A Grenoble, Benoit Hamon sort les griffes et tacle Macron et EELV

Politique

BOURRE-PIFS EN SÉRIE - Le fondateur de Génération·s a prononcé ce dimanche un discours très vindicatif en clôture de la convention nationale de son jeune mouvement. Il a attaqué tour à tour la politique migratoire d'Emmanuel Macron, le refus d'alliance d'EELV et a fermé sa porte à Jean-Luc Mélenchon.

C'est un Benoît Hamon très remonté qui s'est adressé ce dimanche à ses militants. Lors de son discours de clôture de la convention nationale de son mouvement, le fondateur de Génération·s a tout d'abord demandé aux quelques 1500 participants de respecter une minute de silence en mémoire des 34.361 hommes, femmes et enfants morts en tentant de rejoindre l'Europe, selon un décompte du Guardian. Face à ce triste constat, Il a longuement fustigé "le repli identitaire" qui ronge l'Europe. Dans sa ligne de mire : la politique migratoire d'Emmanuel Macron. 

"N'avons-nous pas honte ?"

"C’est dans ces moment-là que je me dis que notre différence irréductible avec Emmanuel Macron, c’est que définitivement, comme l’écrivait Guy Debord, nous, contrairement à lui, 'nous ne voulons plus travailler au spectacle de la fin du monde, mais à la fin du monde du spectacle'", a-t-il déroulé, avant de l'inviter à suivre l'exemple et le courage d'hommes de gauche. "On agite les sondages en nous disant : 'Mais les Français sont majoritairement contre l’accueil de l’Aquarius'. Et alors ?" Et de citer l'exemple de l'abolition de la peine de mort : "Combien d’autres têtes tombées au pied de l’échafaud, si François Mitterrand et Robert Badinter avaient gouverné au gré des sondages et non de leur conscience ?"

Benoit Hamon en a fait appel aux "Françaises" et aux "Français" : "Grand peuple de la Révolution et de la Résistance, terre d’accueil des républicains espagnols et des boat-people vietnamiens, n’avez-vous, n’avons-nous pas honte ?"

Tout au long d'un discours combatif d'environ une heure, Benoit Hamon a lâché ses coups contre Emmanuel Macron. Car la politique migratoire du président n'est pas la seule fracture avec la pensée de Génération·s. Le "seul fil rouge" du chef d'Etat est selon lui "l'insupportable mépris des plus faibles, des pauvres, des illettrés, des sans-costards, des 'riens'". Le macronisme est un "racisme social", a-t-il martelé. 

Dans le domaine de l'écologie, il a aussi regretté qu'"Emmanuel Macron proclame Make the planet great again et en même temps réduit les aides à l’agriculture biologique", se moquant au passage de l'expression favorite de son rival politique.

Enfin il a dénoncé sa "lâcheté" face à ses homologues étrangers : "Se prendre pour Louis XIV dans un monde aussi complexe ne produit aucun effet. Face à Salvini, il cède. Face à Poutine, il cède. Et j’ai bien peur que, si à l’Elysée on est très fier de communiquer sur le chien Nemo, Monsieur Trump lui, ait choisi d’appeler son animal de compagnie Jupiter."

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La difficile unité de l'écologie politique

Mais Emmanuel Macron n'a pas été sa seule cible. À l'heure où Génération·s semble chercher un second souffle et apparaît isolé sur la scène politique, l'ancien candidat à la présidentielle s'est également montré offensif contre ses anciens amis écologistes. Sans le nommer, il a critiqué son ancien allié à la présidentielle, Yannick Jadot, dont il dénonce "des excommunications, des fins de non-recevoir, des déclarations d'incompatibilité en tout genre".   "Nous ne croyons pas au repli identitaire et encore moins au repli identitaire sur les petites chapelles et les petits appareils", a-t-il ironisé, alors qu'EELV a rejeté les offres de coalition de Génération·s pour se prononcer pour des listes autonomes aux européennes de 2019.

Pour mieux comprendre cette virulence, il faut remonter en arrière. Il y a moins d'une semaine, l'eurodéputé EELV Yannick Jdot avait clairement exprimé son "envie" d'être tête de liste aux Européennes. A nos confrères de Libération, il avait fait part de ses craintes d'une alliance avec d'autres partis : "Cela ne pourrait que créer de la confusion". Comme un ping-pong verbal, c'est Jadot qui cette fois portait les coups et tapait sur un Hamon "qui zigzague pour trouver sa place à gauche".

Malgré cette guéguerre des mots, le chef de file de Génération·s reste persuadé qu'une union écologique reste possible d'une manière ou d'une autre car  "une liste unie aux européennes placerait l'écologie politique en premier opposante à Macron". Après avoir fustigé "la litanie des stratégies inavouables d'acteurs minuscules pour retarder le moment de cette unité", il l'a tout de même affirmé : "Elle se fera, cette unité".

Génération·s ferme la porte aux Insoumis

Pas un mot, en revanche, à la main tendue par Jean-Luc Mélenchon. La veille, le chef de file des Insoumis lui avait proposé via Twitter un "dialogue ambitieux pour établir bilan et perspectives" et invitait le député Régis Juanico - ex-socialiste qui a rejoint Génération.s il y a une semaine - à intégrer les rangs de la France Insoumise au Parlement.

Benoit Hamon a préféré laissé son bras droit clarifier les choses. Évoquant les "convergences et divergences" entre les deux formations politiques, Guillaume Balas a indiqué, comme le relate Le Monde, que Génération·s "n’a jamais rechigné à considérer La France insoumise comme partenaire contre les politiques libérales mais sur l’Europe, les différences ne sont pas accessoires." L'ancien député socialiste Pascal Cherki a eu moins de retenue en reprenant l'habituelle critique faite aux Insoumis : "On ne répond pas au nationalisme de droite par un nationalisme de gauche."

Même son de cloche pour celui qui avait été personnellement apostrophé, Régis Juanico. Tout en soulignant que "le fait de ne pas être dans le même groupe n’empêche pas le respect mutuel et le dialogue ambitieux", il a précisé que son "souhait est de rester au groupe Nouvelle gauche en tant que membre de Génération·s". Ce que Benoît Hamon n'a pas manqué de souligner dans son discours.

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