Un policier grièvement blessé au Havre : "Ici, personne n'a jamais perdu une main ou un œil"

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SÉCURITÉ – Un policier a eu une partie de doigt arraché, mercredi 15 janvier après l’explosion d’un projectile alors qu’il tentait d'empêcher des manifestants opposés à la réforme des retraites de s'introduire dans la CCI du Havre. Le commissaire divisionnaire Olivier Beauchamp, qui se trouvait lui aussi sur place, revient sur le déroulement des événements et donne à LCI des nouvelles de son adjoint.

Son adjoint est toujours hospitalisé et ne s’exprimera pas, en tous cas pas pour l'instant. Mais, deux jours après le rassemblement contre la réforme des retraites devant la Chambre de commerce et d’Industrie du Havre, le commissaire divisionnaire et commissaire central du Havre Olivier Beauchamp revient sur cet événement au cours duquel il a été légèrement blessé et son collègue beaucoup plus grièvement, avec notamment de graves blessures à la main droite, une partie de son doigt ayant été arrachée après l'explosion d'un projectile artisanal. 

Pourquoi la police est-elle intervenue à la CCI mercredi soir ? 

Olivier Beauchamp - Mercredi soir devaient se tenir les vœux à la Chambre de commerce et d'Industrie du Havre. Quelques jours plus tôt, la cérémonie du maire avait été perturbée avec l’invasion d’opposants à la réforme des retraites et des dégradations en mairie, j’ai décidé de pré-positionner des forces de police : des colonnes de la compagnie d’intervention et quelques effectifs de la BAC, soit une quarantaine de policiers à proximité de la CCI.

Un peu plus tard, vers 18h, nous avons été requis par le 17 police-secours par un agent de la CCI nous signalant des incidents, avec des personnes qui essayaient de rentrer en commettant des dégradations. Parallèlement, je prends contact avec les délégués syndicaux sur place avec lesquels nous avons l’habitude d’échanger et nous convenons ensemble que les manifestants doivent rester à l’extérieur du bâtiment et que je ne laisserai personne y pénétrer. Avec mes équipes, nous sommes rentrés par l’arrière du bâtiment à l’intérieur de la CCI. Là, les portes vitrées ont fait l’objet de nombreux jets d’artifices artisanaux. Plusieurs portes ont été fissurées au cours des explosions. Le sol en granit à l’intérieur du bâtiment a été arraché au cours de l'explosion.

C’est là qu’un projectile vous a frôlé, avant d’exploser et de grièvement blesser votre adjoint… 

Jusque-là, les manifestants n’avaient pas fait usage de tels artifices. Tout à coup, plusieurs ont été lancés en direction des forces de l’ordre, occasionnant dans un premier temps l’incendie de mobilier et de plantes. C’est en voulant déplacer l’une de ses plantes, pour éviter la propagation du feu, qu'est survenue une grosse explosion. Mon adjoint a été blessé, moi, projeté au sol. 

Pouvez-vous nous décrire ce que vous avez ressenti ? 

Pendant 4 à 5 minutes, j’étais sonné, je n’entendais plus rien. Je ne comprenais pas tout. Mon adjoint, lui, a été grièvement blessé et évacué. Une partie de son majeur de la main droite a été arraché, deux de ses phalanges ont été retrouvées dans son gant... 

Nous étions une quarantaine de policiers, face à 250 dockers - Commissaire Olivier Beauchamp

A aucun moment vous n'avez riposté ? 

Cette situation tendue a duré une vingtaine de minutes et nous n’avons pas riposté, en effet. C’était moi, le chef sur place, j’ai donné les consignes à suivre. Après que mon adjoint et moi-même avons été blessés, le calme est revenu très vite, en cinq, dix minutes. Tout le monde a été évacué après l’incident. Nous étions une quarantaine de policiers, face à 250 dockers pour beaucoup surexcités et pour certains probablement alcoolisés. Nous aurions pu faire usage de la force, mais nous, notre mission, c’était d’éviter qu’il y ait des dégradations sur les locaux de la CIC ou des blessés. Avec les organisations syndicales au Havre, nous avons des habitudes de dialogue. C’est la première fois que nous déplorons un blessé grave. Ce qu’il a pu se passer à Paris ou dans d’autres grandes villes n’est jamais arrivé ici.

Mercredi soir, Laurent Dugast, délégué départemental adjoint du syndicat Alternative Police-CFDT en Seine-Maritime, a condamné les faits en accusant les manifestants de savoir "pertinemment qu’en lançant des fusées et des pétards, ils pouvaient blesser ou tuer des policiers." Pensez-vous qu’il y avait une volonté de la part des manifestants de blesser, voire plus ?

Quand vous utilisez des artifices artisanaux qui sont capables de creuser du granit, et de fissurer des fenêtres, clairement, quand on en jette un, on ne peut ignorer que l’on peut grièvement blesser quelqu’un et que les conséquences peuvent être dramatiques. Clairement, quand on fabrique et qu'on utilise ce type d'engins, on cherche à blesser.

Mon adjoint fera le maximum pour revenir parmi nous- Commissaire Olivier Beauchamp

Comment se porte votre adjoint aujourd’hui ? 

Il reste extrêmement choqué. Il a perdu une partie de son majeur à la main droite, dont deux phalanges ont été arrachées. Son index a été fracturé à plusieurs endroits, comme son pouce. La chirurgienne fait tout pour qu’il puisse retrouve le meilleur usage de sa main. Il a eu aussi une entaille à la cuisse, qui a dû être recousue. 

Ce qu'il s'est passé mercredi soir est très dur pour tout l’hôtel de police, nous sommes 500 ici et je ne vous cache pas qu’il y a un petit peu de colère. Nous espérons que ce policier pourra revenir parmi nous. La rééducation et le temps le diront. Il faut rester optimiste. C'est un Auvergnat, il a une femme, deux petites filles, 37 ans et encore beaucoup d’avenir devant lui. Il fera son maximum pour revenir parmi nous, il en a l’envie en tout cas. IL n’en veut pas à la CGT [qui nie toute responsabilité dans cet accident, ndlr]. Il sait que dans ces grandes organisations syndicales, il est parfois difficile de tenir la base. Le calme est revenu. La manifestation de jeudi contre la réforme des retraites s’est déroulé dans le calme. Espérons que cela dure. 

Sur les réseaux, beaucoup regrettent que votre collègue ait été blessé, mais rappellent que s’il a perdu un doigt, des manifestants, dans d’autres villes, ont perdu un œil, une main… 

Je suis commissaire de police. Je fais un travail, qui consiste à protéger mes concitoyens. Je ne rentre pas dans les polémiques. Ce que je peux vous dire, c’est qu’ici, au Havre, qu’il s’agisse des Gilets jaunes ou des opposants à la réforme des retraites, personne n’a jamais perdu une main, ou un œil. Nous avons eu des blessés légers, pendant les rassemblements des Gilets jaunes, côté forces de l’ordre et manifestants, mais rien de grave. Ce qu’il s’est passé mercredi est une première dans notre ville.

L’auteur du jet de projectile a-t-il été identifié ?

Il n’y a pas eu d’interpellation. Une enquête de flagrance a été ouverte pour violences volontaires envers personne dépositaire de l'autorité publique avec armes. Je n’en dirai pas plus sur l’enquête, il y a un secret de l’instruction. Des vidéos sont en cours d'exploitations, des investigations sont menées, nous verrons à quoi elles mèneront. 

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