14 départs du gouvernement : Macron détient-il vraiment le record ?

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À LA LOUPE - Loiseau, Griveaux et Mahjoubi ont quitté le gouvernement pour aller mener leurs batailles électorales. Depuis le début du quinquennat, 14 membres du gouvernement ont démissionné ou ont été remerciés. Un record absolu, scandent certains. Vraiment ? A La Loupe a fait les comptes.

"Ça vire à la débandade, à l'exode, un hall de gare quoi", s'indigne le conseiller régional Frédéric Nihous (LR). "Quand on a la chance de servir dans un gouvernement on doit être à sa tâche à 100%", critique de son côté sur la plateau de LCI l'ancienne ministre de l'écologie, Ségolène Royal (PS). L'annonce de trois nouveaux départs au sein du gouvernement n'a pas manqué de faire réagir l'opposition. 

La ministre des Affaires européennes quitte le navire pour se consacrer à la campagne européenne. Nathalie Loiseau a décidé de porter la liste LaREM aux prochaines élections et elle n'est pas la seule membre du gouvernement à se lancer dans une bataille électorale. Benjamin Griveaux, porte-parole et Mounir Mahjoubi, secrétaire d'état au numérique, quittent eux aussi leurs fonctions pour briguer la mairie de Paris.

Après cette annonce, les commentateurs politiques ont évoqué un nombre de départs encore jamais vu depuis le début du mandat d'Emmanuel Macron. Un record absolu ? À La Loupe a sorti la calculatrice pour aller le vérifier.

Depuis l'investiture d'Emmanuel Macron en mai 2017, il est clair que le gouvernement a bien changé. De nombreuses personnalités ont laissé leur place et les nouveaux visages se sont multipliés au fil des mois. En mois de deux ans (1 an et 10 mois 1/2 exactement), quatorze personnes ont quitté l'exécutif, qu'elles l'aient voulu ou non. Un chiffre considérable. Un petit retour en arrière s'impose.

5 semaines de mandat et déjà 4 ministres en moins

Les premières démissions arrivent dès le mois de juin 2017, soit un peu plus d'un mois après le début de mandat du président. Alors que la République en Marche a remporté les élections législatives, quatre ministres annoncent leur départ. Tous en raison de différentes affaires judiciaires. Richard Ferrand, alors ministre de la Cohésion des territoires, se retrouve au coeur d'une enquête du parquet de Brest. On lui reproche d'avoir fait profiter à sa compagne un montage immobilier avantageux, alors qu'il était directeur des Mutuelles de Bretagne. Une affaire qui sera classée sans suite.

À la même période, la ministre des Armées, Sylvie Goulard, indique quitter ses fonctions pour se mettre à la disposition de la justice dans le cadre d'une enquête sur des emplois présumés fictifs du Modem au Parlement européen, et concernant notamment ses assistants parlementaires. Le lendemain, François Bayrou, ministre de la justice et président du Modem et Marielle de Sarnez, ministre déléguée aux affaires parlementaires et vice-présidente du parti, sont poussés à faire de même. Les quatre ministres n'auront tenu que cinq semaines.

7 nouveaux départs à la rentrée 2018

A la fin de l'été 2018, coup de tonnerre, Nicolas Hulot claque la porte. "Je me suis surpris à des moments à abaisser mon seuil d'exigence", annonce-t-il alors, "je ne veux plus me mentir". Un coup dur pour Emmanuel Macron. 

Et rien ne s'arrange à la rentrée : la ministre des sports, Laura Flessel - l'une des figures les plus populaires de l'exécutif - prend le large en septembre. Peu après, Gérard Collomb créé la surprise en remettant sa démission. Le ministre de l'Intérieur souhaite reprendre la mairie de Lyon. Soit. Nouveau remaniement donc, sans que cette fois le Premier ministre ne remette symboliquement sa démission. 

Et Edouard Philippe en profite pour faire le ménage : Jacques Mézard (Cohésion des Territoires) n'est pas reconduit, tout comme Delphine Gény-Stephann (secrétaire d'Etat à l'économie). François Nyssen - embourbée dans une affaire de travaux litigieux dans sa maison d'édition - est évincée. Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture à qui l'on reproche le départ de Hulot, est également remerciée. 

Sept nouveaux départs en quelques semaines, onze, depuis le début du quinquennat. Ajoutez à cela les trois départs actuels, on comptabilise donc 14 départs.

Macron, Chirac et Mitterand, le trio gagnant

Emmanuel Macron obtient-il pour autant la palme de la valse des ministres ?   A La Loupe s'est intéressé aux gouvernements des sept présidents précédents de la Ve République, de De Gaulle à Hollande. A chaque fois nous avons arrêté le compteur à 1 an et 10 mois 1/2 après le début de leur mandat, soit le laps de temps qui s'est écoulé depuis le début du mandat d'Emmanuel Macron. Et alors, qui est le grand gagnant ? 

