Aéroports de Paris : on fait le point sur les arguments avancés pour ou contre la privatisation

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À LA LOUPE - Malgré le lancement du Référendum d'initiative populaire contre la privatisation d'Aéroports de Paris, le gouvernement souhaite maintenir le cap. Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, fixe l'échéance à 2020. Beaucoup de fausses informations, de craintes ou d'idées reçues circulent sur le sujet. A La Loupe vous aide à y voir plus clair.

L'entreprise Aéroports de Paris (ADP) devrait être privatisée en début d'année prochaine. En effet, la loi PACTE, votée en avril, prévoit que l'Etat se retire de l'actionnariat d'ADP, aujourd'hui à hauteur de 50,6%. De leur côté, 185 députés et sénateurs ont lancé le 12 juin une procédure inédite de Référendum d'initiative partagée (RIP) pour contrecarrer ce projet.

Beaucoup de Français se demandent pourquoi l'Etat a choisi de se séparer d'une entreprise très rentable. En effet, ADP, qui gère trois aéroports - Roissy, Orly et le Bourget - a enregistré un chiffre d'affaires de 3,353 milliards d'euros en 2018, 29,2% de plus qu'en 2017. D'autres s'inquiètent de la gestion des frontières ou de l'avenir des salariés et du site. 

À La Loupe fait le point sur toutes les fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux et les idées reçues postées dans les commentaires d'articles traitant de ce sujet.

ADP doit être privatisé pour des raisons de concurrence-

PAS NÉCESSAIREMENT - Aucune règle, aucun texte national et aucune directive européenne n'imposent un quelconque abandon de l'actionnariat public de l'Etat pour Aéroports de Paris. Cette privatisation est une démarche volontaire du gouvernement d'Edouard Philippe. 

Outre-Rhin, les Allemands ne croient pas à la privatisation des activités aéroportuaires. En 2020, les travaux du nouvel aéroport Willy-Brandt de Berlin-Brandebourg seront terminés et sa gestion ne sera pas confiée au secteur privé. Les futurs terminaux seront gérés par la Airport Berlin Brandenburg GmbH, une entreprise détenue par les Landers de Berlin et de Brandebourg (74%) et par la République fédérale d’Allemagne (26%). 

La privatisation d'ADP était prévue dans le programme d'Emmanuel Macron-

NON - A aucun moment Emmanuel Macron candidat ne s'était exprimé sur la privatisation d'Aéroports de Paris durant sa campagne présidentielle. Il n'y a pas non plus de trace de cette idée dans le programme de La République en Marche. Il a seulement évoqué la possibilité pour l'Etat de céder des parts au sein d'entreprises - comme ADP - pour constituer un Fond pour l'industrie et l'innovation. 

Si Emmanuel Macron garda le silence sur sa volonté de privatiser ADP durant la campagne présidentielle, cette idée lui trottait pourtant déjà dans la tête. En poste à Bercy durant la présidence de François Hollande, Emmanuel Macron s'était directement investi pour mener à bien les privatisations des aéroports de Lyon, de Toulouse et de Nice. 

En février 2019, l'ancien ministre des Transport de Manuel Valls, Alain Vidalies, révèle dans son livre confidence "Ministre sous François Hollande", qu'Emmanuel Macron, accompagné de Michel Sapin, soutenait en off la privatisation d'ADP. Un souhait qu'il s'est gardé d'exprimer publiquement. 

Les frontières seront privatisées-

C'EST IMPOSSIBLE - Si Aéroports de Paris est finalement privatisée, ce ne sera pas le cas des frontières. Seules les activités commerciales d'ADP seront impactées par la cession de la participation publique. Ceci pour une raison très simple : le contrôle des entrées et sorties du territoire national est une compétence régalienne. C'est-à-dire qu'elle ne peut être exercée que par l'Etat. Roissy représente la frontière de France la plus importante avec près de 60 millions de voyageurs annuels.

Les policiers contrôlent l'identité des passagers et peuvent consulter des bases de données nationales, européennes et internationales. Depuis avril 2017, tous les voyageurs sont soumis à un contrôle systématique en entrée et en sortie de l’espace Schengen aux frontières aériennes

Au sein des aéroports internationaux français, la sécurité est assurée par la Direction centrale de la Police aux frontières, anciennement appelée Police de l'air et des frontières. A l'aéroport Saint-Saint-Exupéry à Lyon, privatisé depuis 2016, les policiers ont poursuivi leur mission de la même manière, via la Direction de la zone de défense Sud-Est de la police aux frontières. A Paris, la Direction de la zone de défense Paris-Île-de-France continuera son travail. 

L'Etat ne sera plus propriétaire des lieux-

JAMAIS - Aujourd'hui, Aéroports de Paris détient près de 6.700 hectares, soit 67 km². C'est tout de même 12 km² de plus que la superficie d'une ville comme Bordeaux. Sur ces 6.700 hectares, 1.242 sont réservés à des opérations immobilières. Les parcelles et les bâtiments d'Aéroports de Paris ne seront pas vendus. Ils appartiendront toujours à l'Etat, seule leur gestion sera concédée. A l'issue des soixante-dix ans de concession, les autorités publiques récupéreront l'ensemble, y compris les nouveaux aménagements qui auront pu être réalisés par le futur concessionnaire. 

Le statut des salariés d'ADP est en danger-

PAS DE RISQUE, MAIS... - L'ensemble des agents qui travaillent pour Aéroports de Paris sont sous un statut particulier. Il est régi par le Code de l'aviation civile et par la loi de 2005 relative aux aéroports. Ce ne sont pas des fonctionnaires, ils sont soumis au droit du travail comme n'importe quel salarié du secteur privé. 

Le projet de privatisation ne remet pas en cause le statut des agents d'Aéroports de Paris. Une situation qui ne rassure pas pour autant les salariés actuels. En effet, le concessionnaire pourrait réduire le nombre d'agents et sous-traités certaines activités des terminaux qui sont aujourd'hui exécutées par les salariés d'ADP.  

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