Affaire Adama Traoré : "L'invitation de Nicole Belloubet était une maladresse"

L'interview politique du mercredi 10 juin 2020 : Me Henri Leclerc
Politique

JUSTICE - Invité d'Elizabeth Martichoux ce mercredi 10 juin, Me Henri Leclerc a commenté la proposition de rencontre formulée par la ministre de la Justice Nicole Belloubet à la famille d'Adama Traoré. Une affaire qui dure depuis quatre ans, ce que le président d'honneur de la LDH trouve "insupportable".

"C'est plus une maladresse qu'autre chose." Contactée lundi par le cabinet de Nicole Belloubet "pour échanger", la famille d'Adama Traoré a décliné la proposition de la Garde des Sceaux. Les proches du jeune homme de 24 ans, mort le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan, après son interpellation à Beaumont-sur-Oise, ont justifié ce refus en expliquant attendre "des avancées judiciaires" et non "des invitations à la discussion"

"L'idée était surtout une mesure d'apaisement pour expliquer aux gens que la justice faisait ce qu'elle pouvait", a estimé Me Henri Leclerc, président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme (LDH), invité de la matinale de LCI ce mercredi 10 juin. "Mais c'est une maladresse, dans la mesure où cela apparaît comme une prise de parole du Garde des Sceaux et du président de la République, à travers elle, à la place des juges et du parquet."

La Garde des Sceaux n'a pas impulsé son parquet, comme elle aurait pu le faire- Me Henri Leclerc

Pour l'avocat pénaliste qui exerce depuis 65 ans, "nous sommes en face d'une affaire, où les charges sont très lourdes (...) d'un point de vue extérieur". "Elle dure depuis quatre ans, et je trouve cela insupportable", a-t-il appuyé. "Ce que je considère comme grave, c'est que cette affaire n'arrive pas à sortir, ça c'est grave. La Garde des Sceaux n'a pas impulsé son parquet, comme elle aurait pu le faire, pour que les choses aillent plus vite, et que le parquet intervienne auprès du juge d'instruction pour que les choses aillent plus vite. Le fait qu'elle ait voulu parler à la famille me paraît plus une maladresse qu'autre chose."

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La ministre de la Justice s'est défendue en affirmant ce mercredi sur RTL "assumer pleinement" avoir proposé cette rencontre à la famille d'Adama Traoré, pour "entendre l'émotion mais aussi entendre la justice que demandent ces personnes". "Quand on est ministre, il ne suffit pas seulement d'avoir de bonnes intentions. Il faut aussi que ce qu'on fait n'apparaisse pas au contraire de ce qu'on voulait faire", a réagi le président d'honneur de la LDH. "C'est une maladresse, et ce n'est pas la première."

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Invité à se donner son avis sur Nicole Belloubet, l'énième Garde des Sceaux qu'il a côtoyé depuis 65 ans, Me Henri Leclerc a rappelé "désapprouver un certain nombre de mesures qu'elle a prises". "J'ai toujours trouvé détestable ce qu'il se passait dans les prisons, malgré les améliorations récentes dues au coronavirus. Je pense que les réformes qu'elle a prévues n'étaient pas les bonnes, en particulier la réforme des cours d'assises que je trouve déplorable", a-t-il déclaré. "Ceci étant, elle fait avec les moyens qu'elle a. Et, comme l'État ne s'intéresse pas beaucoup à sa justice, on continue dans une situation désolante."

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