Affaire Benalla : l'auteur de l'étude controversée d'EU Disinfo Lab présente ses excuses et se défend

Politique
RÉACTION - Le chercheur belge Nicolas Vanderbiest a publié une tribune vendredi 10 août pour revenir sur les accusations de fichage dont il a fait l'objet dans le cadre de ses analyses sur la viralité de l'affaire Benalla sur Twitter.

"Je ne suis ni facho, ni barbouze. [...] Toutes mes excuses à ceux et celles que j'ai pu heurter". Dans un texte publié sur le site de tribunes Medium, le chercheur belge Nicolas Vanderbiest est revenu sur la polémique née de l'étude des comptes Twitter particulièrement actifs au plus fort de l'affaire Benalla, du nom de cet ex-collaborateur d'Emmanuel Macron filmé en train de violenter deux manifestants, le 1er mai 2018.

"Le sens de notre travail a été détourné et récupéré politiquement"

Par le biais de cette étude, publiée sur le site de l'ONG EU Disinfo Lab, l'universitaire, en première ligne dans cette histoire, s'était vu reprocher deux choses. Premièrement, laisser entendre que la Russie aurait pu profiter de ce scandale pour procéder, via un usage massif de Twitter et des bots que le réseau social autorise à pulluler, à une déstabilisation du pouvoir en place. Une théorie appuyée sur l'étude, qui avait établi des liens entre certains comptes partageant de la désinformation sur l'affaire Benalla et une appartenance à la russosphère sur Twitter.


Des conclusions rejetées par le chercheur de l'université de Louvain : "Le mot 'russophile' est devenu dans les média, synonyme 'd’attaque du gouvernement russe'. Le mot 'gonflage numérique' est devenu 'bot'. Ainsi, le sens de notre travail a été détourné et récupéré politiquement." Un premier tacle à l'attention de ceux, depuis le gouvernement jusqu'à ses soutiens, qui avaient demandé une enquête pour que "toute la transparence soit faite" à ce sujet.

"A mes yeux, toute donnée sur Twitter est une donnée publique"

Le deuxième reproche formulé à l'égard de Nicolas Vanderbiest était d'avoir procédé à la catégorisation des utilisateurs de Twitter en fonction de leur appartenance politique et leur activité professionnelle. "Je me suis senti contraint de prouver le bien-fondé de ma méthodologie. Par souci de transparence, nous avons rendu publiques les données de l'étude pour qu'ils constatent eux-mêmes notre intégrité". Le coup de pied de l'âne, sous la forme de deux gigantesques fichiers Excel : le premier qui démontre "qu'1% des personnes avaient publié 47% du contenu" de l'affaire Benalla, chiffre impressionnant de prime abord, mais pas tant que ça quand on connait le fonctionnement de Twitter. Le deuxième avait trait aux utilisateurs qui avaient partagé de la désinformation.


Une publication qui a été prise pour du fichage politique, par nombre de journalistes, médias, militants et personnages politiques, de Jean-Luc Mélenchon à Eric Ciotti. En effet, pour chaque ligne, les utilisateurs du réseau social étaient renvoyés à leur "bio" Twitter, ce qui, pour nombre d'entre eux, a ressemblé à une forme de "fichage" politique. Le fait que l'identité des utilisateurs de Twitter était rattaché à un numéro de dossier n'a rien arrangé. Nombre d'utilisateurs ont ensuite écrit des tweets s'affublant d'un "numéro de matricule", quand d'autres exigeait de disparaître de la liste ou annonçaient publiquement la saisine de la Cnil, l'organisme en charge de la protection des données personnelles sur le web.


Là encore, Nicolas Vanderbiest se défend : "A mes yeux, toute donnée sur Twitter est une donnée publique et il n’y avait aucune intervention personnelle car la méthodologie se contentait de faire apparaître des communautés uniquement par les interactions." Tout en concédant, malgré tout : "Cette méthodologie peut être débattue."

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