Sécurité au G7 : est-ce que "tout s'est bien passé" comme l'affirme Christophe Castaner ?

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G7 : sommet mondial à Biarritz

À LA LOUPE - Interrogé mercredi matin sur le dispositif de sécurité déployé lors du sommet du G7, Christophe Castaner a déclaré que "tout s'est bien passé et c'est tant mieux." Si aucun blessé n'est à déplorer selon le ministère de l'Intérieur, le bilan est-il parfait pour autant ?

"Tout s’est bien passé et c’est tant mieux." Christophe Castaner s'est félicité mercredi 28 août  de la réussite du G7 sur le plan sécuritaire. Deux jours après la clôture du sommet international, le ministre de l'Intérieur s'est réjoui que "nous n'ayons pas parlé de problèmes de sécurité" alors que se tenait au même moment un contre-sommet à Hendaye. 

Un bilan sécuritaire jugé "historique" par le locataire de la place Beauvau. Sur BFMTV/RMC, Christophe Castaner a déclaré que "jamais un grand rassemblement international ne s’est passé aussi bien en matière de sécurité" depuis le sommet de l'OMC à Seattle en 1999. Pour le savoir, revenons sur l'histoire - récente - des sommets réunissant les plus grandes puissances du monde. 

Plus de 160 interpellations

Lundi 26 août, Christophe Castaner, en déplacement à Biarritz pour la clôture du G7, avait annoncé 164 interpellations au total et 6 blessés légers du côté des forces de l'ordre. Un chiffre relativement bas en comparaison à d'autres sommets internationaux très tendus. 

Lors du G8 à Gênes en juillet 2001, des militants écologistes et pacifistes s'étaient donnés pour objectif de perturber le sommet international. Un face à face tendu avec les policiers qui a dégénéré lorsque les manifestants ont tenté de pénétrer dans la zone rouge, protégée par un mur métallique. De violentes émeutes surviennent alors durant trois jours. Le bilan s'élève à la fin du sommet à un mort et plus de 600 blessés chez les manifestants. Ce n'est que 16 ans plus tard que les autorités italiennes reconnaîtront officiellement des actes de torture contre les manifestants

En 2003, le sommet du G8 à Evian a provoqué d'importants heurts à Genève et à Lausanne : plusieurs centaines de casseurs, proches du mouvement des Black blocks, ont commis des dégradations et des bagarres ont éclaté entre eux et entre manifestants pacifiques. Au moins 400 personnes avaient alors été interpellées. 

En France, les forces de l'ordre ont procédé à 330 interpellations en marge du sommet de l'Otan à Strasbourg-Kehl en 2009. Des interventions policières qui n'ont pas empêché certains manifestants de se livrer à des exactions au cours du sommet. Près de 2.000 black blocs ont commis des dégradations dans le quartier du Port du Rhin : hôtel, pharmacie et ancien poste frontière incendiés, mobiliers urbains saccagés, églises vandalisés... Des dégâts importants estimés alors à 100 millions d'euros. 

Mais le bilan du G7 de Biarritz en matière de sécurité est à relativiser. Il suffit de prendre pour exemple le dernier sommet similaire qui s'était déroulé dans l'Hexagone. En 2011, la France accueillait le G8 à Deauville. La ville fut, elle aussi, isolée : zonage, circulation et stationnement de véhicules restreints, gare ferroviaire fermée... 12.000 policiers et militaires étaient déployés pour sécuriser la tenue du sommet. Une manifestation anti-G8 s'était alors tenue au Havre et avait rassemblé 7.000 participants selon les organisateurs. Un défilé qui s'était déroulé sans incidents majeurs : des projectiles et fumigènes avaient été jetés, seules quelques vitrines de boutiques avaient été cassées et une seule interpellation avait alors eu lieu.

