VIDÉO - Incendie à Paris : le récit glaçant de cette nuit d'horreur

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Incendie mortel dans le 16e

FAIT DIVERS - Thomas, 22 ans, habitait au 17, bis rue Erlanger (16e) où un dramatique incendie a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi. Le bilan provisoire fait état de 10 morts et 37 blessés. Le jeune homme revient pour LCI sur cette nuit d'horreur.

Il avait emménagé dans cet immeuble il y a deux mois. Thomas, chef de rang chez Pierre Gagnaire, n’a pu se rendre sur son lieu de travail ce mardi matin. Le jeune homme âgé de 22 ans s’est retrouvé au milieu de nuit au cœur de l’incendie survenu 17 bis  rue Erlanger dans le 16e arrondissement. 

Très choqué quelques heures après les faits et alors que l'odeur de brûler envahit encore le quartier, Thomas ne souhaite pas s’apitoyer sur son sort. "J’ai de la chance moi, je suis vivant, il y a dix morts, dont un enfant. J’ai pas le droit de me plaindre", déclare-t-il à LCI. Les images comme les cris sont pourtant omniprésents dans son esprit depuis les faits. Le macabre scénario qui s’est joué en quelques minutes, il le revit en boucle depuis les faits. 

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Il répétait : "Je vais sauter, je vais sauter"

Thomas était dans son studio au 5e étage de cet immeuble des années 1970 quand, peu après minuit, il a été "alerté par les bruits d’alarme". "Ensuite, j’ai entendu les voisins qui commençaient à crier. Je me suis habillé, j’ai vu la fumée qui commençait à rentrer dans l’appartement. Je suis parti me réfugier chez les voisins en passant par la fenêtre. J'aurais pu tomber mais  je ne voulais pas ouvrir la porte de chez moi, pour ne pas être asphyxié. La fenêtre, c'était le seul moyen de m'en sortir". 

Chez ce couple, le jeune a attendu ensuite que les pompiers viennent les secourir. "Nous sommes restés une trentaine de minutes dans l’appartement, confinés, en essayant de garder notre calme. Quand les soldats du feu sont arrivés, le carrelage commençait à chauffer. On entendait les gens hurler, des appels au secours, des cris de douleur. J’ai vu quelqu’un se défenestrer,  un monsieur en caleçon. Il avait prévenu quelques minutes avant, il répétait :’ Je vais sauter, je vais sauter’. Il a fini par le faire. A l’étage au-dessus, au 6e étage, le plafond commençait à fondre sur la jeune femme qui occupait l’appartement. Les cheveux, les mains…  Nous, on entendait les bruits, on était témoins de choses horribles, mais on ne pouvait rien faire, c’est une situation terrible."

Thomas et le couple seront secourus et évacués. "Nous sommes restés environ jusque 5 heures du matin à proximité des lieux, avec des couvertures de survie pour certains, des boissons. J’ai ensuite été au 19 rue Erlanger, chez une amie voisine, pour essayer de dormir un peu". 

"Coups dans la porte et vaisselle cassée"

Entre temps, Thomas s'est remémoré, avec d'autres, la succession des événements de cette soirée avant le déclenchement des alarmes incendies. Beaucoup se sont alors souvenus d’un différend, dans l’immeuble, au deuxième étage un peu avant minuit. "Nous avons tous entendus une dispute, avec des bruits de vaisselle que l’on cassait, des coups aux portes. C’était assez violent. Et ça a duré un moment, une bonne demi-heure". 

Selon plusieurs sources, la dispute a éclaté entre un jeune couple d’une vingtaine d’années et une voisine d’une quarantaine d’années qui avait, semble-t-il, mis la musique trop fort. Après avoir demandé à la quadragénaire de baisser, la jeune femme se serait faite insulter. Elle et son conjoint, pompier professionnel à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, auraient finalement décidé d’appeler la police, un peu avant minuit, vers 23h50. 

"Les forces de l’ordre sont intervenues. Le couple lui est sorti prendre l’air, le temps que celles-ci fassent leur travail. Puis les policiers sont repartis, sans doute après un rappel à l’ordre. Le couple lui a regagné son domicile, pensant sans doute que la quadragénaire avait été embarquée. Ce n’était pas le cas", raconte Thomas. 

"T’es pompier, tu vas périr dans les flammes"

A 0h37, un nouvel appel est passé aux secours, aux pompiers cette fois. Les flammes ont envahi l'immeuble. "La quadragénaire n’a pas supporté semble-t-il que le couple appelle la police. Elle se serait vengée. En mettant le feu. Moi j’ai entendu cette femme dire au jeune pompier quelque chose comme : "Il faut que tu respectes les anciens, fils de pute !". Elle aurait dit une autre phrase du type : ‘T’es pompier, tu vas périr dans les flammes’. Elle aurait ensuite mis le feu à tout l’étage, avant de prendre la fuite. La suite vous la connaissez..." 

"J'entends des cris, je sens de la fumée alors que j'étais un peu assoupi devant la télé", raconte Fabrice, un policier qui vit au 3e étage de cet immeuble. Il tape à toutes les portes de son niveau, "comme un fou", et tente de donner l'alerte dans tous les étages. Il fait "ce qu'il peut" malgré la fumée qui empêche sa progression, malgré "la peur de sa vie". Il parvient à faire évacuer plusieurs de ses voisins et sauve ainsi leurs vies. Mais tous les occupants n'ont pas pu s'en sortir, "je le vis comme un échec", nous explique ce rescapé, encore sous le coup de l'émotion. 

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Au total, dix personnes dont un enfant ont péri dans l’incendie. Trente-sept personnes ont été blessées et cinquante ont été secourues. "Une enquête a été ouverte du chef de destruction volontaire par incendie ayant entraîné la mort. La piste criminelle est privilégiée", avait indiqué tôt ce mardi matin le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz. 

La principale suspecte, elle, sera retrouvée dans le quartier, interpellée par la Bac quelques minutes plus tard alors qu’elle tentait de mettre le feu à un carton dans une poubelle et à un foulard noué au rétroviseur d’une voiture dans une rue voisine. 

Née en octobre 1978, elle a des antécédents psychiatriques et a fait plusieurs séjours dans des hôpitaux spécialisés, à Saint-Anne et à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Après un dernier séjour en hôpital psychiatrique, elle avait regagné son domicile de la rue Erlanger le 23 janvier dernier,  "sans mesure coercitive", d’après une source proche du dossier. En garde à vue depuis le matin, elle a finalement été admise à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (IPPP) à l'issue d'un examen médical et d'un examen de comportement.  

Thomas, lui, comme, les autres habitants rescapés, se sont rendus à la mairie du 16e arrondissement, où plusieurs cellules - psychologique, de relogement et en présence de la police judiciaire pour recueillir les témoignages - ont été mises en place. 

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