Affaire Benalla : les trois jours qui ont mis l'Assemblée nationale à l'arrêt

Politique
RÉCIT - Dès les premières révélations sur l'affaire Benalla, l'opposition de droite et de gauche a rivalisé d'efforts pour renverser le calendrier législatif de la majorité et imposer un débat unique sur ce qu'elle nomme "une affaire d'Etat". Avec réussite : la réforme constitutionnelle est à nouveau reportée dimanche et l'agenda du gouvernement est désormais tributaire du Parlement. Une première sous ce quinquennat.

"Je resterai le maître des horloges, il faudra vous y habituer, j’ai toujours fait ainsi." La phrase a été prononcée par Emmanuel Macron en avril 2017. Elle devait résumer la méthode du Président et de sa nouvelle majorité : ne jamais se laisser imposer un rythme, et imposer au contraire celui de ses réformes, quitte à les mener tambour battant. 


Qu'il s'agisse de la réforme du droit du travail, de l'Enseignement supérieur, du logement ou encore de la SNCF, c'est peu ou prou ce qu'il s'est passé. Quitte à pousser certains députés au "burn out" sur fond d'interminables séances nocturnes, la majorité n'avait jamais, jusqu'à ces derniers jours, modifié le calendrier fixé initialement par l'exécutif. 


Or depuis trois jours, cette belle machine s'est manifestement enrayée, à une quinzaine de jours seulement de la pause estivale, et alors que l'agenda législatif était encore plein à craquer. L'affaire dite Benalla, liée aux révélations faites mercredi soir sur les agissements du chargé de mission de l'Elysée, ont provoqué une réaction virulente de l'opposition, que l'on avait rarement vue si combative depuis l'élection d'Emmanuel Macron. 

Obstruction massive

Le gouvernement a dû s'y résoudre dimanche : après une première interruption de séance la veille, il a fini par annoncer la suspension de l'examen de la réforme constitutionnelle, reportant les débats à lundi après-midi. "Le gouvernement prend acte  de cette situation", a constaté la garde des Sceaux Nicole Belloubet, seule membre du gouvernement à répondre ce week-end aux députés. Tout en prévenant : "L'examen des textes prévu à partir de demain doit pouvoir reprendre son cours". 


En enchaînant depuis trois jours le record (historique) de 271 "rappels au règlement" - qui permettent aux députés d'intervenir à tout moment, pendant deux minutes, et de suspendre la discussion en cours -, l'opposition est donc parvenue à geler la réforme constitutionnelle - une initiative inédite sous la Ve République selon l'historien Jean Garrigues - pour concentrer le feu sur les révélations de l'affaire Benalla qui causent tant de tort à Emmanuel Macron. 


"Il était temps de mettre fin à cette mascarade", a ainsi jugé le député PCF Pierre Dharréville, tandis que le patron des députés LR Christian Jacob se félicitait que le gouvernement ait "pris la seule sage décision" sur le sujet. Les éléments de langage servis par la majorité depuis jeudi et dénonçant l'obstruction permanente de l'opposition et prônant la reprise du travail parlementaire n'y ont rien fait : le gouvernement a perdu la maîtrise des horloges. 

Les forces d'opposition en concurrence

Non contentes d'immobiliser le gouvernement, les oppositions parlementaires ont rivalisé d'énergie pour prendre leur part du gâteau offert par le scandale révélé par Le Monde. Dès jeudi, moins de 24 heures après la diffusion de la vidéo, les groupes politiques ont bataillé tour à tour en séance pour obtenir une commission d'enquête parlementaire. Première réponse de la majorité : pas question. "Le groupe majoritaire ne souhaite pas de commission d'enquête", se braquait le député LaREM Gilles Le Gendre... L'accord a finalement été trouvé dans la journée. 


Mais vendredi, les discussions sur les missions de cette commission d'enquête achoppaient à nouveau entre la majorité et l'opposition, alors que les informations sur le parcours d'Alexandre Benalla étaient révélées au compte-gouttes. Ce n'est que le lendemain que les députés ont trouvé un accord, la majorité acceptant finalement la publicité des débats, sous la pression notamment du rapporteur LR Guillaume Larrivé, et une liste de personnalités qui seraient convoquées la semaine prochaine. 


Parallèlement, les députés de La France insoumise - dont un militant est à l'origine de la vidéo du 1er mai dans laquelle Alexandre Benalla a été identifié - poursuivaient leur travail de sape pour empêcher l'exécutif et sa majorité de revenir à leur agenda. Evoquant un "Watergate" et une affaire de "barbouzes", Jean-Luc Mélenchon a même réclamé une motion de censure contre le gouvernement.  Du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen a également multiplié les interventions médiatiques, évoquant une "affaire Macron" et s'en prenant directement au patron d'En Marche, Christophe Castaner, dans une altercation calculée dans la salle des Quatre-Colonnes, où se concentrent les médias. 

En vidéo

Affaire Benalla : Marine Le Pen et Christophe Castaner s'écharpent devant les caméras

Cette séquence de l'opposition ne devrait pas s'interrompre durant la semaine qui vient. Si le gouvernement espère encore relancer l'agenda de sa réforme constitutionnelle, l'ordre du jour sera surtout tributaire des auditions de la commission d'enquête, qui convoque Gérard Collomb dès lundi matin, et surtout de l'attitude des députés hors majorité. 


"L'agitation doit retomber et elle retombera. Le travail législatif doit reprendre et il reprendra", a assuré le président de l'Assemblée nationale François de Rugy. Qui devra toutefois composer avec les exigences d'une opposition requinquée comme jamais face au gouvernement. 

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