100 jours à l'Elysée : les promesses tenues par Emmanuel Macron, et celles qui restent en souffrance

BILAN - Loi de moralisation de la vie publique, tournée européenne, dédoublement des classes de CP et CE1 à la rentrée... : quelles promesses Emmanuel Macron a-t-il tenu au cours de ses 100 premiers jours à l'Elysée ?

A deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron dévoilait dans une interview au JDD à quoi ressembleraient ses cent premiers jours à l'Elysée s’il était élu président de la République. S'il disait ne pas croire "aux cent jours", il estimait toutefois qu'ils devaient être "les fondations d'une action pérenne". A-t-il réussi son pari ? A-t-il tenu parole ? Nous avons vérifié.

Ce qu'il avait annoncé sur sur son style de présidence : "J’exercerai un suivi particulier de l’avancement des six grands chantiers qui sont au cœur de mon projet, et dont j’irai moi-même rendre compte une fois par an devant le Congrès, dans un discours sur l’état de la nation."


Le président s’est en effet exprimé devant le Congrès réuni à Versailles le 3 juillet dernier. Il a expliqué aux députés et sénateurs quel était le cadre de son action, a présenté ses priorités et les grandes réformes qui devraient marquer son quinquennat. Emmanuel Macron a répété à plusieurs reprises qu'il souhaitait en faire un rendez-vous annuel. Il faudra attendre l’année prochaine pour voir si cette promesse est respectée. Certains pourraient s’y opposer, notamment en raison du coût que cela représente (celui de cette année a coûté 292.824 euros).

Ce qu'il avait annoncé sur l'exemplarité des ministres et des parlementaires : "Chaque ministre ou candidat aux législatives devra avoir un casier judiciaire vierge. Je souhaite que l’on se donne quelques jours avant la nomination du gouvernement pour que des vérifications fiscales et déontologiques soient menées par l’administration fiscale et la Haute autorité pour la transparence de la vie publique."


Le président a tenu sa promesse à propos des vérifications fiscales et patrimoniales de ses ministres. Avant de les nommer au gouvernement, il a confié à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique le soin de vérifier les situations de chacun et chacune. 


En revanche, au moment des législatives, la République en marche a investi plusieurs candidats qui avaient été condamnés dans le passé. Ainsi, Pierre Cabaré, condamné en février 2003 à une peine d’inéligibilité d’un an, avait été investi par le parti du président à Toulouse. Tout comme Thierry Robert, condamné dans une affaire de diffamation et élu dans la 7e circonscription de La Réunion. Toutefois, La République en marche avait décidé de leur retirer leurs investitures à la révélation de ces affaires.  

Des reculs dans la loi de moralisation de la vie politique

Ce qu'il avait annoncé sur la loi de moralisation : "Le projet de loi de moralisation de la vie politique sera mis sur la table du Conseil des ministres avant les législatives. Avec, d’abord, l’interdiction du népotisme pour les parlementaires, qui ne pourront salarier aucun membre de leur famille. On doit aussi fiscaliser la totalité des rémunérations, en particulier l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) et les rendre transparentes. Pour éviter les conflits d’intérêts, les activités de conseil seront interdites."


La loi de moralisation de la vie publique a en effet été très vite présentée et votée à l’Assemblée. Les emplois familiaux ont bien été interdits, et l’IRFM supprimée. En revanche, les activités de conseil pour les parlementaires n’ont pas été totalement interdites, car ceux ayant débuté une telle activité un an avant le début de leur mandat pourront la poursuivre. Seuls ceux qui souhaiteraient débuter une telle activité en cours de mandat ou moins d’un an avant leur élection en seraient empêchés. 

Ce qu'il avait annoncé sur le projet de loi de droit à l'erreur : "Fin mai ou début juin, un projet de loi d’habilitation permettra au gouvernement d’agir par ordonnances pour mettre en place le droit à l’erreur : sauf cas grave, l’administration qui contrôle un individu ou une entreprise ne sera plus immédiatement dans la sanction, mais dans l’accompagnement et le conseil."


L’examen du projet de loi sur le droit à l’erreur a pris du retard. Il sera examiné en Conseil des ministres dans quelques semaines. Selon le journal L’Opinion, le texte était plein de lacunes, bizarreries et approximations.

