commissariat le 12 octobre dernier et avait déposé une plainte. Alors pourquoi Samuel Paty, le professeur de 47 ans, assassiné par décapitation par un jeune islamiste russe d'origine tchétchène, n'a-t-il pas fait l'objet d'une protection policière, au vu des menaces dont il était la cible ? Entre le cours du lundi 5 octobre où il avait présenté la caricature qui lui a coûté la vie et l’assassinat du professeur vendredi 16 octobre en fin d’après-midi à Conflans-Sainte-Honorine, à moins de 300 mètres de l'établissement dans lequel il enseignait l'histoire et la géographie, l’Education nationale a-t-elle joué son rôle et pris la mesure des tensions ? Autant de questions auxquelles l’enquête devra tenter d'apporter des éclaircissements. 

Seule certitude à ce stade des investigations, les menaces qui visaient l'enseignant ont fait l'objet de remontées et ont été prises très au sérieux par les services de renseignements. Dans une note confidentielle datée du début de la semaine, les policiers y relatent en détail les faits survenus au collège du Bois d'Aulne et le cours consacré à la liberté d'expression du professeur d'histoire. Le conflit avec un des parents d'élèves y est également consigné, ainsi que les menaces téléphoniques reçues par le principal et le collège à la suite d'une vidéo désignant le professeur d'histoire à la vindicte pour avoir montré des caricatures de Mahomet. "La communication entre la direction et les familles a visiblement permis d’apaiser les tensions", conclut la note.

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Des menaces visant des enseignants quasi quotidienne

Sauf que dans le même temps, malgré la tentative d'apaisement engagée par la principale du collège, la vidéo a continué de se propager sur les réseaux sociaux et de susciter des réactions enflammées. Alors pourquoi Samuel Paty n’a-t-il pas été protégé ? En 2006, Robert Redeker, un professeur de philosophie d'un lycée de la banlieue de Toulouse avait publié une tribune contenant des propos virulents contre l'islam. Après avoir reçu des menaces de mort, il avait été placé sous protection policière. Oui, mais voilà : la plainte de Samuel Paly était pour diffamation (suite à la plainte déposé par le parent d'élève pour diffusion de pornographie) et non pour menace. Et comme nous l’ont confié des policiers, il n'est pas toujours simple de hiérarchiser les cas alors que de nouvelles menaces visant des enseignants sont remontés quasi quotidiennement. 

De fait, selon l’enquête Cadre de vie et sécurité (CVS) de l’Insee, 12 % des personnels de l’Education nationale déclarent être victimes chaque année de menaces ou d’insultes dans l’exercice de leur métier, soit une proportion près de deux fois plus élevée que dans l’ensemble des autres professions. Leurs auteurs sont des adultes dans sept cas sur dix, le plus souvent des parents d’élèves. Pas moins de 935 signalements d’atteintes à la laïcité ont été enregistrés l'an dernier. Et c’est aussi sans doute pour cette raison que l’établissement n’a pas souhaité déposer plainte. 

La devise à l’Education nationale, c’est : ‘pas de vague !’- Patrice Romain, ancien principal de collège à la retraite

A en croire Patrice Romain, ancien principal de collège à la retraite, la direction n'a fait qu'appliquer la consigne. "La devise à l’Education nationale, c’est : pas de vague !", soutient-il. L'ancien chef d'établissement raconte avoir lui-même été la cible de menaces, il y a un an. "J’avais reçu des menaces de mort, et le ministre de l’Education nationale aussi. Ma hiérarchie m’a demandé d’étouffer l’affaire", affirme cet ancien principal, qui ira finalement déposer plainte à titre personnel. "Depuis un an et demi, c’est toujours dans les tiroirs", déplore-t-il.

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L'Education nationale a-t-elle voulu étouffer l'affaire ? Pointée du doigt sur les réseaux sociaux pour avoir envisagé de sanctionner l’enseignant, l'Académie de Versailles a démenti ces accusations dans un communiqué ce dimanche en début de soirée. L'institution assure qu'elle "a toujours été en soutien total à l’égard de M. Paty", contrairement aux propos du prédicateur musulman Sefraoui Abdelhakim, qui affirmait dans une vidéo que l’institution allait "sévir" contre l’enseignant - une information inexacte qui a été reprise par certains médias.

L'Académie de Versailles indique en outre avoir dépêché sur place une équipe "Valeurs de la République" pour rencontrer le professeur et l’équipe pédagogique. "[Cette équipe] a discuté avec Samuel Paty et l’a conforté dans l’approche qu’il avait eue lors de son cours", écrit l’Académie, qui précise qu'elle a également alerté l'enseignant sur les vidéos qui circulaient à son sujet et l'a encouragé à déposer plainte. Elle souligne enfin s'être "mise en contact étroit avec les services de police qui ont été alertés dûment en temps et en heure". De quoi expliquer l'intervention rapide des forces de police le jour du drame.

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