Affaire Benalla : qui est Vincent Crase, lui aussi entendu par la commission d'enquête ?

Politique
PORTRAIT - Présent aux côtés de son ami Alexandre Benalla lors de la manifestation du 1er mai, Vincent Crase est mis en examen pour "violences en réunion", "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique" et "port prohibé d'arme". Que sait-on sur cet ancien réserviste de la gendarmerie qui a ponctuellement servi à l’Élysée ces derniers mois et qui est entendu ce mercredi par la commission d'enquête du Sénat.

La tempête médiatique déclenchée par les révélations du Monde s’est principalement concentrée sur Alexandre Benalla, l’ex-chargé de mission au cabinet d’Emmanuel Macron à l'Elysée. Pourtant, le rôle de Vincent Crase lors de la manifestation du 1er mai est tout aussi controversé, si ce n’est plus. Le 19 septembre, après qu'a été entendu Alexandre Benalla, il passe à son tour devant la commission d'enquête du Sénat. 

Ses liens avec Alexandre Benalla

Vincent Crase, qui est âgé d'une quarantaine d'années, et Alexandre Benalla, 26 ans, se sont rencontrés il y a une dizaine d’années. Comme l’explique Le Monde, le premier dirige un stage de formation pour réserviste de la gendarmerie, réserve à laquelle il appartient depuis longtemps. Le second, alors âgé de 17 ans, est le plus jeune des stagiaires. Ce qui ne l’empêche pas de terminer major de promotion. Sur sa fiche d’appréciation, Vincent Crase se montre dithyrambique. Alexandre Benalla y est décrit comme "très discipliné" et donnant "le meilleur de lui-même". Même si les deux hommes ont dix-huit ans d’écart, une amitié va naître, sur fonds de passion pour les armes et des questions de sécurité.


Quand Alexandre Benalla se voit confier en 2016 la sécurité du candidat Emmanuel Macron au cours de la campagne présidentielle, il se débrouille pour faire embaucher Vincent Crase par En Marche !, le mouvement du prétendant à l'Elysée. Chargé de la sécurisation du QG de campagne, ce dernier ne côtoie guère le candidat, contrairement à son jeune ami qui est de tous les meetings.

Ses fonctions à LaREM et à l'Elysée

Après l’élection présidentielle, Alexandre Benalla suit Emmanuel Macron à l’Élysée. Sa mission, officiellement, est de "préparer les déplacements du président de la République, d'organiser les grands événements et de coordonner les services de sécurité". Vincent Crase, lui, reste salarié de La République en marche (ndlr : le nouveau nom de En Marche !). Lors de son audition au Sénat, le délégué général du parti présidentiel, Christophe Castaner, a indiqué qu’il occupait la fonction de "responsable adjoint sûreté et sécurité sous l'autorité d'un chef de sécurité".

A la fin de l’année dernière, Vincent Crase quitte la réserve de la gendarmerie de l’Eure pour intégrer celle de la Garde républicaine. Selon le commandant militaire de la Présidence de la République, le général Eric Bio-Farina, il a été appelé "40 fois" entre le 10 novembre 2017 et le 27 avril 2018 et a été affecté essentiellement "au service du contrôle des entrées" de l’Élysée. Etant le réserviste le plus capé sur les 14 que compte la Garde républicaine (il a le grade de chef d’escadron), il est également missionné pour "gérer le corps des réservistes", a expliqué le général Bio-Farina lors de son audition à l’Assemblée nationale.

Que lui est-il reproché ?

Le 1er mai, Vincent Crase et Alexandre Benalla se retrouvent en début d’après-midi pour d’assister aux côtés de forces de l’ordre à la manifestation. Le jeune chargé de mission de l’Élysée a été invité "en tant qu’observateur" par le chef d'état-major adjoint de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), Laurent Simonin. Et ce n’est qu’au dernier moment que Vincent Crase se joint à son ami, sans aucune autorisation particulière.


Plusieurs vidéos publiées ces deux dernières semaines montrent que les deux hommes ne se sont pas contentés d’observer la manière dont les policiers travaillaient. Ils ont pris une part active au maintien de l’ordre, n’hésitant pas à interpeller parfois violemment des manifestants. Ils portaient d’ailleurs tous deux un brassard de policier, bien qu’ils ne le soient pas. 

Lors de sa garde à vue, Vincent Crase a expliqué être venu pour "découvrir le maintien de l’ordre version police et être avec (son) ami". Face à l’attitude provocatrice de certains manifestants, "mon ADN de gendarme est ressorti et je me suis élancé avec les CRS", a-t-il dit pour se justifier, rapporte Le Monde.


Sur certaines images, il semble également disposer d’une matraque télescopique. Plus grave encore, il a reconnu lors de sa garde à vue qu’il portait une arme ce 1er mai. Et ce, en toute illégalité. "Cette arme (ndlr : un Glock 17) n’est pas à mon nom, elle appartient à La République en marche, elle est réservée pour la défense" du siège du parti en cas d’attaque terroriste, a admis devant les enquêteurs Vincent Crase. Problème : en aucun cas, ces armes ne doivent sortir du QG de LaREM. Hors de ces murs, le comparse d’Alexandre Benalla ne dispose d’aucune autorisation de port d’arme. Ce qui ne l’empêche pourtant pas de s’entraîner occasionnellement dans un stand de tir privé de Paris. L’un de ses proches évoque dans Libération un "vrai sentiment d’impunité".


Visiblement sans complexe, l’ex-salarié du parti présidentiel a même assumé en garde à vue avoir "toujours une arme sur (lui), c’est une habitude de travail et de sécurité". 

Que risque-t-il ?

Initialement suspendu deux semaines en mai, comme Alexandre Benalla, Vincent Crase va finalement perdre son emploi à LaREM. "J'ai adressé vendredi 20 juillet à Vincent Crase un courrier lui indiquant que La République en marche lançait une procédure de licenciement à son encontre fondée sur le trouble objectif au fonctionnement de l'association et sur l'atteinte portée à son image", a indiqué Christophe Castaner.


Par ailleurs, lors de son audition à l’Assemblée nationale, le général Eric Bio-Farina a fait savoir qu’il avait décidé de ne plus faire appel à Vincent Crase dès le début du mois de mai, au moment où il a pris connaissance de ces agissements place de la Contrescarpe. 


Enfin, sur le plan judiciaire, il est pour le moment mis en examen pour "violences en réunion", "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique" et "port prohibé d'arme de catégorie B". Pour ce seul délit, il encourt jusqu’à 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende.

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