"Monsieur Paty", professeur d'histoire "exemplaire et apprécié de tous"

"Monsieur Paty", professeur d'histoire "exemplaire et apprécié de tous"
Police

PORTRAIT - Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), a été décapité vendredi 16 octobre à la sortie du collège où il travaillait. Ce samedi, collègues et élèves rendent hommage à cet enseignant emprunt d'"humanité".

Les fleurs s'amoncellent pour rendre hommage à cette nouvelle victime du terrorisme. Ce samedi l'émotion est incommensurable à Conflans-Sainte-Honorine. Des élèves du collège du Bois d'Aulne, leurs parents et des dizaines d'anonymes sont venus saluer la mémoire de celui qu'ils appelaient "Monsieur Paty". Professeur d'histoire-géographie, il y enseignait aussi l'éducation morale et civique. C'est à cette occasion qu'il avait choisi de montrer à ses élèves de 4ème des caricatures, et notamment celle du prophète Mahomet. Objectif du cours, réfléchir à la question : "Fallait-il ou non publier ces caricatures ?" alors que s'était ouvert, quelques semaines plus tôt, le procès des attentats de janvier 2015, qui avait décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Une leçon dans le cadre du programme scolaire qui lui aura coûté la vie. ll est mort décapité à 47 ans ce vendredi, à quelques mètres de son établissement, sur le trajet vers son domicile tout proche.

"Exemplaire et apprécié de tous"

Cheveux bruns coupés courts, ce père de famille portait des lunettes et "avait toujours une chemise", se rappelle Nathan, ancien élève du Bois d'Aulne. Selon plusieurs témoignages sur les réseaux sociaux, il était auparavant passé par un collège de Torcy, en Seine-et-Marne. Un ancien collègue a salué "un enseignant exemplaire et un collègue apprécié de tous". Dans le Rhône aussi, les réactions se sont multipliées. Samuel Paty était en effet un ancien élève de l'université Lyon 2, à l'époque où il était étudiant.  

Ce professeur était arrivé il y a quelques années au collège de Conflans. Tout droit venu de Créteil, selon les souvenirs très vifs de Martial, 16 ans, interrogé par l'AFP, il emménageait dans les Yvelines "parce que sa femme s'est fait muter pour son travail". Sur les réseaux sociaux, une de ses anciennes élèves relève l'"humanité" de l'enseignant. Les témoignages recueillis ce samedi sur place font état d'un homme drôle, gentil, et surtout très présent auprès des jeunes de ce quartier pavillonnaire du nord-ouest parisien. C'est le cas de Martial, qui souligne auprès de l'AFP son investissement. "Il était à fond dans son métier", qu'il "aimait beaucoup", confie le jeune homme de 16 ans. "Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait". "Chacun apportait son opinion pendant ses cours, c'était super", lance un ancien élève, aujourd'hui en classe de première à Gennevilliers. Sur Twitter, Sandra se remémore même ces parties de "babyfoot" qu'elle faisait avec son professeur principal qui "suivait beaucoup ses élèves, était hyper présent". 

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Parmi les cours dispensés par le professeur, celui d'éducation morale et civique. Un enseignement pour lequel Samuel Paty avait ses habitudes. Actuellement en seconde, l'une de ses anciennes élèves venue déposer des fleurs en "hommage à son ancien professeur" s'en rappelle encore. "Je me souviens de son cours sur la liberté d'expression. On avait parlé de Charlie, on avait fait des dessins qui sont encore accrochés dans le collège", explique la jeune fille à l'AFP, émue, venue avec deux copines. Comme l'atteste le site du collège , le professeur avait organisé en avril 2019 une exposition dans l'établissement sur une série de dessins sur les thèmes : Liberté, Egalité, Fraternité. 

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Une ambiance "tendue" depuis plusieurs jours

C'est dans le cadre de cet apprentissage qu'il avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves. Raison pour laquelle il a essuyé la colère de certains parents. Avant de le payer au prix de sa vie. Le professeur n'ignorait d'ailleurs pas les menaces. Il avait même porté plainte pour diffamation après que le père d'une élève avait voulu remettre en cause cet enseignement. Depuis, il apparaissait très affecté. En témoigne Myriam, une collégienne de 13 ans, qui souligne que depuis cette "histoire", Monsieur Paty "n'était pas dans son assiette". Hugo, élève qui bénéficiait même de cours de soutien chaque semaine, avait lui aussi observé ce changement. "Depuis la semaine dernière l'ambiance était tendue, c'était sûr que ça allait mal finir". Lui qui faisait dessiner à ses élèves la tolérance et la fraternité. Lui qui tenait à enseigner la liberté d'expression, il était devenu une cible. Si bien que, lorsque Martial a vu ce qu'il se passait dans son quartier, il a "fait le lien direct".

 Un hommage national sera rendu à ce professeur d'histoire-géographie, a annoncé samedi l'Elysée. Emmanuel Macron, qui s'est rendu sur les lieux vendredi soir, a appelé "la nation toute entière" à s'unir derrière les enseignants pour "les protéger et les défendre".

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