Adrien Taquet (LREM) : "La question de la virtualisation de l'Assemblée nationale se pose avec force"

Adrien Taquet (LREM) : "La question de la virtualisation de l'Assemblée nationale se pose avec force"

DEBAT - Le député LREM des Hauts-de-Seine Adrien Taquet propose de délocaliser l'Assemblée nationale, jugée trop vétuste, à Marseille, et de dématérialiser les débats en recourant aux outils numériques. La proposition n'emballe pas ses collègues de l'opposition.

Le titre, volontairement provocateur, n'illustre pas le fond de l'article. Dans une tribune à la fondation Jean-Jaurès intitulée "Faut-il raser le Palais Bourbon ?", le député LREM des Hauts-de-Seine Adrien Taquet propose à ses collègues de déserter l'antique bâtiment de l'Assemblée nationale, jugé trop vétuste, peu adaptée aux réunions, et de délocaliser les débats, pourquoi pas à Marseille, ou tout du moins, en "siégeant au moins une fois par mois loin de Paris". 


Il suggère également, dans sa tribune, d'utiliser les outils numériques pour permettre de débattre "à distance" via "une interface" ou de communiquer en utilisant les "chats", des "live" lors d'une mission à l'étranger ou de converser directement avec les citoyens dans le cadre de ce "Parlement virtuel" qui se substituerait au Parlement physique. 


"Partout où ses membres sont réunis, là est l'Assemblée nationale", invoque Adrien Taquet, citant le Serment du Jeu de Paume de 1789, qui justifie selon lui la possibilité de quitter l'hémicycle du Palais-Bourbon, siège des députés depuis la Révolution. 

"Du buzz à tout prix"

Les propositions d'Adrien Taquet ont été accueillies avec intérêt chez certains de ses collègues LREM, dont le député de Paris Sylvain Maillard, qui a salué ce mardi "une belle analyse des réalités du Palais Bourbon". 


Dans l'opposition, c'est au contraire le scepticisme, voire le rejet qui prédomine . "Du buzz à tout prix", a tweeté le député LR Philippe Gosselin, proposant ironiquement de délocaliser l'Assemblée nationale dans sa propre circonscription de la Manche, tandis que le député FN Sébastien Chenu fustigeait le parti LREM qui "déconstruit la France" et n'a "aucun respect" pour son histoire. 


Sollicité par LCI, le député de Charente-Maritime Olivier Falorni (non-inscrit) va encore plus loin. "J'ai cru d'abord que c'était une provocation stupide. J'ai réalisé que la proposition de ce collègue, qui est un ancien adepte de la com' et du marketing, était sans doute plus révélatrice d'une conception des institutions. Cette conception, je ne la partage pas." Pour le député, "le Palais Bourbon n'est pas un espace de co-working. C'est un lieu symbolique de notre histoire qui a accueilli tous les régimes politiques, et lorsqu'il a été délocalisé, c'était très mauvais signe : lors de la défaite de 1870 contre la Prusse, puis sous Vichy. Il faut que ce collègue apprenne son histoire. C'est le rôle d'un parlementaire". 

Réaliste ?

Au delà des symboles, d'autres critiques portent sur la faisabilité d'un tel projet. "Les réponses qu'il propose impliquent une transformation profonde dans la manière dont le pays fonctionne, et relèvent, pour une part, d'un manque d'appréhension des limites des outils numériques. Un bel enthousiasme, dont il ne sortira pas grand chose de concret, sinon d'avoir agité des idées", estime le blogueur Authueil, spécialiste de l'Assemblée nationale. Pour ce dernier, la délocalisation des députés pourrait être contre-productive - et coûteuse - dans un pays où le pouvoir est centralisé à Paris, mais surtout, "une visioconférence n'est pas équivalente à une réunion physique", et "l'échange d'idées, d'arguments, doit se faire en face-à-face si on veut être réellement efficace". 


Bref, si les propositions d'Adrien Taquet promettent quelques débats enflammés dans le cadre des réflexions engagées par François de Rugy sur la réforme du travail législatif, par sûr qu'elles débouchent dans l'immédiat sur une révolution institutionnelle. 

Argument générationnel

Pour répondre aux critiques, Adrien Taquet, sollicité par LCI, invoque une volonté de "repartir du réel, c'est-à-dire des gens et de leurs usages". Et pour le député LREM, il s'agit d'anticiper l'arrivée "aux responsabilités" d'une génération "biberonnée aux réseaux sociaux, à la visioconférence, au codage, à Uber et à Tinder". Et de questionner : "Peut-on imaginer leur dire : vous allez quitter votre famille quatre jours par semaine, pour aller lever la main, assis dans des fauteuils inconfortables, jusqu'à une heure du matin ? Ils nous riront au nez. La question de la virtualisation, partielle ou totale, de l'Assemblée nationale et de la fabrication de la loi se pose avec force, si l'on veut que le Parlement soit en phase avec l'époque". 

Peut-on imaginer leur dire : vous allez quitter votre famille quatre jours par semaine, pour aller lever la main, assis dans des fauteuils inconfortables, jusqu'à une heure du matin ? Ils nous riront au nezAdrien Taquet

Le député conclut qu'il faudrait en fin de compte "mettre cet important sujet dans le mains de gamins de 20 ans, dont trois ou quatre générations numériques nous séparent déjà"...

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