Abstention record : que nous apprennent les chiffres ?

Municipales 2020 : le décryptage des chiffres de l'abstention
Politique

À LA LOUPE - Les chiffres de l'abstention ont marqué les esprits lors des ces élections municipales. Un record qui s'inscrit en réalité dans une tendance de fond : les électeurs sont de plus en plus nombreux à ne plus aller voter.

Il est courant d'entendre les commentateurs, à l'issue d'une élection, expliquer que l'abstention est le "premier parti de France". Les élections municipales ont une nouvelle fois été l'occasion de constater que les citoyens sont aujourd'hui très nombreux à ne plus se rendre aux urnes, le taux de participation ayant péniblement dépassé la barre des 41%. Les nombreux responsables politiques qui ont pris la parole à la suite du scrutin n'ont pas manqué de souligner la dimension historique de ce chiffre, jamais vu lors d'une élection municipale. 

Jean-Luc Mélenchon a notamment souligné que "la masse du peuple français" était "en grève civique". Il y voit une "forme d'insurrection froide contre toutes les institutions du pays", qui rend très compliquée la lecture des résultats. Peut-on pour autant parler de "néant civique", comme l'a fait le député LFI ? Doit-on considérer ce taux d'abstention record comme une surprise ou plutôt comme l'aboutissement d'une longue baisse de la participation au cours des dernières décennies ? Pour y voir plus clair, LCI a plongé dans les chiffres de l'abstention au cours de la Ve République. 

Un mouvement de fond

Ce qui frappe en tout premier lieu, lorsque l'on se penche sur les élections municipales, c'est la progression très importante de l'abstention cette année, en comparaison avec les scrutins précédents. D'ordinaire, comme en témoigne le graphique qui suit, les Français se mobilisent pour élire leurs maires.

Cette progression continue de l'abstention depuis maintenant 30 ans nous alerte, d'autant qu'elle n'est pas isolée. Elle fait écho à celle observée aux législatives, qui peinent aujourd'hui à rassembler les électeurs. Une comparaison l'illustre : en 1978, le second tour avait été marqué par une faible abstention, de seulement 15,1%. Presque 4 fois moins qu'en 2017 (57,4%), un record dans l'histoire de la Ve.

C'est simple : aucun scrutin ne rassemble aujourd'hui une plus grande proportion d'électeurs que lors de sa mise en place. C'est le cas pour les départementales et les régionales, deux élections qui voient l'abstention progresser doucement au fil des scrutins.

Si l'abstention enregistrée dimanche soir suscite de l'inquiétude, c'est qu'elle s'approche d'un record historique, enregistré lors des européennes de 2009. Des élections qui ne rassemblent d'ordinaire que peu d'électeurs, la participation n'ayant dépassé qu'une seule fois la barre des 60%, en 1980. Depuis ? Une hausse régulière, à peine compensée par une légère baisse l'an passé. 

La seule élection qui rassemble encore dans les urnes une large part des citoyens est la présidentielle. L'abstention n'y a dépassé qu'une seule fois les 30%, il y a de cela plus de 50 ans (en 1969). Si la tendance est à la hausse depuis deux scrutins, trois quarts des votants continuent de se déplacer dans les bureaux de vote pour aller élire leur président(e). Le signe, sans doute, du pouvoir considérable joué par le chef de l'Etat dans le fonctionnement de la vie politique française. 

À la lecture de ces graphiques, il apparaît de façon très nette que l'abstention gagne du terrain, année après année. Si certains scrutins continuent d'attirer les électeurs, la tendance de fond voit reculer la participation, quels que soient les enjeux et les territoires concernés. 2020 pourrait marquer un tournant puisque jamais la barre des 40% d'abstention n'avait été franchie. Dimanche soir, c'est celle des 60% qui a failli être atteinte. 

À mesure que grimpe l'abstention, certains questionnent la légitimité politique des élus, ces derniers étant élus par une part de plus en plus faible de la population. Reste à savoir de quelle manière les responsables politiques vont réagir pour apporter une réponse à la crise de confiance observée depuis de longues années dans les urnes.

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