Affaire Benalla : devant la commission d'enquête, Gérard Collomb se défausse et charge la préfecture de police

COMPTE-RENDU - Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, auditionné par la commission d'enquête sur l'affaire Benalla ce lundi 23 juillet, s'est défaussé de toute responsabilité. Il assure avoir, de son côté, prévenu dès le 2 mai le cabinet de la présidence et la préfecture de police.

Après l'indignation, le temps des réponses. Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb était interrogé par la commission d'enquête sur l'affaire Benalla, ce lundi 23 juillet. Alors que les députés cherchent à savoir pourquoi et comment Alexandre Benalla, collaborateur du président de la République, s'est retrouvé au cœur du dispositif policier de la manifestation du 1er mai dernier, brassard de police autour du bras, brutalisant des manifestants, le ministre d'Etat a rejeté toute responsabilité de l'Intérieur.


D'abord perçu comme le principal fusible de cette affaire, Gérard Collomb a défendu la ligne de son cabinet et semé des indices qui impliquent principalement la préfecture de police et le cabinet du président de la République. Une défense qui se dégage clairement des réponses données aux principales interrogations des députés : 

Comment Gérard Collomb a-t-il été informé de l'affaire Benalla ?

Gérard Collomb donne en détail le contenu de sa journée du 2 mai, lendemain de la manifestation durant laquelle Alexandre Benalla s'est illustré dans des actes violents envers les manifestants. Ce jour-là donc, Gérard Collomb commence par participer à l'émission "Les 4 vérités" sur France 2, afin de revenir sur le déroulement des opérations de la veille. A 8h30, il assiste à une réunion avec l'état-major. Autour de la table sont présents les membres de la DGSI et de la préfecture de police. Mais "personne, à ce moment-là, ne m'avise de l'existence de cette vidéo" impliquant Benalla, assure le ministre. 


Ce n'est qu'après le déjeuner, lors d'un point quotidien, que le directeur de cabinet de Gérard Collomb l'informe de l'existence d'une vidéo montrant Alexandre Benalla commettre des violences. Lui-même tient l'information du chef de cabinet, qui a été informé par le pôle réseaux sociaux de l'Elysée. "Mon directeur de cabinet m'indique alors qu'il a prévenu la préfecture de police et le directeur de cabinet du président de la République. Plus tard dans la soirée, mon directeur de cabinet m'indique que le directeur du cabinet du président de la République estime que ces actes sont inacceptables et que des sanctions seront prises. A partir de là, la préfecture de police et le cabinet du président étant au courant, j'ai considéré que les faits étaient pris en compte." Très concrètement donc, à partir du 2 mai dans l'après-midi, le ministre de l'Intérieur, ayant informé les services qui lui semblaient compétents pour gérer l'affaire, estime que ce dossier n'a plus rien à faire sur son bureau. 

Pourquoi Gérard Collomb n'a-t-il pas actionné l'article 40 ?

L'article 40 du code de procédure pénale indique que "toute autorité constituée (...) qui acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs". Un article que brandit aujourd'hui l'opposition pour démontrer que Gérard Collomb aurait dissimulé l'affaire, en ne la portant pas à la connaissance de la justice. Sur ce point précis, le ministre de l'Intérieur s'en remet à une jurisprudence tacite : 


"On m'a reproché de ne pas avoir saisi le procureur à la vue de la vidéo. C'est pas au ministre qu'il appartient de le faire. Je m'inscris dans la lignée de mes prédécesseurs qui ont utilisé l'article 40 dans le cadre d'affaires qui relèvent de la liberté de la presse." Et Gérard Collomb de pointer du doigt, à nouveau implicitement, la préfecture de police et le cabinet d'Emmanuel Macron : " Je me suis assuré le 2 mai que le cabinet du président de la République et la préfecture étaient au courant. Ce n'est qu'après le 18 juillet et l'article du Monde, qui apporte des éléments nouveaux, que j'ai considéré qu'il fallait en savoir plus et que j'ai saisi l'IGPN." Il ajoute, face aux questions insistantes des députés : "Ce sont les personnes placées dans les services qui sont susceptibles de donner des suites qui sont censés le saisir. Ce n’est pas à moi de le faire."

Qui a donné l'autorisation à Alexandre Benalla de rejoindre le dispositif policier ?

C'est la principale question qui reste dorénavant en suspens. Et sur ce point très précis, Gérard Collomb pointe aux abonnés absents. Il indique même qu'il ne connaissait "pas personnellement" Alexandre Benalla, pensant tout juste "qu'il faisait partie des forces de police" et ne connaissant pas ses fonctions en tant que collaborateur du président. De la même manière, il n'était pas informé du permis de port d'arme accordé à ce collaborateur, par un arrêté d'octobre 2017.


Concernant le 1er mai : "Qui avait invité messieurs Benalla et Crase ? Je n’en sais rien. Je suppose que la préfecture de police était au courant, il faudra leur demander", précise-t-il. Il ajoute : "Sur cette opération précise, je n'ai jamais été informé" (de leur venue, ndlr). "Je n'ai constaté qu'a posteriori la présence des deux observateurs. Ils se sont rendus dans la salle du commandement pour suivre la suite des opérations, je le pense, de manière inopportune." Enfin , sur le rôle présumé de la préfecture dans l'autorisation donnée à Benalla, Gérard Collomb précise que celle-ci n'a pas été délivrée "par le préfet de police lui-même", "mais par quelqu'un placé plus bas dans la hiérarchie". Qui est cette personne subalterne qui a donc permis à Benalla d'être sur le terrain et de porter un brassard de police ? Et pourquoi lui a-t-il donné cette autorisation ? L'audition du préfet de police Michel Delpuech pourrait, ce lundi à 14 heures, apporter quelques éléments de réponse. 

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