Une semaine après l’attaque à la préfecture, "une ambiance lourde" plane dans la police

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L'attaque meurtrière à la préfecture de police de Paris

TÉMOIGNAGES - Huit jours après l’attaque de la préfecture de police de Paris qui a fait quatre morts, le climat est lourd au sein des services de police de la région parisienne. Et une certaine paranoïa s'est installée dans les commissariats après l’appel présidentiel à une "société de vigilance". Trois policiers nous ont livré leur ressenti.

Jeudi 3 octobre, quatre policiers étaient abattus par l’un des leurs dans l’enceinte de la préfecture de police de Paris. "Tous les policiers sont très choqués par ce qu’il s’est passé", rapporte Marc, fonctionnaire au 36, quai des Orfèvres. "On est dans un moment de douleur", confie Jean*, policier depuis 20 ans en Île-de-France. D’abord, la police frappée au cœur a vu naître un "esprit de soutien et de cohésion", constate Michel*, en poste dans un service judiciaire de la région parisienne. Ensuite, l’état de sidération a laissé place à beaucoup de questions. "Le timing de la communication présidentielle n’était peut-être pas le bon", juge Jean. 

Car si vite le choc passé, les réactions politiques se sont multipliées au sujet d’une défaillance de sécurité dans la police parisienne. À l’occasion de l’hommage aux policiers tués le 8 octobre, Emmanuel Macron a appelé à "une société de vigilance", enjoignant les citoyens à se mobiliser face à "l’hydre islamiste". Tous les citoyens, mais tout spécialement les fonctionnaires de police. Dans une note de service datée de la veille, le 7 octobre, Didier Lallement a demandé aux services de la préfecture de redoubler d’attention. "En cas de détection de signes d’une possible radicalisation d’un agent, il appartient de le signaler immédiatement et directement à sa hiérarchie", peut-on lire dans cette lettre. 

C’est ce que veulent les terroristes : créer ce climat de paranoïa entre nous- Jean, policier

"Dans mon service, aucun incident n’a été rapporté", raconte Michel qui y décrit "une ambiance lourde, mais sans être paranoïaque". Pour autant, ce policier ne voit pas d’un bon œil ce genre d’invitations à signaler tout comportement suspect. Et craint "une chasse aux sorcières, par des collègues voulant profiter de l’occasion pour régler des comptes personnels en dénonçant des radicalisations inexistantes." Une peur de la délation qui existe aujourd’hui dans la police, et que partage notamment Jean. "On est dans une société de dénonciation qui va nous opposer les uns aux autres. C’est ce que veulent les terroristes : créer ce climat de paranoïa entre nous." 

À la mention des deux policiers qui se sont vus retirer leurs armes de service après des signalements pour radicalisation, ce dernier se souvient d’un cas similaire, survenu il y a quelques temps dans son service : "Des collègues ont été signalés comme radicalisés et ont été révoqués. À la suite d’un recours devant le tribunal administratif, ils ont été réintégrés. Mais entre-temps, le mal était fait." Au-delà des simples suspicions qui planent, Jean redoute qu’un excès de zèle ne s’invite dans les locaux de police : "Je vais vous dire ce qu’il risque de se passer : on va fouiller les casiers d’un collègue absent, son ordinateur... C’est délicat parce que ça devient intrusif." 

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Les appels malveillants, des "canulars de mauvais goût"

Un climat plombé non seulement par l’attaque et les soupçons qui naissent depuis chez certains, mais aussi par des dizaines d’appels malveillants qu’ont reçus plusieurs commissariats de banlieue parisienne ces derniers jours. Pour tous les trois, ces menaces émises de façon anonyme sont une affaire de provocation. "Il y en a toujours certains qui profitent de l’occasion pour alimenter la psychose", analyse Jean, pragmatique. "Je ne pense pas que cela soit sérieux, on a eu le même genre d’appels après Charlie Hebdo notamment", explique Marc. "Après enquête, on s’était rendu compte qu’il s’agissait de canulars de très mauvais goût". Ceci étant, le policier condamne avec fermeté ces appels, qui "compliquent l’ambiance déjà très tendue chez les policiers". 

Par ailleurs, des messages inscrits ce week-end sur des murs de Paris, certains faisant l’éloge de l’assaillant de la préfecture, ont ajouté à l’ambiance délétère. "C’est douloureux", admet Jean. D’autant que le fossé est grand entre l’image des policiers d’aujourd’hui et celle d’hier : "En 2015, nous étions adulés, érigés en héros. Le sens du service public nous a donné encore plus envie de nous défoncer pour ce métier." Depuis, les Gilets jaunes, les politiques et la violence sont passés par là, selon le policier. Qui  ne s’avoue pas vaincu pour autant : "Malgré cela, on fera toujours notre métier". 

*Les prénoms ont été modifiés

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