Violences conjugales : comment sont formées les forces de l'ordre ?

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Le 20h

ASSISTANCE - Dans les cas de violences conjugales, les autorités peuvent-elles mesurer le degré d'urgence quand elles répondent à un appel ? Depuis une dizaine d'années, la police nationale propose des formations à ses effectifs pour tenter de trouver des réponses et améliorer les interventions auprès des femmes battues.

Au-delà du drame terrible que représente le meurtre d’une quadragénaire par son conjoint, dans la soirée du 11 novembre à Oberhoffen-sur-Moder, dans le Bas-Rhin, ce 131e féminicide recensé cette année en France a de nouveau mis en lumière le rôle très délicat et difficile joué par les forces de l’ordre dans le cadre des violences conjugales. Une question encore soulevée par la fille de la victimen qui a estimé dans ses premiers témoignages que la gendarmerie n’avait pas réagi assez vite ni véritablement pris au sérieux aux appels de détresse de sa mère.

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Féminicide dans le Bas-Rhin : la fille de la victime dénonce le temps d'intervention de la gendarmerie

Et en effet, plusieurs questions se présentent quand policiers ou gendarmes reçoivent des coups de téléphone alarmistes : comment peuvent-ils mesurer le degré d’urgence lorsqu’ils répondent à un appel ? Comment faire la différence entre une dispute conjugale et un meurtre qui pourrait intervenir quelques minutes plus tard ? Pour tenter de donner quelques clés et réponses à ses agents, systématiquement en première ligne, la police nationale organise depuis une dizaine d’années des stages de formation avec l’aide de psychologues, avocats et responsables associatifs.

Une femme victime de violence conjugale ne va pas forcément réagir comme on l’attend- Julia Ball, formatrice

Avec un premier constat à appréhender pour les policiers en formation : il n’est pas toujours facile de localiser les victimes. "Ces femmes victimes de violences, par peur de représailles de leur mari, raccrochent rapidement car elles ont peur d’être entendues puisqu’elles sont à leur domicile." Ensuite, une fois localisée, la victime de violences conjugales ne va pas forcément réagir comme l'attendraient les enquêteurs. "Elle ne va pas forcément pleurer par exemple", souligne devant des stagiaires Julia Ball, psychologue clinicienne de la police nationale et formatrice. Mais qu'importe ces décalages, poursuit la spécialiste : "Je considère que même s’il y a des troubles qui nous paraissent un peu flous, à partir du moment où elle dit avoir été victime de violence, on la reçoit."

Quelle parole écouter ?

Autre difficulté pour les policiers quand ils sont confrontés à des cas de violences conjugales : établir la culpabilité. Certains policiers craignent en effet de ne pas avoir assez d’éléments dans le dossier pour recevoir la plainte. "On doit apporter la preuve irréfutable que la victime est bien victime et que l’auteur et bien l’auteur", estime ainsi un policier qui suit la formation proposée par la police nationale. "Or parfois des femmes viennent mais on n’a rien." Ce à quoi Fabienne Boulard, la responsable de la formation, répond : "Il faut qu’on accorde à la victime un crédit de bonne foi."

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"Quand bien même vous essayez d’être professionnel, il y a des gens qui sont plus à même d’écouter facilement et qui sont plus aptes à l’empathie que d’autres, raconte encore un policier stagiaire. C’est ce qui explique que, parfois, il peut y avoir des victimes qui sont mal orientées ou qui se sentent un peu refoulées." Ou quand l’humain et la psychologie prennent une part capitale dans l’approche de ces questions de violences conjugales et dans la libération d'une parole pas toujours évidente à recevoir. Des aspects pas toujours faciles à maîtriser mais que la police tente d’améliorer en proposant ces stages. La problématique reste entière, puisque ces stages, eux, ne sont réservés qu'aux volontaires.

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