Un cocotier planté, mais pas de gerbe de fleurs : 30 ans après l'assaut de la grotte d'Ouvéa, Macron joue l'apaisement

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VISITE - Arrivé ce samedi en Nouvelle-Calédonie, le président de la République française Emmanuel Macron a été chaleureusement accueilli à Ouvéa, 30 ans jour pour jour après l'assaut sanglant de la grotte d'Ouvéa, où 19 militants kanak et deux militaires sont morts le 5 mai 1988.

Le président de la République française Emmanuel Macron a été chaleureusement accueilli lors de son arrivée en Nouvelle-Calédonie ce samedi. Ce dernier n'a cependant pas déposé de gerbe sur la tombe des 19 militants kanak morts il y a 30 ans jour pour jour lors de l'assaut en 1988 de la grotte d'Ouvéa, où des gendarmes étaient pris en otages. A Gossanah, tribu où se trouve la grotte, un collectif d'habitants milite depuis mi-avril contre une venue du président Macron, perçue comme une "provocation".


Ce samedi matin, un barrage filtrant de gendarmes a été dressé au niveau de Gossanah en cas d'intervention de ce groupe très  minoritaire lors de la visite du chef de l'Etat. "On n'a jamais eu l'idée (d'user de) violence, on n'a pas d'arme, juste des drapeaux kanak", a cependant expliqué l'un de ses membres à l'AFP. Face à cette opposition, Emmanuel Macron a joué l'apaisement en restant éloigné, de l'autre côté de la route, entouré d'enfants et d'officiels, lorsque les familles des 19  militants décédés ont déposé une gerbe sur le mémorial de Wadrilla.

Une gerbe déposée en hommage aux gendarmes de Fayaoué

Sur les lieux du dramatique assaut, à la chefferie de Wadrilla, le président Macron a reçu un accueil typique de la région, avec un échange d'offrande, à savoir des tissus, des fleurs, des sculptures, dans une ambiance à la fois solennelle et heureuse, compte tenu des nombreux enfants venus "voir le président". "J'ai voulu aller plus au contact dans une année importante (ndlr: un référendum sur l'indépendance a lieu le 4 novembre). Nous savons tous les pleurs et les souffrances et aussi ce qui a été fait par vous tous dans un travail lent et patient", a déclaré le chef de l'Etat, qui est le premier président français à se rendre à Ouvéa depuis la tragédie.


Sous les applaudissements de plusieurs centaines d'habitants, Emmanuel Macron a planté un cocotier, symbole de vie dans la culture kanak, accompagné d'un des fils d'Alphonse Dianou, chef du commando FLNKS qui attaqua, le 22 avril 1988, la brigade de Fayaoué et fut tué lors de l'assaut le 5 mai 1988. Avant cela, le président avait rencontré à huis clos les familles des victimes qui avaient exprimé le souhait de le rencontrer. Sa visite "n'est pas une provocation, il vient sur l'île pour rendre hommage", s'est félicité un habitant de l'île.

S'il n'a pas déposé de gerbe sur la tombe des 19 militants kanak morts, le président Macron en a déposé une à la gendarmerie de Fayaoué, à la mémoire des quatre gendarmes tués le 22 avril lors de l'attaque de la brigade, mais aussi des deux militaires morts lors de l'assaut du 5 mai 1988.


Plus tard lors de sa visite, Emmanuel Macron a prononcé un discours devant l’autorité coutumière, ses grands chefs, le président du Sénat et les élus calédoniens, durant lequel il a prôné la volonté d'un avenir commun : "Durant ces deux journées passées parmi vous, j’ai vu une jeunesse ardente, qui avait besoin d’avancer, de construire. J’ai vu des mémoires diverses dont vous avez rappelé tous les plis et toutes les difficultés. Ici, je tenais à rendre compte de toutes ces mémoires. (...) Ce que je veux vous proposer, avec beaucoup de respect, beaucoup d’humilité, c’est cette alliance des mémoires qui seule permet de regarder sereinement l’avenir. Elle fera partie du cheminement qui se poursuit. (...) La Nouvelle-Calédonie touche au cœur. Je continuerai à être là."

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