Viol d'une ado filmé en Essonne : la police met en garde contre ceux qui veulent "rendre la justice" par eux-mêmes

Viol d'une ado filmé en Essonne : la police met en garde contre ceux qui veulent "rendre la justice" par eux-mêmes
Police

INTERVIEW - En quelques heures, et grâce à la mobilisation des internautes, deux adolescents ont été interpellés après le viol d'une jeune fille à Morsang-sur-Orge et la diffusion de la vidéo sur internet. Un policier explique à LCI la position des enquêteurs à propos de ces aides "non sollicitées" ainsi que la façon dont leurs services ont investi les réseaux sociaux pour répondre à ces actes de criminalité.

Des images insoutenables. Deux adolescents, âgés de 16 ans, sont soupçonnés d'avoir violé jeudi 19 décembre une adolescente dans une cage d'escalier à Morsang-sur-Orge, dans l'Essonne. Ils sont également accusés d'avoir diffusé la vidéo sur Snapchat, partagée après sur Twitter. Écœurés, des internautes ont traqué eux-mêmes les agresseurs présumés en révélant publiquement leurs identités, avec de nombreuses photos, parfois fausses. Le tout en signalant, dans le même temps, la dite vidéo sur Pharos, la plateforme d'harmonisation, d'analyse, de recoupement et d'orientation des signalements. Interpellés et placés en garde à vue, les deux suspects ont été mis en examen dimanche 22 décembre. 

Chef de l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC), entité où sont traités les 3500 signalements transmis chaque semaine via le portail dédié du ministère de l'Intérieur, François-Xavier Masson détaille le travail des enquêteurs sur les réseaux sociaux pour retrouver les auteurs de ces faits. Il explique également les risques que prennent les internautes qui souhaiteraient rendre justice eux-mêmes en devançant la police.

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Cette affaire est emblématique de ce qu'il nous est possible de faire avec les réseaux sociaux- François-Xavier MASSON, chef de l'OCLCTIC

LCI : Les images du viol à Morsang-sur-Orge ont été diffusées sur les réseaux sociaux et se sont propagées à vitesse grand V. Sur ce genre d'affaires, comment travaillez-vous pour retrouver les auteurs de ces faits ? 

François-Xavier MASSON : Cette affaire est relativement emblématique de ce qu'il nous est possible de faire avec les réseaux sociaux et la plateforme de signalement Pharos, dans la mesure, où l'on a un certain nombre d'informations qui arrivent de manière concomitante sur plusieurs canaux. Lorsqu'une vidéo devient virale et qu'elle contient un contenu illicite, public et visible par tous, elle est signalée sur la plateforme. Dès lors, elle est prise en compte par les enquêteurs qui vont travailler sur l'identification de l'auteur de cette vidéo. Pharos n'a pas le pouvoir de retirer ce type de contenu. Le travail va se faire en concertation avec la plateforme de diffusion en question, de façon à ce que la vidéo puisse être supprimée, si elle est contraire à leurs conditions générales d'utilisation ou bien si elle enfreint la loi pénale. 

Parallèlement, vous avez tout un tas d'informations via les réseaux sociaux, l'entourage des auteurs ou plus rarement de la victime, qui va permettre dans un travail de police classique d'identifier les auteurs. Ce qui a été le cas ici puisqu'assez rapidement les policiers de la Direction départementale de la sécurité publique de l'Essonne ont su de qui ils s'agissaient, qui étaient à l'origine de la vidéo, du viol et des coups sur la jeune fille. Cela a permis en local de remonter assez vite jusqu'aux auteurs. C'est la conjonction de ces renseignements qui conduit à une action de police qui va être extrêmement rapide. 

Il peut aussi y avoir un phénomène de vengeance qui n'a rien à voir avec une bonne administration de la police et de la justice - François-Xavier MASSON, chef de l'OCLCTIC

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LCI : En à peine quelques minutes, une enquête a été menée sur les réseaux sociaux. Les identités des deux auteurs ont été diffusées massivement. Est-ce que cela peut avoir des conséquences sur votre travail ?

François-Xavier MASSON : Cela part sans doute d'un bon sentiment, mais cela peut avoir des conséquences extrêmement néfastes. Pour la victime d'abord, lorsqu'une vidéo se met à circuler, plus vous la relayez et plus vous ajoutez à son calvaire.  Vous pouvez aussi avoir des données qui sont diffusées, massivement et à la vue de tous, qui vont jeter l'opprobre publique sur quelqu'un qui n'a peut-être rien à voir avec l'affaire. Il peut aussi y avoir un phénomène de vengeance qui n'a rien à voir avec une bonne administration de la police et de la justice. Les réseaux sociaux, finalement, c'est comme le fonctionnement d'un groupe. Il y a assez peu de rationalité. On fonctionne à l'instinct, à l'émotion. C'est justement le contraire d'une démarche d'une enquête de police, qui consiste à récupérer les éléments et à les vérifier avant d'entamer une quelconque action.

Les réseaux sociaux ont modifié la façon dont les policiers appréhendent leurs enquêtes- François-Xavier MASSON, chef de l'OCLCTIC

LCI : Ne doit-on pas craindre qu'à vouloir bien faire ils finissent par se prendre pour des "justiciers" ? 

François-Xavier MASSON : À partir du moment où vous vous considérez comme un justicier, c'est très mauvais. Vous n'en êtes pas un, vous n'êtes pas en légitimité pour exercer la justice. Il y a des institutions, des services, dont c'est le métier. Les recherches des éléments de preuve, de la qualification des infractions et des auteurs, c'est un travail de police. Cela se fait selon des règles précises, sous le contrôle de la justice lorsqu'une enquête est ouverte. On ne fait pas n'importe quoi. En revanche, que vous ayez des informations et que vous les portiez à la connaissance de la police, qui elle va les utiliser, les corroborer, les recouper et reconstruire son enquête, alors là oui. Plus vite on est informé, mieux c'est. Aujourd'hui, il y a des cadres qui nous permettent d'agir de manière contrôlée et rapide. C'est souvent le cas sur des affaires de cette gravité. 

LCI : Cette affaire alimente la criminalité qui s'affiche en direct. Comment les policiers ont-ils transformé leurs réflexes ?

François-Xavier MASSON : L'une des grandes forces de la police est de savoir s'adapter en permanence à son environnement. Bien sûr, le développement d'internet et des réseaux sociaux a modifié la façon dont les policiers appréhendent leurs enquêtes. On a maintenant à chaque fois une dimension numérique à prendre en compte. Il n'y a pas une seule enquête sans que l'on ait besoin de faire de la source ouverte, d'aller sur les réseaux sociaux et d'examiner des supports numériques. On a des enquêteurs formés aux techniques, à même de travailler extrêmement rapidement dans un cadre sécurisé.

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