30 ans après l'assaut de la grotte d'Ouvéa, Macron en Nouvelle-Calédonie pour "ne pas faire bégayer l'Histoire"

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TERRAIN MINE - Emmanuel Macron vient d'arriver en Nouvelle-Calédonie ce jeudi 5 mai, trente ans après l'assaut sanglant de la grotte d'Ouvéa et vingt ans depuis le début de l'accord de Nouméa marquant le processus de décolonisation par étapes qui a ouvert la voie au référendum d'auto-détermination qui se tiendra le 4 novembre prochain.

C’est une visite sensible. Après son déplacement en Australie, Emmanuel Macron est arrivé en Nouvelle-Calédonie, jeudi 5 mai. Une date doublement symbolique pour l'archipel français de l'Océan Pacifique. Elle marque l'accord de Nouméa en 1998 et le début du processus de décolonisation par étapes qui a ouvert la voie au référendum d'auto-détermination qui se tiendra le 4 novembre prochain.


Dans six mois, les électeurs doivent en effet dire si oui ou non, ils souhaitent accéder à la pleine souveraineté.  Selon un dernier sondage de l’institut local I-Scope publié ce mercredi, les opposants à l'indépendance devraient largement l'emporter. Au nom de "la neutralité de l’Etat", le gouvernement et son président n’ont pas prévu de prendre parti. Le Président "n'exprimera pas de position" sur ce scrutin, a fait savoir l’Elysée. Mais ses détracteurs ne manquent pas de lui rappeler ses propos lors de la campagne présidentielle où il avait dit souhaiter "que la Nouvelle-Calédonie reste dans la communauté nationale". "Je suis convaincu que la présence de la France est nécessaire pour garantir la paix civile et le développement", avait-il développé. 

Les plaies encore ouvertes d'Ouvéa

Mais le 5 mai rappelle avant tout les plaies encore ouvertes d’Ouvéa. Car le processus d’indépendance avait débuté dans le sang, dix ans plus tôt, avant l’accord de Nouméa. Ce jour-là de 1988, l'armée française donne l'assaut dans la grotte d’Ouvéa où des gendarmes sont retenus en otage par des militants indépendantistes kanak, le peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie, présent avant la prise de possession française. Deux militaires et 19 militants kanaks sont tués, dont certains sommairement exécutés.


Epilogue sanglant d'une crise qui avait débuté deux semaines plus tôt, à deux jours du premier tour de la présidentielle : un commando indépendantiste avait fait irruption dans la gendarmerie de Fayaoué pour protester contre le nouveau statut Pons, du nom du ministre des DOM-TOM d'alors. Le FLNKS accusait le texte de vouloir détruire l'identité kanak. L'opération avait alors dégénéré et quatre gendarmes avaient été tués par balles, un autre blessé d'un coup de machette et trois kanak touchés. Les assaillants avaient pris 27 gendarmes en otage. Une partie avait été emmenée dans le nord vers la tribu de Gossanah, réputée pour sa radicalité. Le 5 mai, l'assaut contre la grotte d’Ouvéa était donné.

"Jour de deuil"

Emmanuel Macron sera le premier chef de l'Etat à se rendre sur place depuis ce drame, qui a traumatisé la population. Une visite qui suscite toujours des désaccords au sein de la population de l’île. Dès le 16 avril, les habitants de la tribu de Gossanah avaient exprimé leur refus que le chef de l’Etat se rende sur place le 5 mai "jour de deuil et de recueillement des familles".     


Mercredi 2 mai, une trentaine de personnes, arborant des drapeaux kanaks et des banderoles hostiles à Emmanuel Macron, a manifesté pacifiquement devant la gendarmerie de Fayaoué et devant le mémorial situé à Hwadrilla. En revanche, le "comité du 5 mai" d'Ouvéa, soutenu par la commune et la province des îles Loyauté, souhaitent la venue du président de la République, ainsi que de nombreux habitants. Le président Macron n'ira pas à la grotte elle-même. La mémoire de ces événements "douloureux et complexes" est régulièrement célébrée sur ces sites commémoratifs et pas à la grotte, justifie l'Elysée.


Emmanuel Macron "veut honorer les morts, les familles mais aussi saluer toutes les réconciliations" qui ont eu lieu depuis entre les familles et les gendarmes, poursuit l'Elysée qui insiste sur une visite marquant la "fin d'un processus exemplaire et historique".

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