Abstention aux élections européennes : à qui la faute ?

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DECRYPTAGE – Alors que les élections européennes ont lieu ce dimanche, les sondages prédisent déjà un record d'abstention pour ce scrutin qui ne cesse d'être boudé par les Français. Metronews vous explique pourquoi.

62%. C'est l'abstention record que prévoit notre sondage publié la semaine dernière, pour les européennes de dimanche. Comment expliquer une si faible participation à une élection si importante ? Metronews livre des éléments de réponse.

En 35 ans, cela n'a fait qu'empirer : le taux de participation à la première élection européenne de 1979 équivalait... au taux d'abstention annoncé aujourd'hui par les sondages. 60,71% des Français s'étaient alors rendus aux urnes. Depuis, le scrutin européen n'a cessé d'être boudé par les électeurs, aussi bien en France que dans les différents pays européens appelés à élire de nouveaux eurodéputés. "L'Europe était autrefois plus restreinte, ce qui renforçait le sentiment de proximité", analyse pour metronews Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'Opinion Way. "Progressivement, une complexité de l'Europe s'est installée. Son élargissement et l'augmentation de son périmètre d'intervention n'ont pas été accompagnés par davantage de pédagogie", souligne-t-il.

Une tendance générale à l'abstention

"Commission", "BCE", "Bruxelles", "TTIP", le novlangue européen rend encore plus ardue la compréhension des enjeux de cette élection. "Les gens ont une méconnaissance totale des institutions, il y a toujours l'idée que l'Union européenne ne sert à rien", note Bruno Jeambart. Le fait que les partis politiques envoient souvent des têtes de liste méconnues, voire se servent du Parlement européen comme d'un placard doré pour d'anciens ministres n'arrange rien.

L'Union européenne n'a, hélas, pas le monopole des taux d'abstention importants. L'ensemble des différents scrutins, à l'exception de l'élection présidentielle, voient leurs taux de participation baisser. Cela s'est confirmé au dernier scrutin municipal, qui a connu son taux record de 36,3% d'abstention. "Les citoyens se détachent de la politique, sauf pour l'élection présidentielle qui est toujours considérée comme essentielle", souligne Bruno Jeambart. La personnalisation à outrance du scrutin présidentiel favorise en effet la mobilisation des citoyens.

De multiples facteurs qui lassent les électeurs

Mais alors, qui des médias et des politiques à sa plus grande part de responsabilité ? "Evidemment, les médias ont une part de responsabilité car ils parlent peu de l'Europe. Ils savent que ces sujets font moins d'audience", remarque Bruno Jeambart avant de pointer du doigt les partis : "Ce sont eux les premiers responsables car ils n'abordent l'Europe qu'à trois semaines du scrutin. Il faudrait un vrai travail pédagogique de leur part. Mais celui-ci n'existe pas puisqu'ils préfèrent nationaliser les débats européens".

Enfin, la multitude de rendez-vous électoraux peut susciter une certaine lassitude. Il y a moins de deux mois , les Français étaient déjà sollicités pour changer les équipes municipales. Bientôt, il faudra revoter pour les élections régionales, qui n'existaient pas en 1979. "Le mode du scrutin n'est pas non plus favorable, car c'est une élection des partis. On ne vote pas pour un candidat, mais pour une liste et à la proportionnelle", souligne le directeur général adjoint d'Opinion Way. Reste à voir si les électeurs feront mentir les sondages.

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