Emmanuel Macron arrive bel et bien en tête mais de peu. À un départ près et à la seconde place, on retrouve Jacques Chirac et François Mitterrand (13 départs). Suivent Valery Giscard d'Estaing (10 départs), Charles de Gaulle (9 départs lors de son premier mandat et 8 lors du second), arrive ensuite à nouveau François Mitterrand (7 départs pour son second mandat), puis Nicolas Sarkozy et Georges Pompidou (3 départs) et enfin François Hollande et Jacques Chirac - pour son second mandat -(2 départs). Aucun cas de cohabitation n'est survenu à moins de deux ans du début d'un mandat de la Ve République.

Chirac : 12 départs en seulement 6 mois

 Mais ce classement est toutefois à relativiser. La durée de 1 an et 10 mois et demi est somme toute arbitraire. Ainsi, si l'on bouge le curseur et que l'on s'intéresse aux 6 premiers mois du mandat, c'est Jacques Chirac qui explose les compteurs : 12 départs contre "seulement" 4 pour Emmanuel Macron. Le président avait fait fort lors du premier remaniement du gouvernement. 

Dans le gouvernement Alain Juppé II, "out" 8 femmes sur les douze nommées au début de mandat, les fameuses "jupettes", autrement dit la caution féminine de l'exécutif. Élisabeth Hubert - ministre de la santé, Colette Codaccioni - ministre de la Solidarité entre les Générations, Françoise de Panafieu - ministre du tourisme, Élisabeth Dufourcq  - secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Éducation Nationale, Nicole Ameline - secrétaire d'État auprès du Ministre de la Réforme de l'État, Françoise Hostalier - secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Éducation Nationale, Françoise de Veyrinas - secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Intégration et Christine Chauvet - secrétaire d'État auprès du Ministre de l'Industrie - n'ont pas fait long feu. Trois hommes connaissent le même sort : Claude Goasguen, Jean Puech et François Baroin. 

On doit cependant noter qu'à cette époque, les gouvernements étaient largement plus importants. Le Premier ministre Alain Juppé avait sélectionné 42 ministres et secrétaires d'Etat en 1995 contre 22 pour le premier gouvernement d'Edouard Philippe et 30 pour le deuxième.

Si à l'inverse, on pousse le curseur un peu plus loin. Charles de Gaulle enregistre 16 départs en 2 ans et 8 mois, François Mitterrand, 15 en deux ans et demi et Nicolas Sarkozy 11 en deux ans et 1 mois.

Records de claquements de portes

Il est aussi intéressant de différencier les départs volontaires et involontaires. Combien de membres de l’exécutif sont partis rapidement, en claquant la porte ou pour des raisons électorales comme on le voit actuellement ? Sous la présidence Macron, huit ont été poussés vers la sortie et six sont partis de leur propre chef, soit parce qu'ils étaient en désaccord avec le gouvernement (Hulot), soit - officiellement - pour des raisons personnelles (Flessel), soit parce qu'ils souhaitaient briguer d'autres postes (Collomb, Loiseau, Griveaux et Mahjoubi).

D'autres avant eux ont préféré un autre poste et pratiquement aucun président n'y échappe. Si l'on s'intéresse au début de mandat de Nicolas Sarkozy par exemple, trois ministres  sont partis pour ces raisons : le secrétaire d'état Christian Estrosi, pour se consacrer à sa ville de Nice - ce qui ne l’empêchera pas d'accepter un poste de ministre un an après sa démission -, Jean-Pierre Jouyet qui accepte le poste de président de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) et Xavier Bertrand, qui devient secrétaire général de l'UMP, Michel Barnier et Rachida Dati, se portent quant à eux candidats aux européennes, tout cela moins de 2 ans après l'arrivée au pouvoir de Sarkozy.

Des claquements de porte, il y en a eu aussi moins d'un an après le début du mandat mais il faut pour cela remonter avant les années 1990. Sous Mitterrand, Jean-Pierre Cot part sept mois après sa nomination de 1988 pour marquer son désaccord avec la politique africaine de la France. Trois mois plus tard, ce sera Chevènement, en désaccord avec le tournant libéral de la mandature socialiste. Une phrase qu'il a prononcée a d'ailleurs traversé le temps : "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". Un peu plus tard, en 1990, Édith Cresson marquera son opposition avec la politique européenne choisie, puis Jean-Pierre Chevènement (revenu et déjà reparti) opposé à une intervention en Irak aux côtés des Américains.

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