La baisse des APL n'avait pas été annoncée

Ce qu'il avait annoncé sur les finances publiques : "Dès mon entrée en fonction, un audit des finances publiques sera demandé afin de disposer à la mi-juin des résultats de la gestion en cours. Il n’y aura pas de loi de finances rectificative cet été : ni cadeau ni augmentation d’impôts." 


L’audit des finances publiques a bien eu lieu. Publié le 29 juin par la Cour des comptes, il explique que la situation de la France est "loin d’être assainie". En 2017, le déficit public devrait atteindre 3,2% du PIB. Ainsi, le gouvernement a décidé de faire 4,5 milliards d’économies supplémentaires d’ici la fin de l’année. C’est ce qui a poussé le gouvernement à décider de la baisse de 5 euros des APL pour le dernier trimestre 2017, à rogner sur le budget de la Défense (ce qui a conduit à la démission du général de Villiers) et des collectivités locales.

La réforme du code de travail poursuit son chemin

Ce qu'il avait annoncé sur la réforme du code du travail : "Je souhaite introduire dès l’été un projet de loi d’habilitation pour simplifier le droit du travail et décentraliser la négociation. Il s’agit de donner plus de place à l’accord majoritaire d’entreprise ou de branche, d’une part, d’encadrer les décisions des prud’hommes, d’autre part. le tout par ordonnances, pour procéder de manière rapide et efficace."


Le Parlement a définitivement adopté au début du mois d’août le projet de loi autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances pour réformer le code du travail. "Le projet  sera présenté le 31 août et les textes définitifs seront approuvés par le Conseil des ministres avant la fin de l’été" a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe.

Ce qu'il avait annoncé en terme d'éducation : "Dès la rentrée 2017, je veux la mise en place des 12 élèves par classe de CP et CE1 dans les écoles de l’éducation très prioritaire REP+. Par ailleurs, sur les rythmes scolaires, un décret sur la liberté des communes leur donnera la possibilité d’en sortir. Enfin, un arrêté permettra le retour des classes bilangues dès cet été."


Ces promesses sur l’éducation seront partiellement tenues à la rentrée. Le dédoublement des classes concernera dès 2017 2.200 classes de CP des réseaux d’éducation prioritaire REP+. Il sera étendu aux classes de CE1 et à tout le réseau REP et REP+ à la rentrée 2018. A propos des rythmes scolaires, le décret autorisant le retour à la semaine de quatre jours pour les communes qui le souhaitent a été publié fin juin. Enfin, le président a annoncé le 13 juillet dernier l’ouverture de 1200 sections bilangues.

Ce qu'il avait annoncé pour renforcer la lutte contre le terrorisme : "Je mettrai en place dès l’été une cellule de coordination du renseignement ainsi qu’une task force sur le terrorisme islamiste sous l’autorité du président. Dès l’été, les mesures nécessaires au renforcement de la sécurité intérieure seront prises."


L’Elysée a annoncé le 7 juin dernier la création d’un Centre national du contre-terrorisme, placé sous l’autorité directe du chef de l’Etat. L’état d’urgence a été prolongé le 6 juillet dernier. Ce devrait être la dernière, le gouvernement souhaitant inscrire l’état d’urgence dans le droit commun. Le texte, qui fait débat, doit être débattu en septembre en commission des lois à l’Assemblée et en octobre en séance.

Une tournée européenne moins importante que prévue

Ce qu'il avait annoncé sur ses premières initiatives européennes : "Je rencontrerai la chancelière allemande afin d’engager une réorientation du couple franco-allemand, pas seulement économique, mais aussi en matière de souveraineté et de défense. A l’été, je ferai un tour des capitales européennes. Je proposerai une feuille de route à cinq ans pour doter la zone euro d’un vrai budget et pour une vraie Europe à 27 de l’environnement, de l’industrie et de la gestion des migrations."


Emmanuel Macron a bien rencontré Angela Merkel dès le lendemain de son investiture. Et le président prendra quelques jours sur ses vacances pour effectuer une mini-tournée européenne. Du 23 au 25 août, il se rendra en Autriche, en Roumanie et en Bulgarie pour obtenir le durcissement des règles sur le travail détaché en Europe.

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