VIDÉO - Coup de filet : les gendarmes français infiltrent le réseau crypté préféré des bandits

C’est un coup de filet historique. A l’initiative des gendarmes français, des enquêteurs d’une vingtaine de polices européennes ont mené une opération inédite. Elle repose sur l’infiltration d’un seul système de communication qui promettait l’anonymat.
Police

INTERCEPTE - Les autorités judiciaires et policières françaises et néerlandaises ont annoncé, jeudi 2 juillet, le démantèlement d’un réseau mondial de communications cryptées, nommé EncroChat, utilisé quasi exclusivement par des organisations criminelles. Les investigations ont également fait ressortir des affaires de corruptions policières.

Un sacré coup porté au monde du crime organisé. Une opération de grande envergure a permis le démantèlement d'un vaste réseau mondial de communications chiffrées, appelé EncroChat, utilisé à l’échelle internationale par des criminels de haut rang. Cette opération, menée conjointement par les autorités judiciaires françaises et néerlandaises, a permis l’arrestation de plus 800 personnes dans plusieurs pays européens. Elles sont soupçonnées d’être mêlées à des affaires de trafic de drogue, d’assassinats, d’enlèvements, de blanchiment d'argent ou encore d’extorsion de fonds, entre autres.

"C’est comme si nous étions à la table de discussions des criminels, en direct, c’est ce qui rend l’enquête unique", a résumé Janine van den Berg, cheffe de la police néerlandaise, ce jeudi lors d’une conférence de presse à La Haye (Pays-Bas), au siège d’Eurojust, l’organisme de coopération judiciaire entre pays européens. "Nous avons utilisé le fait que les criminels font confiance aveuglément à la crypto-communication et parlent librement", a renchéri son collègue Andy Kraag, comparant ces informations à "une mine d’or nous fournissant des preuves qui nous auraient coûté des années [à établir] en temps normal". 

Des téléphones ultra sécurisés

A l'origine de cette vaste opération, la gendarmerie française, qui est parvenue dès 2017 à briser le cryptage de cette solution de communication chiffrée, qui était notamment mise en œuvre depuis des serveurs installés dans l’Hexagone. EncroChat promettait un anonymat "parfait" à ses utilisateurs et des conditions d’acquisition intraçables, n’associant ni terminal mobile ni carte SIM à leurs comptes clients. 

Chaque appareil était entièrement modifié, la société retirant généralement les micros, caméras et systèmes GPS.  Il était vendu environ 1.000 euros, avec un abonnement offrant une couverture mondiale et une assistance technique 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour un coût de 1.500 euros pour six mois, précise Le Monde. Selon les autorités, quelque 50.000 de ces téléphones étaient en circulation en 2020.

D'après les autorités, "de 90 à 100 %" des clients d’EncroChat sont liés au crime organisé. L’existence de cette solution de communication chiffrée a été découverte en 2017 au cours d’opérations conduites contre le crime organisé par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie française. Ses experts sont parvenus à débusquer une faille, ce qui leur a permis de briser le cryptage sécurisé du réseau EncroChat.

L'enquête a été menée à partir de 2018 par le parquet de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Lille, sous la houlette de la procureure Carole Etienne, en raison de la localisation de serveurs assurant le fonctionnement d’EncroChat. Une information judiciaire a ensuite été ouverte le 28 mai dernier. 

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Plusieurs interpellations en France

L'opération a permis ces derniers mois d'intercepter et de déchiffrer, en temps réel et en toute discrétion, "plus de 100 millions de messages" échangés via EncroChat entre criminels à travers le monde. Cette intrusion d'envergure a pris fin le 13 juin lorsque le réseau s'est rendu compte, selon un message d'alerte adressé à tous ses clients, qu'il avait été "infiltré illégalement" par des "entités gouvernementales" et leur a alors conseillé de se débarrasser "immédiatement" de leurs téléphones.

Selon les informations de nos confrères du journal Le Parisien, plusieurs interpellations ont eu lieu en France ces dernières semaines grâce à ce piratage d’EncroChat : deux importateurs de stupéfiants de premier plan à Strasbourg (Bas-Rhin), ainsi qu’un autre à Bordeaux. Des opérations ont permis de mettre sous les verrous trois trafiquants présumés à Lille. Par ailleurs, un règlement de comptes a pu être évité dans le sud de la France, via des messages déchiffrés sur EncroChat et des investigations de terrain, toujours selon le quotidien.

Des affaires de corruptions policières

Aux Pays-Bas, l'enquête a également permis l'arrestation de "plus de 100 suspects", la saisie de "plus de 8.000 kg de cocaïne et d'1,2 tonne de méthamphétamine en cristaux", ainsi que le démantèlement de "19 laboratoires de drogues synthétiques", la saisie de "dizaines d'armes à feu", de "montres de luxe", de "25 voitures" et "près de 25 millions d'euros en liquide". Mais ce n'est pas tout.

L’Agence nationale britannique de lutte contre la criminalité (NCA), qui s'est réjouit d'avoir atteint des "têtes de réseau" semblant jusqu'alors "intouchables", a déclaré de son côté avoir utilisé les données d’EncroChat pour lancer des enquêtes. Elles ont conduit à l’arrestation de 746 personnes et à la saisie de plus de 54 millions de livres en espèces, de 77 armes à feu et de plus de 2 tonnes de drogue. Des interpellations ont aussi eu lieu en Espagne, en Suède et en Norvège.

Les investigations, dont les résultats seront encore exploités "pendant des années", a également mis en lumière des affaires de corruptions policières, en révélant "des indices de fuite" qui sont pris "extrêmement au sérieux", a souligné Jannine van den Berg. Elles ont démontré "clairement le rôle de la corruption tout au long de la chaîne de trafic illicite", a corroboré Wil van Gemert, directeur-adjoint des opérations à Europol.

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