"1974, une partie de campagne", documentaire interdit par VGE : "Il l'a toujours trouvé très violent" se souvient Depardon

Raymond Depardon revient sur "1974, une partie de campagne"

STORY - Le documentariste Raymond Depardon revient sur "1974, une partie de campagne", documentaire consacré à la campagne présidentielle de l'ancien président de la République, mort mercredi 2 décembre. Que ce dernier a interdit de diffusion jusqu'en 2002.

C'est le film dont Valéry Giscard d'Estaing ne voulait pas entendre parler : 1974, une partie de campagne, documentaire réalisé par Raymond Depardon, qui suivait l'ancien président de la République lors de sa campagne présidentielle. Une commande du futur président qu'il a pourtant longtemps censurée, jusqu'à sa première diffusion le 20 février 2002. Pour quelle raison ? "C'est un mystère" affirme d'emblée le documentariste ce jeudi sur LCI. 

C'est tout le paradoxe : à l'origine, Valéry Giscard d'Estaing souhaite qu'on fasse un film sur lui. Contacté, Depardon lui conseille de faire un film sur la campagne afin de bousculer un peu son image publique, faisant référence à Primary (Richard Leacock, 1960), un autre documentaire sur la campagne de John Fitzgerald Kennedy. 

Le futur président laisse alors Depardon filmer ce qu'il veut et perd par intermittences le contrôle de son image. "Giscard a toujours dit que ce film était très violent", affirme Raymond Depardon. "Parce que j'avais filmé la foule et pas ses discours". Or, se souvient-il, "ses discours ne m'intéressaient pas (...) ce n'était pas ce film que je voulais faire". Depardon capte "des moments très intimes en grand angle, très proche, avec le son synchrone" : "C'était nouveau", dit-il. C'était comme le magnétophone à l'époque et ça apparaissait violent de s'entendre dans la continuité." 

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En le filmant à sa guise, Depardon perce à jour une part de solitude chez Giscard, notamment lorsqu'il s'isole au palais du Louvre (son appartement de fonction du ministère des Finances) pour regarder les résultats des élections à la télé : "C'est lui qui a mis en scène ce moment", se remémore Raymond Depardon. "Il ne voulait pas que sa famille apparaisse dans le documentaire, il voulait être seul et cela l'agaçait beaucoup d'entendre les autres pérorer." 

Le résultat, moderne, se révèle alors totalement en avance dans une France ne comptant alors que trois chaines hertziennes, révélant un chef de l'Etat dans une trop grande intimité. De quoi l'échauder. 

Ce qui est révolutionnaire dans ce film, c'est le son. Et c'est, je pense, ce qui a troublé Valéry Giscard d'Estaing.- Raymond Depardon, réalisateur de "1974, une partie de campagne"

Une fois président, Giscard d'Estaing voit le film à répétition : la première sur la table de montage, les suivantes en salles de projection, avec à chaque fois un léger embarras qu'il peine à dissimuler, n'aimant pas la séquence où il pique une colère contre Michel d'Ornano. "Il y a une chose qu'on oublie un peu, c'est qu'à l'époque, les présidents n'interdisaient pas l'image mais le son direct, comme la reine Elizabeth et le général De Gaulle", rappelle Raymond Depardon. "Ce qui est révolutionnaire dans ce film, c'est le son. Et c'est, je pense, ce qui a troublé Valéry Giscard d'Estaing." 

Sur ce point, le documentariste cite comme anecdote cette projection au Club 13 où l'ancien président s'est levé de son fauteuil et rendu dans la cabine du projectionniste pour lui demander ce qu'il en avait pensé : "J'étais effondré car le projectionniste ne savait pas quoi lui répondre", regrette-t-il. "C'était vraiment nouveau pour l'époque et il ne pouvait pas voir la modernité de cet homme." 

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Giscard finit par ne plus donner de nouvelles, pendant cinq ans, au réalisateur. Et quand ce dernier tente de sortir le film en 1979, le président engage une action judiciaire en référé, faisant renoncer Depardon à cette sortie. Ce n'est que des années plus tard, en 2002, que Valéry Giscard d'Estaing accepte une sortie de cette Partie de campagne en le préfaçant. 

Au moment de le découvrir, les journalistes d'alors sont surpris de ne rien trouver de subversif sur Giscard - entre-temps, le monde a changé et la manière dont les politiques se mettent en scène au contact d'artistes, aussi - mais ravis de découvrir un excellent documentaire donnant à saisir une époque révolue en termes de communication politique. 

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