Des actions anti-G7 très majoritairement pacifiques

En raison de la venue des chefs d'Etat, Biarritz était donc complètement quadrillée : 13.200 policiers et gendarmes mobilisés, épaulés par les forces militaires, mobilisation en Espagne d'effectifs proches de la frontière, 400 sapeurs-pompiers et 13 équipes mobiles d’urgence et de réanimation déployés. Un dispositif de sécurité exceptionnel qui a rendu impossible la moindre action des anti-G7 au sein de la ville basque, divisée en deux zones de sécurité. 

Le temps fort du week-end pour le mouvement de contestation fut samedi où plus de 10.000 personnes ont participé à une grande marche pacifique entre Hendaye et Irun. Conscientes de l'impossibilité de manifester dans la ville basque, les plateformes d'opposition G7 Ez et Alternatives G7 avaient également prévu depuis plusieurs mois une occupation pacifique de sept places autour de Biarritz pour "encercler" le G7. Un projet avorté, "faute de sécurité suffisante." 

Autre action annulée : celle d'un mur populaire. Dans un premier temps suspendue, l'action initiée par les deux plateformes a été abandonnée en raison notamment de l'arrestation d'un de leurs membres importants, Joseba Alvarez. "On veut pouvoir assurer la sécurité de nos militants, les dispositifs des forces de l’ordre sont disproportionnés, c’est inacceptable", ont déclaré les plateformes. Elles ont finalement entamé lundi 26 août une marche symbolique pour tenter d'accéder à la zone rouge du sommet à Biarritz, mais les manifestants ont été stoppés dans leur élan par les forces de l'ordre. 

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Plusieurs membres d'ONG arrêtés

Ce dispositif de sécurité hors norme a aussi été dénoncé par plusieurs ONG. Amnesty International France a d'ailleurs annoncé via les réseaux sociaux que trois de ses observateurs avaient été "nassés" dimanche 25 août avec des militants anti-sommet à Bidart, ville limitrophe de Biarritz. Des observateurs arrêtés pendant plus de deux heures pour procéder à des contrôles d’identité, selon les forces de l'ordre, sauf que celles-ci n'auraient "jamais demandé à présenter leurs papiers...", explique l'ONG. 

De son côté, la Ligue des droits de l’Homme évoque des '"intimidations inacceptables" et a condamné l’interpellation et le placement en garde à vue de trois de ses membres pour "participation à un groupement en vue de commettre des violences ou dégradations", en raison de leur équipement de protection dans leurs sacs (casques et lunettes). Ces trois observatrices des pratiques policières ont finalement été libérées.

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Des journalistes dénoncent une atteinte à la liberté de la presse

Si plus de 2.000 journalistes avaient été accrédités pour le sommet international, plusieurs autres affirment avoir été empêchés par les forces de l'ordre de couvrir les actions du mouvement contestataire. Certains disent avoir été empêchés de filmer vendredi 23 août sur la route de la Corniche à Hendaye une intervention policière au moment où plusieurs militants anti-G7 étaient interpellés. Le lendemain, plusieurs journalistes ont affirmé avoir eu leur matériel confisqué lors d'une manifestation à Bayonne en marge du G7. 

Une situation qui a fait réagir le Syndicat national des journalistes : "les journalistes devront-ils désormais renoncer à couvrir certains événements ou s’habituer à ne pas pouvoir le faire normalement et en informer leurs concitoyens ? La question se pose, après la tenue du G7 à Biarritz ce week-end." Le premier syndicat de journalistes ajoute que "les journalistes étrangers n’ont, évidemment, jamais été confrontés à des problèmes de cette sorte. L’image de la France en est bien entachée."

Selon le ministère de l'Intérieur, aucun manifestant n'a été blessé ou, à tout le moins, n'a dû être transporté à l'hôpital par les pompiers au cours du sommet international. 

S'il est donc vrai que le G7 s'est plutôt bien déroulé sur le plan sécuritaire, la très forte mobilisation des forces de l’ordre n'explique pas tout, l'appel à des actions pacifistes de la part des anti-G7 y a également contribué.

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