Accusations de complotisme : Jean-Luc Mélenchon ostracisé par ses concurrents à gauche

Accusations de complotisme : Jean-Luc Mélenchon ostracisé par ses concurrents à gauche

PRÉSIDENTIELLE 2022 - Cinq jours après les polémiques autour de ses propos jugés "complotistes", Jean-Luc Mélenchon est pris pour cible par l'ensemble des autres forces politiques de gauche. L'idée d'une union incluant LFI en vue de la présidentielle de 2022 semble bien avoir vécu.

La guerre est (re)déclarée. Les propos tenus dimanche dernier par Jean-Luc Mélenchon au sujet de la récupération politique des attentats ou des faits divers avant une élection, jugés complotistes, ne semble pas se cantonner à cette seule polémique. L'affaire a déclenché pour de bon les hostilités dans la bataille de leadership à gauche en vue de la présidentielle, d'autant que les forces politiques ont été incapables de s'unir à l'occasion des régionales, sauf dans les Hauts-de-France. 

Depuis cinq jours, les principaux leaders de gauche n'ont eu de cesse de prendre leurs distances avec le leader LFI, candidat proclamé à l'élection présidentielle de 2022. Il semble loin, le temps où les responsables souhaitaient l'inclure dans les discussions en vue d'un projet commun... C'était pourtant il y a deux mois. 

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Jean-Luc Mélenchon, un dérapage complotiste ?

Mardi, sur LCI, le secrétaire national d'EELV Julien Bayou dénonçait "des propos déplacés et irresponsables", mais ne souhaitait pas en tirer des conséquences pour l'avenir de la gauche, renvoyant les discussions à ce sujet à l'automne, bien après les élections régionales dans lesquelles il est tête de liste en Ile-de-France. 

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Julien Bayou à propos de la polémique Mélenchon

"Mélenchon ne peut pas être celui qui rassemble"

D'autres, en revanche, sont allés plus loin. L'écologiste Yannick Jadot, potentiel candidat à la présidentielle qui avait été à l'initiative de la réunion des forces de gauche en avril, a jugé, vendredi sur France Info, que les propos tenus le week-end dernier par Jean-Luc Mélenchon "ne correspondent pas à son histoire, à ses idées et ne correspondent pas à la place qu'il doit occuper dans le paysage politique". Et d'ajouter : "Les deux sont totalement hors perspective pour la gauche et les écologistes." 

L'offensive est surtout venue d'Olivier Faure, jeudi. "Jean-Luc Mélenchon a franchi à plusieurs reprises la ligne rouge et il ne peut pas être celui qui rassemble la gauche et les écologistes", a tranché jeudi le Premier secrétaire du PS sur France 2, vantant au passage une candidature de la maire de Paris, Anne Hidalgo, en 2022. "Ce qu'il dit est inacceptable, parce que la gauche, ça n'a jamais été ni le populisme ni le complotisme."  La maire de Paris, potentielle candidate, a elle-même dénoncé les propos "empreints de complotisme" de Jean-Luc Mélenchon, qui "divisent, fracturent, ne permettent pas justement de se réunir".

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Autre concurrent potentiel, Arnaud Montebourg a précisément choisi cette semaine de polémique autour du leader insoumis pour avancer ses pions. L'ancien ministre a appelé Jean-Luc Mélenchon, ni plus ni moins qu'à renoncer à l'élection présidentielle. "Il était la solution en 2017, j'avais voté pour lui. Mais il est aujourd'hui le problème de la gauche, un facteur de blocage", a-t-il fustigé jeudi sur France inter. "À force de creuser des tranchées sectaires autour de lui, il ne peut pas rassembler. Il ne sera pas président de la République, tout le monde le sait."

Quant à Fabien Roussel, patron du PCF et autre candidat déclaré à la présidentielle, il en a déjà tiré un enseignement : "À chaque fois qu'on me demande 'quelle est la différence entre Jean-Luc Mélenchon et vous', elle se fait jour de plus en plus, nous ne sommes pas pareils, sur la forme et le fond", assurait-il sur France 2. 

"Ils ont derrière et moi devant"

Cette "cornérisation" de Jean-Luc Mélenchon ne semble pas avoir échappé au principal intéressé, d'autant que ce dernier ne semble avoir particulièrement combattu pour l'éviter. "Je comprends que pour la gauche traditionnelle, je sois un problème, puisque dans les sondages le rapport est de un à deux : ils sont derrière et moi devant",  s'est amusé le député lors d'un déplacement dans le Jura, jeudi. "Que les gens viennent plutôt me voir et discuter avec moi pour savoir qu’est-ce qui dans mon programme, pas dans ma personne, dans mon programme, leur pose problème", a-t-il ajouté. "On pourrait en parler, peut-être que je pourrais les convaincre, peut-être qu’ils pourraient me convaincre que je me trompe sur tel ou tel point."

Le dernier baromètre Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud Radio, le 9 juin, a fait état d'une chute de 10 points de Jean-Luc Mélenchon, qui se place désormais juste devant Marine Le Pen, avec 65% de mauvaises opinions. 

Derrière ce divorce en passe d'être consommé, il y a, bien sûr, la question de la candidature unique qui s'éloigne. Certains, à gauche, imaginent encore possible l'organisation d'une primaire à l'automne prochain, à l'instar de Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne). D'autres semblent déjà résignés à faire partir les chevaux en ordre dispersé. 

Les forces de gauche vont bénéficier d'un léger répit, ce samedi, en manifestant ensemble contre le racisme et l'extrême droite à l'occasion d'une "Marche des libertés". La photo de famille sera éphémère. Après les élections régionales, qu'elle aborde dans un état de faiblesse inédit, la gauche française pourrait relancer la querelle interne de plus belle. 

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